Pour tarir le financement d'Aqmi, "il ne faut plus payer de rançon"

Comment attaquer les finances d'Aqmi? En s'en prenant à sa principale ressource, les rançons, explique Gwendal Durand, spécialiste de l'organisation d'Al Qaïda au Maghreb islamique. Une méthode qui poserait bien sûr des questions humanitaires.
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Alors que la prise d?otage dans une base gazière en Algérie s?est terminée dans un bain de sang, et que l?intervention militaire au Nord-Mali s?intensifie, une question se pose à nouveau pour les organisations internationales: comment priver les terroristes de leurs ressources financières? Pour Gwendal Durand, ancien saint-cyrien et chercheur et auteur de "l?Organisation d?Al-Qaïda eu Maghreb islamique, réalité ou manipulation?", publié chez l?Harmattan en 2011, explique d?où vient le ?nerf de la guerre? du terrorisme et, partant, comment les Etats peuvent tenter de le couper.

 

La Tribune - Quelle est la principale ressource financière d'Aqmi?

Gwendal Durand - L?enlèvement contre rançon est la principale source de financement d?Aqmi. On estime le prix moyen d?une libération d?otage à 2 millions d?euros. Un exemple récent: pour les quatre otages d?Arlit [au Niger] en novembre 2011, 100 millions d?euros ont été réclamés. Et le versement pour les trois otages libérés (une Française, un Togolais et un malgache) est estimé à 12 millions d'euros. C?est une autre échelle? Ensuite, leurs autres sources de financement sont la contrebande, la sécurisation des routes pour le trafic de cocaïne ou de tabac. Aqmi ne participe pas directement au trafic mais prélève une sorte de ?dîme?, un ?impôt? sur les cargaisons. L?organisation de Mokhtar Belmokhtar [terroriste algérien dont se revendiquent les auteurs de la prise d?otage en Algérie ndlr] est mi-terroriste, mi-mafieuse.

Les auteurs de la prise d?otage de Tigantourine couraient-ils aussi après des rançons?

A mon sens, non. Là, il s?agit clairement d?une action de guerre. Ce qui est nouveau, c?est l?implication des groupes algériens qui jusqu'alors étaient plus en retrait, ce qui oblige l?Algérie à réagir et les autres pays à prendre position.

Les armes utilisées par ces groupes d?Aqmi proviennent-il en majorité de Libye, comme cela a beaucoup été répété?

Non. Il existe deux sources d?approvisionnement en armes. La première est plus ?classique? et repose sur de très larges ressources de financement. Avec un budget de plusieurs centaines de millions d?euros, Aqmi peut acheter un armement sophistiqué, disposer d?une réelle puissance de feu et développer des communications performantes, cryptées par exemple. Comme toute les rébellions, ces armes ?surtout des kalachnikovs proviennent de circuits parallèles ?classiques?. En plus de cela, elle a pu récupérer un armement plus lourd en Libye et de l?ancienne armée libyenne.

Comment les organisations internationales peuvent-elles espérer tarir les ressources financières d?Aqmi?

D?abord en appliquant les lois sur le financement du terrorisme. Il existe une législation internationale. Il leur faut aussi être très vigilant à ne pas payer les rançons, à ne pas céder à ces pressions. Mais c?est très compliqué de négocier. Il y a forcément beaucoup d?empathie pour les otages, une volonté de les libérer au plus vite surtout qu?ils sont détenus dans des conditions inhumaines. Ce n?est pas toujours l?Etat qui paye mais parfois des fonds d?assurance ou différents intermédiaires. Ensuite, il faut intervenir sur les réseaux de blanchiment. L?argent d?Adqmi ne sert pas seulement à financer l?armement ou à payer les ?salaires? des djihadistes. Il ne transite pas seulement sur des comptes offshore, mais il est aussi investi dans l?économie ?normale?, dans des programmes immobiliers? C?est ce qui fait la force de l?organisation, au Mali notamment où ses ressources financières sont supérieures à celles du gouvernement. Avec une telle capacité de financement, elle peut acheter des d?informations, organiser du commerce, etc. Ainsi Aqmi s?impose là où l?économie nationale ne le peut pas."

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Commentaires 12
à écrit le 18/01/2013 à 14:04
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Que devient la taxe que l'on paye sur la viande Halal?...

à écrit le 18/01/2013 à 13:33
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il faut tout simplement plus rien leur vendre, car même si tu as du pognon et que aucun pays au monde veut te vendre quoi que ce soit, et bien tu n'a plus qu'à le manger ton pognon.

à écrit le 18/01/2013 à 7:05
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Pour tarir le financement des terroristes, il faut anéantir les terroristes.

à écrit le 17/01/2013 à 21:10
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Cela va être dur, surtout si les otages sont des journalistes.

à écrit le 17/01/2013 à 21:05
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C'est facile à dire vu d'ici... Mais vu des otages, savoir qu'aucune rançon ne sera versée et qu'ils seront condamnés de facto à mort........

le 18/01/2013 à 13:20
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Non car plus d otages voir exemple israel...en France on est tellement mou qu ils enlevent des Francais...meilleur rapport risque/gain...

à écrit le 17/01/2013 à 18:45
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Les Russes savent qu'il faut mieux perdre quelques otages plutôt que de financer par des rançons des terroristes qui tueront plusieurs milliers de gens.

le 17/01/2013 à 19:11
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Il y a bien d'autres moyens de leur diminuer leur retraite : il suffit de leur privatiser et le tour est joué...

à écrit le 17/01/2013 à 17:37
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Ceci dit, Goldman Sachs vient de tripler son bénéfice trimestriel...

le 17/01/2013 à 19:45
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Il dit qu'il voit pas le rapport...

le 17/01/2013 à 20:09
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Il dit qu'il y a otage dans les deux cas.

le 18/01/2013 à 13:21
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+1 Nous sommes tous les otages d une minorite...

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