L'Europe : changement radical de marketing

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 On observe ces derniers temps un véritable changement de cap dans les techniques de "vente" du projet européen. Pour donner un sens aux européennes, les politiques nationaux stigmatisent les "technocrates de Bruxelles" et invitent les électeurs à profiter des élections pour mieux les surveiller. Les hommes d'affaires voient l'Europe comme un produit. Et les institutions européennes agitent les mini-jupes roses pour sortir l'électeur de sa torpeur. Moins d'idéalisme, plus de concret. Moins de grandes idées, plus de cynisme...

Jusqu'ici, le clivage entre europhiles et eurosceptiques était clair. Les arguments des seconds l'emportant souvent facilement sur ceux des premiers : c'est toujours plus facile de dénoncer la bureaucratie, les dérives, le gaspillage ou les incohérences que de mettre en avant des valeurs comme la paix et la solidarité. Mais les responsables français semblent las de répéter que l'Europe ne va pas de soi à des gens qui considèrent le marché unique, l'euro et la libre-circulation comme des acquis. Ils en ont marre de rabâcher :

"L'Europe c'est important pour vous, allez voter!",

un peu comme des parents disent à leurs enfants :

"Mange tes carottes, c'est bon pour la santé!".

"Les gens pensent que l'Europe est lointaine et compliquée? Donnons-leur raison et proposons-leur de changer ça!"

  Voilà en substance ce que pensent les communiquants. L'hyperactivisme de la présidence française est déjà parvenu à renverser le sentiment de passivité de la France par rapport à l'Europe. On est passé du

"Bruxelles nous impose..."

à

"nous avons imposé à Bruxelles...".

Les Français ont davantage le sentiment de pouvoir influer sur le reste de l'Europe.

L'heure est à la désacralisation, à la critique du système pour casser le décalage entre les élites et le peuple. Jeudi, François Fillon a cité, lors d'un meeting de l'UMP près de Nancy,

"la lourdeur des procédures européennes, l'absurdité parfois de certaines décisions, l'impression diffuse qu'une structure qui est à la fois omniprésente et impuissante s'érige au-dessus de nous."

  Le Premier ministre a rassuré les électeurs :

"Vous n'avez pas toujours tort. et c'est pour cela qu'il faut maintenant aller voter." "Comment est-ce qu'on peut tous les matins critiquer ce que l'on appelle les technocrates de Bruxelles si on ne se rend pas le jour venu au bureau de vote pour choisir celui qui au Parlement européen aura la responsabilité de contrôler ces technocrates de Bruxelles?".

Dans le même esprit, Jérôme Bédier, en charge de la commission Europe du MEDEF, a expliqué cette semaine à quelques journalistes qu'il ne fallait surtout pas que

"l'on donne le sentiment de vouloir faire une nation européenne." "Il ne faut pas que l'Europe fasse tout et cherche à tout intégrer sinon on crée du stress auprès des gens".

L'auteur du "Réveil de l'Europe!" considère qu'il faut

"un projet simple et populaire et que l'Europe se détechnocratise".

Le représentant du patronat se félicite que

"l'Europe ne reconnaisse pas officiellement le drapeau et l'hymne dans le traité de Lisbonne"

, contrairement à la Constitution.

"C'est bien que l'Europe ait juste un logo et un jingle",

estime-t-il.

Même à Bruxelles, le Parlement européen a compris que les campagnes institutionnelles classiques d'incitation au vote avaient leurs limites. Il a mis en ligne des spots humoristiques décapants comme celui avec une blonde hystérique en mini-jupe se faisant pourchasser par un tueur à la hâche, et prenant malgré le tout le temps d'aller voter.

Si on fait le compte : des paroles rassurantes, un anti-dépresseur, une petite blague sur les blondes... et le tour est joué ? En tout cas, ça vaut le coup d'être tenté.

Y.-A.N.

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