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David Le Bris

Publié le 20 août 2012 à 09:43

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Selon le chercheur David Le Bris, le rendement moyen des actions est meilleur quand la gauche gouverne que quand c'est la droite. Mais l'histoire montre que ce sont les trois mois qui précèdent l'alternance qui expliquent cette meilleure performance...

Certains s'inquiétaient des risques que l'élection de François Hollande à la présidentielle française ferait peser sur la stabilité économique de la zone euro. Le candidat socialiste affirmait alors qu'il dénoncerait le dernier traité européen si laborieusement négocié et affichait un programme peu crédible de dépenses publiques couplé à des taxations confiscatoires sur les hauts revenus.

Panique en mai 1981, mais profits historiques sous Mitterrand

Il est vrai que la dernière élection d'un socialiste à l'Élysée, François Mitterrand en mai 1981, avait affolé les marchés. Sous la crainte d'un programme ouvertement hostile à l'économie capitaliste, les actions chutent d'un tiers et les taux sur la dette française bondissent de deux points. Mais le Parti Communiste ne fera qu'une courte figuration et les chars soviétiques ne descendront pas les Champs Élyséens.
Le slogan de l'époque affirmait « Changer la vie », il est délicat de savoir ce qui a changé pour les Français mais pour les actionnaires la vie a effectivement changé... En mieux. Durant le premier septennat socialiste, le cours des actions sera multiplié par 2,5 et par 4,5 à la fin du second mandat. De ce point de vue, cette période est tout simplement la plus faste de l'histoire.
Déjà en 1954, durant les 7 mois du gouvernement d'une autre figure mythique de la gauche, Mendès-France, les actions connaissent la hausse la plus rapide de l'histoire. Les cours s'envolent de 75 % et progressent encore de 10 % le mois suivant son départ. Ce mouvement est porté par la découverte du gisement de pétrole de Parentis dans les Landes par Esso-France. Cette dernière voit son cours multiplié par dix car le sud-ouest est imaginé en Texas français.
Au-delà de ces épisodes paradoxaux comment les marchés réagissent-ils lors de l'arrivée de la gauche au pouvoir ? Depuis 1871, la France a connu 157 gouvernements dirigés par 141 hommes et une femme ; Édith Cresson il y a vingt ans. La durée moyenne d'un gouvernement en France est inférieure à onze mois ; on imagine l'énergie dépensée en débats politiciens pour parvenir à ce triste score. Avec ses cinq années de présence, François Fillon est d'ailleurs dans le trio de tête des chefs de gouvernement les plus durables.

Sur la durée, la Bourse est indifférente aux fanfaronnades de la gauche

Les marchés financiers réagissent favorablement à tous les nouveaux gouvernements. En moyenne, durant le mois de la nomination d'un gouvernement, le cours des actions progresse quatre fois plus vite qu'en temps normal quelle que soit la couleur du nouveau responsable. Cette réaction positive traduit la fin d'une incertitude qui est coûteuse pour les investisseurs.
Sur la durée, les performances des actions apparaissent bien meilleures sous les gouvernements de gauche que ceux de droite ! Le résultat est surprenant : sous la gauche, la rentabilité réelle (avec dividendes et après inflation) est de 4,4 % par an contre seulement 0,11 % sous la droite ! Cette différence ne résulte pas d'une compensation pour un risque plus élevé sous la gauche, ne provient pas de quelques épisodes singuliers et n'a qu'une faible chance d'être simplement le fruit du hasard.
Mais cette prime pour la gauche n'est qu'une illusion car les marchés prévoient souvent l'arrivée de la gauche avec quelques mois d'avance. En effet, les actions plongent durant les trois derniers mois des gouvernements de droite en anticipant l'arrivée de la gauche. À l'inverse, une partie des bonnes performances sous la gauche provient des trois derniers mois en réaction à la prochaine arrivée de la droite. Si l'on mesure les performances sous la gauche et la droite avec des limites avancées de trois mois, la meilleure rentabilité observée sous la gauche disparaît entièrement. Au final, les marchés ne sont donc pas mieux orientés sous la droite que sous la gauche.

Le danger, c'est le déni pas la gauche

Historiquement, les innombrables discours assassins de la gauche contre la finance n'ont pas eu d'impact durable. À l'inverse, les bonnes dispositions affichées par la droite envers les entreprises ne se sont pas traduites par des profits pour les actionnaires. S'inquiéter des actuelles imprécations du candidat socialiste contre la finance n'est donc pas plus pertinent que de croire aux promesses des lendemains qui chantent. De plus, les entreprises du CAC 40 font aujourd'hui l'essentiel de leurs profits à l'étranger et sont donc de moins en moins affectées par les décisions politiques françaises. Profits qui retournent largement vers l'étranger car les actionnaires français sont de moins en moins nombreux.
Nous ne sommes plus en 1981, hors quelques rodomontades, François Hollande est un social-démocrate réaliste. S'il est élu, il se contentera probablement de quelques changements sémantiques dans le traité européen car nos partenaires aussi veulent la croissance mais ils ont compris que ce sont des comptes publics à l'équilibre qui permettront de la retrouver. Quant à ses velléités dépensières et confiscatoires, le réalisme reprendra vite le dessus.
Il faut toutefois regretter cette posture idéologique, pour deux raisons. Tout d'abord, en déformant la réalité, elle contribue à entretenir l'incompréhension chez les Français. Ensuite, elle empêche d'évoquer la véritable question politique actuelle : quel périmètre demain pour la sphère publique ? Cette question n'est abordée ni par la gauche ni par la droite alors que les dépenses publiques atteignent un record de 56 % du PIB. Les deux bords préfèrent rivaliser sur les moyens de faire payer les entreprises, les « riches » et le capital. Alors que seul du capital permettra aux salariés d'être mieux rémunérés ; Derrière les PME exportatrices allemandes tant vantées, se trouvent de riches propriétaires capables d'investir. La gauche n'est donc pas dangereuse en elle-même mais par le déni que ses discours contribuent à entretenir.

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David Le Bris est professeur à BEM Bordeaux Management School

David Le Bris

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