Zone euro : l'intenable fracture Nord-Sud

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Alexandre Mirlicourtois, directeur de la conjoncture et de la prévision de Xerfi/ DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, l'intenable fracture Nord-Sud dans la zone euro.

La fracture entre le Nord et le Sud de la zone euro s'est-elle réduite? Pour le déterminer, nous pouvons choisir choisi cinq critères : le niveau du PIB, l'évolution des comptes extérieurs, la situation du marché de l'emploi, le niveau relatif des taux d'intérêt et la situation des finances publiques.

Par « Nord de la zone euro » nous entendons l'Allemagne, l'Autriche, la Belgique et les Pays Bas. Par le Sud, nous entendons l'Italie, l'Espagne, le Portugal et la Grèce.

Le critère du PIB en niveau

Du côté du Nord, la richesse créée est à un sommet. Du côté du Sud, en revanche, les dégâts de la récession et de la reprise avortée de 2010 sont encore bien là avec un PIB inférieur de 9% à son pic d'avant crise. Bilan, fin 2013, jamais l'écart entre les deux zones n'a été aussi important.

Les comptes extérieurs

Le Nord continue d'engranger de confortables excédents courants. Le solde a été propulsé au-delà de 250 milliards d'euros en 2013, selon nos estimations. C'est son record historique. Mais, malgré cette performance le fossé s'est réduit avec le Sud qui est passé d'un déficit abyssal à un léger excédent.

En revanche il existe bel et bien une ligne de fracture dans la manière dont se forme cet excédent. Dans le Nord c'est avant tout le dynamisme des exportations qui fait les bonnes performances. Dans le Sud, la réduction des importations joue un rôle déterminant dans l'embellie. Une embellie extérieure qui repose donc en partie sur l'effet mécanique de l'étranglement de la demande domestique sur les importations.

L'état du marché du travail

Pour prendre toute la mesure du sous-emploi, de la casse humaine et sociale des économies, regardons le chômage. Il est au plus bas dans la partie Nord, à 5,5% de la population active. Il est au plus haut dans la partie Sud, à plus de 18,5%. Un écart de 13 points. C'est du jamais vu. Mais le désastre est encore plus saisissant lorsque l'on se focalise sur l'emploi des jeunes. Le taux de chômage des moins de 25 ans est de 9,5% dans le nord contre 47% dans le sud. Un gouffre sépare les deux zones, et il n'a jamais été aussi important.

Les conditions d'emprunts des Etats

Mesurées par le « superspread », les tensions se sont atténuées entre le Nord et le Sud. Mais le « superspread » c'est quoi au juste ? C'est la moyenne des différentiels de taux d'intérêt sur la dette souveraine espagnole, italienne, ou portugaise par rapport à la dette publique allemande. Il est au plus bas depuis le début de la crise signe de l'apaisement des craintes des marchés sur la stabilité financière de la zone euro.

Mais, les taux exigés au Sud sont toujours supérieurs à la croissance nominale ce qui entraine encore une hausse spontanée et potentiellement cumulative de l'endettement.

Le point de l'endettement

L'endettement public est maîtrisé dans le Nord mais reste potentiellement explosif dans le Sud où il se rapproche de 100%. Si l'endettement se stabilise depuis peu, ce n'est que sous l'effet des aides, de la cession d'actifs et d'une ponction pénalisante sur les agents privés.

Attention, l'écartèlement de la zone euro est à son comble

Autrement dit les risques sociaux et politiques sont à leur comble. Pendant ce temps, l'euro, lui, a renforcé sa crédibilité technique et son niveau, mais au prix d'une divergence qui menace toujours plus l'intégrité de la zone euro.

Et dans cet Europe écartelée la France doit trouver son intérêt et sa voix. Cela sera ni celle du sud ni celle du Nord.

 

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Commentaires
a écrit le 22/02/2014 à 17:28 :
...Le problème c'est simple il suffit d'aller dans n'importe quel magasin Européen pour voir à quelle point on est envahi par la Chine, l'Europe n'est pas un marché unique réservé aux Européens, c'est un marché d'exclusivité à une minorité qui fait fabriquer des produits pas chers en Chine pour les vendre en Europe en gagnant de sommes astronomiques en ruinant de nombreuses entreprises et des États avec le chômage et du manque à gagner surtout dans le sud du continent, mais le nord part aussi dans le même chemin....le seule moyen de sauver l'Europe c'est de taxer au maximum les produits chinois autrement c'est la ruine...
a écrit le 19/02/2014 à 18:57 :
Pourquoi ne parle t on jamais de la fameuse loi de janvier 73 qui a interdit a la france d'emprunter directement a la banque centrale . Cette decision , reprise dans Maastricht ,a permi aux banques de VOLER 2 a 3% aux peuples europeens, au passage . En effet les banques empruntent aupres des banques centrales ou des marches , pour repreter aux etats en empochant de l'argent au passage !!!!C'est du VOL VERITABLE . N'oublions JAMAIS que l'inventeur de ce tour de passe passe est Giscard d'estaing ministre de Pompidou .( il n'a pas fait qu'inventer les avions renifleurs!!!)
a écrit le 19/02/2014 à 16:50 :
La situation est intenable. Une solution à la chypriote pourrait advenir. L'explosion de l'Euro et peut-être même de l'Europe est une hypothèse sérieuse.
Réponse de le 19/02/2014 à 18:59 :
l'explosion de l'euro est sure et certaine . La question est : est ce que cela se fera dans la negociation ou dans la crise ? Et le plus tot sera le mieux !

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