Le Covid-19 aggrave la fragilité de nos systèmes alimentaires

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La recherche est plus urgente encore maintenant, pour améliorer la façon dont nous cultivons, transformons et commercialisons les aliments.
La recherche est plus urgente encore maintenant, pour améliorer la façon dont nous cultivons, transformons et commercialisons les aliments. (Crédits : Reuters)
OPINIONS. Le système alimentaire français comprend peut-être mieux maintenant les défis auxquels sont confrontés les pays à revenu faible ou moyen. Heureusement, il existe déjà de nombreuses solutions basées sur la science qui peuvent être répliquées. (*) Par Elwyn Grainger-Jones, directeur exécutif du réseau de recherche agricole CGIAR et Papa Abdoulaye Seck, ancien ministre de l'agriculture du Sénégal.

L'épidémie de Covid-19 a révélé la fragilité de nos systèmes alimentaires. Dans toute la France, les étudiants pauvres dépendent de plus en plus de distributions alimentaires pour se nourrir car ils n'ont plus accès aux repas scolaires. Les files de la faim se multiplient dans les banlieues, causées par une flambée des prix des denrées alimentaires et des pertes d'emplois. Les producteurs de fromage ont averti que des milliers de tonnes de produit risquaient d'être jetés en raison des fermetures d'écoles et de restaurants.

Le système alimentaire français comprend peut-être mieux maintenant les défis auxquels sont confrontés les pays à revenu faible ou moyen sur plusieurs fronts, s'agissant de leur production agricole. Pour eux, le Covid-19 ne fait qu'aggraver un ensemble d'autres problèmes plus enracinés: la faim et la malnutrition, le changement climatique et le manque d'accès aux marchés, pour n'en nommer que quelques-uns. C'est pourquoi la recherche est si importante, et plus urgente encore maintenant, pour améliorer la façon dont nous cultivons, transformons et commercialisons les aliments. Avec moins de ressources à leur disposition, les pays en développement ont besoin d'un soutien continu, d'autant plus que le changement climatique affecte déjà les personnes les plus pauvres et les plus vulnérables de la planète. Heureusement, il existe déjà de nombreuses solutions basées sur la science qui peuvent être répliquées pour nous aider à construire un avenir alimentaire plus durable et plus résilient. Prenons l'exemple de l'Afrique de l'Ouest.

Lutter contre la faim et la malnutrition

Le Covid-19 risque de faire doubler le nombre de personnes confrontées à une faim aiguë. D'ici août, 50 millions de personnes pourraient être en situation d'insécurité alimentaire ou de malnutrition en Afrique de l'Ouest seulement, contre 17 millions actuellement. Il est essentiel d'aider les agriculteurs à récolter davantage en utilisant moins de ressources.

Dans les régions arides comme le Sahel en Afrique de l'Ouest, les scientifiques du réseau de recherche agricole CGIAR et leurs partenaires nationaux fournissent aux agriculteurs des plantes plus résistantes et nutritives telles que le mil perlé, qui peut tolérer des températures plus élevées et nécessite moins d'eau que d'autres cultures céréalières. Au Niger, les chercheurs travaillent sur une variété de mil perlé qui résiste au mildiou, arrive à maturation plus rapidement, et contient plus de fer, pour soutenir cet effort et remédier à des carences nutritionnelles très répandues.

En travaillant avec les institutions de recherche et de développement au Bénin et au Togo, les chercheurs de CGIAR aident les agriculteurs à cultiver du riz dans les vallées des plaines pour doubler leurs rendements grâce à une gestion rigoureuse de l'eau et à améliorer la sécurité alimentaire des communautés rurales. Ces stratégies "low-tech", peu coûteuses et mises en place par les agriculteurs eux-mêmes, contribuent également à économiser l'eau et à réduire les risques d'inondations.

Conserver les ressources naturelles

Les trois quarts des sols de la planète sont déjà dégradés à cause de la désertification, de la pollution ou de la déforestation, tandis que deux milliards de personnes dans le monde n'ont pas accès à l'eau potable. Pour les petits exploitants agricoles et les éleveurs qui luttent déjà pour maintenir la production malgré les défis environnementaux, le Covid-19 et les confinements et fermetures de frontières qui l'accompagnent pourraient donner le coup de grâce.

Mais les agriculteurs peuvent apprendre à s'adapter au changement climatique de manière souvent simple et économique. Le Centre du riz pour l'Afrique (AfricaRice), basé en Côte d'Ivoire, abrite la plus grande collection de riz africain au monde. Les informations génétiques collectées permettent de développer des variétés de riz mieux adaptées aux écosystèmes africains et donc plus résistantes au changement climatique.

Le Sénégal, autre puissance économique de la région, fait de grands progrès dans sa transition écologique. Depuis 2012, CGIAR soutient cette transition à travers le village climato-intelligent de Daga Birame, où les agriculteurs travaillent avec des chercheurs et des partenaires locaux pour tester une gamme de technologies afin de rendre l'agriculture plus résiliente. Par exemple, des alertes météorologiques sont envoyées aux agriculteurs par SMS avec des recommandations sur les intrants qui peuvent aider à augmenter les rendements.

