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Europe : à Christine Lagarde de jouer

Alain Trannoy, directeur d'études à l'EHESS Marseille

Publié le 16 décembre 2011 à 08:23 - Mis à jour le 16 décembre 2011 à 08:25

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Il faut aider l'Italie, et vite. Un engagement de la BCE étant prohibé par les Allemands, et le Fonds européen étant bridé par l'endettement des États, reste l'appel au Fonds monétaire international.

L'accord "Merkozy" a donc été entériné par le Conseil européen. Il faut s'en réjouir, sauf que Angela Merkel et Nicolas Sarkozy sont comme ces écoliers qui font leurs devoirs du lendemain pour éviter de se pencher sur ceux du jour, trop durs à faire. Ils songent à éviter que la grange ne brûle une prochaine fois, alors qu'elle se consume avec la récolte de l'année, sous leurs yeux. La tâche primordiale consiste d'abord à enrayer l'attaque spéculative contre l'Italie qui menace d'emporter la zone euro.

L'Italie, solvable aujourd'hui, ne le restera pas longtemps en raison des intérêts exorbitants pesant sur sa dette. Le gouvernement italien est contraint d'adopter des politiques restrictives la condamnant à prolonger sa stagnation, alors que l'une des conditions du retour de la confiance des marchés est le retour de la croissance. N'est-il pas urgent de casser le caractère autoréalisateur de la spéculation alors que les mesures d'assainissement ont été prises par Mario Monti ? Techniquement, quatre solutions sont envisageables pour que l'Italie refinance sa dette à un taux normal, autour de 3 %, mais seule la dernière est encore praticable, vu l'entêtement d'Angela Merkel à refuser les deux premières, la troisième étant condamnée par la trop grande faiblesse économique de la France et de l'Allemagne.

La première solution, la plus rapide, réside dans le rachat par la BCE de toute dette secondaire italienne, sans aucune limite. Cette simple annonce stopperait toute spéculation. Les banques pourraient de nouveau souscrire de la dette italienne à des taux normaux sans demander de prime pour un risque qu'elles n'auraient plus à porter : elles pourraient à tout moment revendre leurs bons du Trésor italiens à la banque centrale. Cet engagement témoignerait en outre de la totale confiance de la BCE dans la solvabilité italienne. Les dirigeants allemands condamnent cette solution en raison du risque d'inflation qu'elle réveillerait comme le fantôme de l'entre-deux-guerres. Ils pourraient avoir raison à long terme, si la BCE devait racheter toute la dette italienne. Mais l'intérêt de cette annonce réside dans sa capacité de dissuasion. La crédibilité de l'engagement rend non nécessaire sa mise en oeuvre effective.

La mutualisation de la dette déjà émise à travers une formule d'euro-obligations, seconde option, est aujourd'hui raillée par Nicolas Sarkozy, s'inscrivant dans les pas d'Angela Merkel au prétexte qu'"elles n'ont guère de sens". Cette formule n'inciterait pas, selon eux, les pays à respecter la discipline budgétaire, la charge de la dette d'un pays pouvant être supportée par d'autres, en cas de graves difficultés. S'il est exact que l'on a tendance à moins être prévoyant quand on est assuré, des dispositifs peuvent être imaginés pour contrer cet effet d'aléa moral.

Pour être envisageable, la troisième solution, un recours au Fonds européen de stabilité financière (FESF) en vue d'aider l'Italie, nécessite un abondement de celui-ci. Le Fonds actuel permet seulement de couvrir un quart de la dette italienne. Les Français et les Allemands auraient pu y remédier à la condition d'un moindre endettement. Un taux d'endettement public à hauteur de 40 % de leur PIB aurait permis aux deux pays d'apporter 2.000 milliards d'euros de garantie au Fonds européen, faisant ainsi refluer la spéculation. À plus de 80 % d'endettement, cette solution n'a pas d'avenir. D'où la tentative des Européens au sommet de Cannes d'impliquer les pays émergents dans le FESF. Une tentative qui a avorté.

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L'intuition était pourtant bonne à Cannes. Lorsqu'on ne veut pas ou ne peut pas combattre l'incendie avec l'extincteur familial, il faut appeler les pompiers. Comme la zone euro refuse un rôle de prêteur en dernier ressort, il faut se tourner vers une institution extérieure, en l'occurrence, le FMI. Seul celui-ci a potentiellement les ressources, en procédant à une augmentation de capital auprès de ses membres, de permettre à l'Italie d'éviter d'avoir à refinancer sa dette auprès des marchés pendant un, deux, voire trois ans, et ainsi mettre à sa disposition une ligne de crédit de 600 milliards d'Euros. Toutefois, il faut réaliser le coût politique pour l'Europe, les pays émergents demandant en contrepartie une augmentation de leur poids en termes de quote-part et de droit de vote. À Christine Lagarde de sortir du bois, puisqu'elle trouve à juste raison insuffisant l'accord Merkel-Sarkozy, et ainsi justifier la confiance placée en elle comme directrice du FMI. À Nicolas Sarkozy de jouer son joker et de faire comprendre à Angela Merkel le prix de ses "nein", l'abaissement de l'Europe dans une grande institution internationale.

Alain Trannoy, directeur d'études à l'EHESS Marseille

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