Janet Yellen : une Merkel américaine ?

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Qui est Janet Yellen, à la tête de la Fed depuis peu? Elle apparaît tout autant politique qu'économiste. par Jean-Christophe Gallien, professeur associé à l'Université de Paris 1 la Sorbonne

Janet Yellen est depuis le 3 janvier à la tête de la FED. 100 ans, 14 présidents, tous des hommes depuis sa création, et voici donc la première femme à présider la Réserve fédérale américaine. Celle qui est aussi la première démocrate à diriger la Fed depuis 1987, n'appartient pourtant pas au premier cercle de Barack Obama et n'était pas véritablement la candidate d'un Président qui lui préférait Larry Summers, un de ses anciens élèves à Harvard où elle a enseigné.

La seule doctorante en économie à Yale

Elle était la seule femme doctorante en économie à l'Université de Yale. Son mentor de l'époque était James Tobin, prix Nobel de l'économie en 1981. Ses premières années académiques, furent pourtant marquées par un léger scepticisme sur ses capacités et elle fut largement dominée par l'aura extravertie de son mari George Akerlof, représentant du « nouveau keynésianisme », et qui fut, en 2001, lauréat du Nobel d'économie, partagé avec Michael Spence et surtout Joseph Stiglitz, soutien actif de la nouvelle présidente.

Une rencontre à la cafétéria de la Fed....

Jellen et Akerlof se sont rencontrés à la caféteria de la Fed. Ca ne s'invente pas ! Ils ont écrit ensemble un ouvrage : « Efficiency Wage Models of the Labor Market » dans lequel ils démontrent l'existence du phénomène de salaire d'efficience, et argumentent l'hypothèse que les employeurs peuvent avoir un intérêt à verser un salaire plus élevé que le salaire qui optimiserait leur profit, afin notamment d'attirer et de conserver les meilleurs salariés. Elle le suit à Londres où il est nommé professeur à la prestigieuse London School of Economics.

 La roue a tourné

Depuis la roue a tourné dans la famille et la carrière de Janet fut menée tambour battant sur d'autres terrains moins académiques et c'est son mari qui s'ajusta aux mouvements d'une Janet qui choisit de mixer les genres. Enseignements et recherches universitaires, et dès les années 90 des fonctions au sein de plusieurs organismes économiques. Choisie par Bill Clinton, elle fut membre du Conseil des gouverneurs de la réserve fédérale entre août 1994 et février 1997, puis elle dirige jusqu'en 1999 le Cercle des conseillers économiques de la Maison Blanche avant de présider le "Council of Economics Advisers". Et préside l'unité de San Francisco de la Fed entre 2004 et 2010.

Rendre la banque centrale américaine plus accessible

Elle devient ensuite vice-présidente de la FED avec l'idée de rendre la banque centrale américaine plus accessible, plus transparente comme l'ensemble de la finance. Janet Yellen est notamment partisane d'une communication des institutions libérée et proche d'une conversation avec les populations et pas seulement avec les parties prenantes classiques de la finance. Elle est, par exemple, à l'origine de la décision de la Fed d'annoncer, depuis janvier 2012, des objectifs chiffrés d'inflation et de chômage.

 Dans la continuité

Nous sommes aux USA et la nomination de cette fidèle de la maison FED, traduit plutôt une continuité qu'une rupture. Son credo personnel est profondément keynésien : il faut stimuler l'économie en temps de crise. Elle déclare 3 priorités : promouvoir le plein emploi et la stabilité des prix et du système financier.

Une des meilleures élèves de Stiglitz

On la dit sans trop d'ennemis et ses talents sont déjà vantés par les autres - elle fut une des vedettes d'une pub Microsoft qui célébrait les femmes héroïques de 2013 et défendue par le Marie Claire US comme ayant "triomphé des haineux". Celle qui fut la candidate préférée de Wall Street bénéficie non seulement du soutien des investisseurs américains mais aussi de celui de personnalités comme Joseph Stiglitz qui dit haut et fort "qu'en 47 ans d'enseignement, Janet Yellen a été l'une de ses meilleures élèves".

Elle avait prévu l'éclatement de la bulle immobilière

Il est juste de rappeler qu'elle fait partie des rares qui ont vu venir l'éclatement de la bulle immobilière et qu'elle est, de tous les membres de la Fed, l'économiste qui a produit les prévisions les plus justes entre 2009 et 2013.

Communicante, ne serait-elle finalement pas tout autant politique qu'économiste ? Elle rejoint le club encore très fermé des femmes hyper puissantes, comme Christine Lagarde ou Angela Merkel à qui elle peut, par de nombreux aspects et pas seulement vestimentaire, nous faire penser. Hillary Clinton aurait pu s'inquiéter pour son futur destin présidentiel si Janet avait accédé à cette responsabilité un peu plus tôt. Quant à la bulle de la dette, elle a certainement encore de beaux jours devant elle, Janet est depuis trop longtemps à la FED pour vouloir vraiment la dégonfler ? Les têtes changent, pas la banque.

 

*Professeur associé à l'Université de Paris 1 la Sorbonne

Président de j c g a

Membre de la SEAP, Society of European Affairs Professionals

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Commentaires
a écrit le 06/02/2014 à 14:00 :
Comparer la faussaire de la FED qui a juré d’imprimer de la monnaie de singe jusqu'à la mort, à Merkel, symbole de la prudence et de la rigidité financière, il fallait le faire ! D'où pouvez-vous sortir des idées pareilles ?
Réponse de le 06/02/2014 à 14:17 :
@couac, j'évoque sa trajectoire et sa dimension politique et féminine !

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