Accéder aux marchés

Du Nigeria au Burkina Faso en passant par la Gambie, de nombreux agriculteurs sont souvent dans l'impossibilité d'accéder à des marchés à temps pour vendre leurs récoltes. En conséquence, jusqu'à la moitié de leurs récoltes sont perdues avant même d'atteindre les consommateurs, un défi auquel sont confrontés les agriculteurs des pays à revenu élevé depuis le début de l'épidémie.

En Afrique de l'Ouest, les chercheurs évaluent les chaînes de valeur prometteuses et les acteurs nécessaires pour leur permettre de continuer de fonctionner de manière efficace. En prenant conscience des problèmes et des opportunités qui existent, ils peuvent ensuite prioriser les innovations et les financements nécessaires pour les soutenir, en mettant un accent particulier sur la participation des femmes.

Avant le Covid-19, CGIAR et beaucoup d'autres appelaient à une transformation du système alimentaire mondial. Ce système était déjà dysfonctionnel: un tiers des pays à revenu faible ou intermédiaire sont aujourd'hui confrontés à la fois à la sous-nutrition et à l'obésité, tandis que nous payons un prix environnemental bien trop élevé pour notre consommation.

Cette crise a dévoilé les failles de notre système d'une manière sans précédent. Nous devons donc reconstruire mieux, au lieu de revenir en arrière. Cela nécessitera une infusion de recherche et d'innovation, mais aussi un sentiment de solidarité partagée. La collaboration internationale entre les leaders de la recherche agronomique, comme le représente la collaboration de longue date entre la France et CGIAR, sera cruciale pour construire les systèmes alimentaires de demain. C'est le moment de s'assurer que de ce malheur sortiront des solutions durables.

Lire aussi : « Il faut favoriser les circuits courts », Jean-Jacques Arribe

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a écrit le 18/06/2020 à 12:17 :
Nous en arrivons à un stade où le problème n'est pas la ressource alimentaire, mais la surpopulation.
Ne pas regarder les choses en face ne fera que faire empirer la situation qui deviendra de plus en plus explosive... jusqu'à l'explosion.
Il arrivera un moment où je "politiquement correct" sera confronté à cette situation, l'heure des choix, c'est maintenant, après il sera trop tard.
a écrit le 18/06/2020 à 10:58 :
Abattre les préjugés :

1) 3 repas par jour est une «  invention «  du système pour sur- consommer .

2) ce n’est par ce qu’il y a la famine , qu’il faut mettre du sucre , du sel et de l’huile de palme dans tous les produits agro- alimentaires .

3) l’orge est plus sain que le blé pour la santé humaine

Subventionner les «  industriels agro/ alimentaires «  qui produisent de l’alimentation sain pour le monde entier ( respect de l’humain de l’environnement)

4) investir pour changer les systèmes industriels agro- alimentaire

5) ce n’est parce qu’ils sont pauvres qu’ils doivent se nourrir mal avec des aliments nocifs pour leur santé !
Réponse de le 18/06/2020 à 22:22 :
"3 repas par jour est une « invention « du système pour sur- consommer" en Finlande ils mangent 5 fois par jour, pour sur-sur-consommer, ou pour répartir sur la journée. Vous pouvez ne manger que le matin, tout ce qu'il faut pour tenir la route, c'est quoi cette habitude de 3 repas 'imposés' ? Pendant le jeune, ils font comment les musulmans ? Ecoutez votre estomac et votre cerveau pour savoir ce qui vous va le mieux.
a écrit le 18/06/2020 à 10:37 :
Toujours plus de gens toujours plus malades, merci beaucoup l'agro-industrie votre "combat" est vachement honorable hein...

Au secours.
a écrit le 18/06/2020 à 10:36 :
Pendant ce temps :

Le coronavirus continue de se propager parmi les travailleurs saisonniers du Vaucluse. La vaste campagne de dépistage menée par les autorités sanitaires auprès de ce public a permis d’identifier 13 nouvelles contaminations, rapporte 20 Minutes, ce mardi 16 juin. « Cela porte à 53 le nombre total de cas positifs », précise dans un communiqué l’ARS Paca, qui coordonne l’opération en partenariat avec la préfecture du Vaucluse.Les saisonniers touchés ont fait l’objet de mesures d’isolement. Ces nouveaux cas touchent principalement une exploitation située à Carpentras, précise le quotidien. Un foyer avait déjà été identifié sur ce site. Une nouvelle vague de tests auprès de 100 salariés doit être menée.

La pandémie de Covid-19 est particulièrement vive dans les exploitations de la région Paca. Trente-six travailleurs saisonniers travaillant dans les Bouches-du-Rhône ont ainsi été placés à l’isolement après avoir été testés positifs la semaine dernière. Les autorités sanitaires les ont transférées dans un ancien Ehpad de Miramas.

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