L'élargissement de l'UE : bataille perdue d'avance ou partie intégrante de l'ADN de l'Europe ?

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L'Union européenne a su accompagner les pays candidats à l'adhésion, en encourageant les réformes. par Stefan Füle*, commissaire européen en charge de l’Élargissement.

Il y a cinq ans, lorsque j'ai repris le portefeuille Élargissement, notre plus grand défi était de rendre ce processus plus crédible, afin qu'il regagne les faveurs de nos citoyens. Nous devions alors faire en sorte qu'il donne des résultats tangibles, matérialisés par des réformes sur le terrain, et ne soit pas perçu comme un exercice purement formel consistant à cocher des cases à mesure que telle ou telle loi d'un pays candidat était alignée sur les normes de l'UE.

Le but n'était pas d'introduire de nouvelles conditions, mais de tirer parti des enseignements du passé. Nous devions nous assurer que les pays rejoignant l'Union étaient pleinement préparés à l'adhésion. Il était important également de parvenir à de réels changements dans les pays candidats en exploitant pleinement le pouvoir de transformation inhérent à l'élargissement. Les pays des Balkans occidentaux et la Turquie entreprennent des réformes structurelles obéissant à des conditions strictes mais justes. Ces réformes transforment leurs économies, consolident leurs institutions démocratiques, modernisent leurs systèmes judiciaires et leurs administrations publiques, tout en les aidant à lutter contre la criminalité organisée et la corruption.

Accompagner les pays candidats


Autant de problèmes difficiles qui ne sauraient être résolus du jour au lendemain. C'est pourquoi nous accompagnons les pays candidats dans les efforts qu'ils déploient jour après jour pour progresser en la matière. La nouvelle approche que nous avons suivie repose sur les trois piliers que constituent l'État de droit, la gouvernance économique et la réforme de l'administration publique. En ce qui concerne le premier pilier, l'État de droit, certains aspects fondamentaux comme la réforme judiciaire et la lutte contre la criminalité organisée et la corruption sont désormais traités dès les premières phases du processus d'adhésion. Grâce à cette approche, les changements opérés devraient être bien ancrés, durables et irréversibles au jour de l'adhésion.

Tirer les enseignements de la crise économique


En ce qui concerne le deuxième pilier, la gouvernance économique, nous nous sommes naturellement inspirés des enseignements tirés de la récente crise économique. Nous avons mis l'accent sur la compétitivité et la création d'un environnement économique plus stable, plus transparent et favorable aux investissements étrangers et à la croissance nationale. Dès l'an prochain, nous ferons en sorte de mieux guider les Balkans occidentaux en ce qui concerne leurs politiques macroéconomiques, budgétaires et structurelles, qui s'inspireront du semestre européen.
Nous nous concentrons cette année sur le troisième pilier, la réforme de l'administration publique. Ce faisant, nous aiderons les pays candidats à mettre en place des services publics modernes, dépolitisés et efficaces pour leurs citoyens.

 La politique d'élargissement crédible a porté ses fruits


Je suis fier de constater que cette politique d'élargissement crédible a déjà porté ses fruits. Bien que le rythme des réformes varie d'un pays à l'autre, la situation s'améliore presque partout : le Monténégro et la Serbie ont rempli les conditions requises pour l'ouverture de négociations d'adhésion. L'Albanie a acquis le statut de pays candidat. Le Kosovo a paraphé l'accord de stabilisation et d'association. Si ces aboutissements sont différents, ils ont des origines très similaires : l'intensification de la lutte contre la criminalité organisée et contre la corruption et le respect des droits de l'homme. L'UE demeure, qui plus est, une référence pour la Turquie, l'un de nos partenaires clés, en matière d'approfondissement des réformes démocratiques et des transformations opérées dans ce pays.
Les événements survenus récemment dans notre voisinage oriental et dans le bassin méditerranéen ont remis sur le devant de la scène la vaste question de la sécurité et de la stabilité en Europe. Un processus d'élargissement crédible concernant les pays des Balkans occidentaux et la Turquie transforme peu à peu notre voisinage immédiat, et les résultats sont impressionnants. Nous avons tous à y gagner: pour ces pays comme pour nous, c'est la voie vers une Europe plus sûre, plus stable et plus prospère.


(*) Commissaire chargé de l'élargissement et de la politique européenne de voisinage
Cet article est publié à l'occasion de la publication du «paquet» annuel de la Commission européenne concernant l'élargissement, le 8 octobre 2014.

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Commentaires
a écrit le 16/10/2014 à 18:31 :
Les technocrates n'apprennent rien de leurs erreurs (que nous payons au prix fort).
L'UE, comme la grenouille de la fable, continuera donc à enfler jusqu'à l'inévitable conclusion.... Boum !
a écrit le 16/10/2014 à 17:49 :
Ces technocrates sont chargé d'élargir le champ du chaos pendant que les entreprises et les politiques se chargent de remettre de l'ordre sans pouvoir approfondir la coordination des politiques!
a écrit le 16/10/2014 à 13:19 :
A ceci près que vous ne parlez pas du pourquoi.
En d'autres termes, les citoyens peuvent vouloir ou ne pas vouloir quelque chose, et sans qu'il soit besoin de se justifier, encore moins devoir se battre contre des politiques, des bureaucrates et autres représentants du glacis des institutions européennes qui leur imposent leurs choix sans autre forme de procès, allant jusqu'à critiquer ou dire inacceptable le choix de ces mêmes citoyens.
Grotesque déni démocratique qui comme toujours se paiera le prix fort, a point qu'on peut légitimement se demander si ce n'est pas ce qu'ils espèrent pour se défaire définitivement de la "contrainte" électorale.
a écrit le 16/10/2014 à 12:01 :
Tous ces dirigeants rêvent de l'Empire Romain ou quoi? D'autant moins crédible que ça se fait dans un désordre et dans un soucis de concurrence déloyale entre les peuples qui n'ont pas leur mot à dire. Bouffons de politicards.
a écrit le 16/10/2014 à 10:58 :
Le rêve de l'UE est d'aller jusqu'au Pacifique et sur toute la Méditerranée. Mais le problème est que la Russie et la Chine ne sont pas spécialement d'accord et le font savoir. Quant aux pays arabes, par le biais de divers mouvements fondamentalistes, ils créent un désert qui n'a plus d'intérêt économique. Sans rire, si on revenait aux fondamentaux, type les 6 de départ?
Réponse de le 16/10/2014 à 11:34 :
C'est plutôt le rêve des US, par le biais de l'UE, que la Russie et la Chine font bien de se méfier!
a écrit le 16/10/2014 à 9:39 :
CA VA DANS LE BON SENS ? LEUROPE EST UNE GRANDE INVENTION MAIS PAS ASSEZ TRUSTURE? ON EST ENCORE LOIN DE VALOIR LES ETAT UNIES ?QUI D ALLIEUR FONT TOUS POUR NOUS EN ENPECHE? ? ?
a écrit le 16/10/2014 à 9:36 :
Il faut bien rajouter que la criminalité ainsi que la corruption sont moins visible parce qu'elles se diluent dans le reste de l'UE! Comme pour le reste, avec une baisse de niveau pour les autres pays qui l’accueillent dans la zone!
a écrit le 16/10/2014 à 9:28 :
Ou... comment mettre "la zone" dans la zone afin de mieux manipuler les États!

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