Protéger l'industrie, ce n'est pas la militariser !

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L'exemple de l'assaut algérien sur le complexe gazier d'In Amenas rappelle notre solitude et notre faiblesse: chaque Etat reste maître chez lui, les pays concernés ne peuvent opposer de front uni et l'entreprise n'a pas son mot à dire. Pour répondre au « gangsterrorisme » et garantir aux entreprises un espace sécurisé donnons-nous les moyens d'aller plus loin dans la coopération policière internationale.

Ce n'est pas la première fois que des terroristes, pirates ou mafieux s'attaquent aux entreprises ou à des personnels. Pourquoi ? Tout simplement parce que, pour ces idéologues ou ces criminels, l'industrie est une cassette et un symbole. Une cassette puisque les menaces concernant le site d'exploitation ou l'intégrité physique des personnels entrainent le paiement de rançons ou le gain de notoriété. Un symbole, celui de la richesse, de la croissance et de la mondialisation des échanges. Une vision passéiste du monde !

Pourtant depuis le prophète Mohamed, Marx ou Engels l'entreprise a changé. L'industrie voit ses « unités de production » s'impliquer sur leur territoire. Aujourd'hui, il n'est pas un grand groupe international, pas une ETI, qui n'ait pas réfléchi sa croissance sans une participation combinée de son engagement en matière de responsabilité sociale et environnementale. Même les PME s'y mettent. En ciblant l'industrie on veut donc atteindre une forme de liberté, de mouvement et de modèle économique. On veut freiner des actions menées localement pour favoriser le progrès social; arrêter la prise en compte d'enjeux économiques et environnementaux; refuser la pénétration d'actions de transparence, d'éthique et de déontologie. L'entreprise est devenue un milieu ouvert. Elle fait vivre, ce qu'on lui reproche.

C'est pourquoi, il convient de protéger notre vision de l'entreprise et de sa richesse: les personnes, les biens et les savoir-faire. Mais sécuriser l'industrie ce n'est pas la militariser. On comprend bien cette envie de sécurité et cette exigence de précaution dans notre mode qui n'aime pas l'aspérité mais il est difficile, sauf à se leurrer, de parer toutes les formes de menaces physiques, matérielles et immatérielles. Il faut prendre des précautions mais l'avalanche de technologies et de moyens mercenaires n'y fera rien. Car on le voit bien, ces actions sont kamikazes. Elles ne sont pas prévisibles et visent à sacrifier la valeur humaine. Alors qui doit payer, comment faire ? L'entreprise, elle en paie déjà le prix humain et en assume les coûts. En Europe chacun doit rogner sur des marges faibles tout en sauvegardant l'emploi. Pour conquérir des marchés certains investissent à perte en tirant un trait sur des actifs.

Quant aux Etats, ils ne sont pas mieux argentés pour aider durablement les industries en matière de sécurité. L'entreprise doit donc compter sur ses propres moyens et rester ce qu'elle est : porteuse de son projet et de ses valeurs. Pour cela, elle doit multiplier les contacts et l'échange d'informations avec les autorités locales en bonne intelligence. Elle le fait déjà mais, dans certains pays, il faut compter avec le complexe de la colonisation, l'extrémisme religieux et l'atomisation des groupes armés. La priorité reste de garantir la sureté des personnels (expatriés ou locaux) et de leurs familles mais notre industrie ne peut pas le faire toute seule. C'est le rôle de l'Etat de garantir la sécurité sur son sol et d'assumer sa prérogative de puissance publique. N'inversons pas les rôles. Et ne transférons pas, sans dialogue, ni les responsabilités ni les coûts.

On a reproché, un temps, aux grands groupes d'intervenir dans la gouvernance des Etats émergents. Cette vision est dépassée. Les entreprises sont aujourd'hui les cibles, les victimes. Là où elles sont implantées la sécurité, la lutte contre les agressions, la mise en place de systèmes d'alerte est déjà, par défaut, en partie leur l'affaire. Mais si les entreprises interviennent à leur rythme et à leur niveau pour assurer la sécurisation de leurs investissements humains et matériels, elles n'ont pas les moyens régaliens des Etats. Elles n'ont pas la capacité de faire les lois ni d'actionner la coopération policière internationale. Le développement du terrorisme, les nouveaux comportements d'intrusion numériques, l'atomisation des menaces réclament des mesures concertées de droit appropriées et des réponses pénales qui dépassent largement les règles actuellement en place.

L'exemple de l'assaut algérien rappelle notre solitude et notre faiblesse: chaque Etat reste maître chez lui, les pays concernés ne peuvent opposer de front uni et l'entreprise n'a pas son mot à dire. Pour répondre au « gangsterrorisme » et garantir aux entreprises un espace sécurisé donnons-nous les moyens d'aller plus loin dans la coopération policière internationale. Dans un monde instable, il y a urgence à anticiper et à travailler ensemble afin de répondre efficacement aux nouvelles formes d'agressions qui ne manqueront pas de nous toucher demain.

Bernard COHEN-HADAD est Président du Think Tank Etienne Marcel et Président de la commission financement des entreprises d e le CGPME.
 

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