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Alstom-Siemens : les critiques habituelles des nostalgiques du planisme

Marc Guyot et Radu Vranceanu

Publié le 15 février 2019 à 13:49 - Mis à jour le 15 février 2019 à 14:32

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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OPINION. Les réactions négatives suscitées par le rejet de la fusion par la Commission européenne de la Concurrence ne se justifient pas. Elles oublient un peu vite le problème posé par les pratiques de Pékin en matière de politique industrielle et ne prennent pas en compte l'intérêt du consommateur. Par Marc Guyot et Radu Vranceanu, professeurs à l'Essec.

Le rejet par la Commission européenne de la Concurrence le 6 février dernier du projet de fusion entre Alstom et Siemens a provoqué des réactions indignées de nombreux  dirigeants politiques des deux côtés du spectre politique, en plus des dirigeants des deux entreprises. Il n'était question pas moins d'une apparente profonde incompréhension par le commissaire européen des fondements de l'économie d'entreprise et de la géopolitique et plus spécialement de la menace chinoise. La défense de la concurrence est présentée comme anecdotique et l'absence de concurrence comme la seule arme qui permettrait aux firmes européennes de résister à l'ogre chinois. En effet, les Chinois ne s'embarrassant pas de considération concurrentielle, il est présenté comme infantile voire innocent de s'en préoccuper et d'ainsi s'auto-saborder. En revanche, il ne paraît pas infantile de continuer à commercer avec la Chine qui pourtant ne s'embarrasse pas plus de concurrence interne que de concurrence loyale internationale.

Pouvoir de marché accru

La question de l'intérêt industriel de la fusion n'est pas vraiment abordée par les critiques. Pourtant ce qui justifie une fusion ce sont les synergies industrielles, l'atteinte d'une taille efficace, la mise en commun d'une offre complémentaire ou de savoir-faire complémentaires. Dans le cas présent, les entreprises concernées offrent des produits similaires notamment dans les domaines de la signalisation ferroviaire et les trains à grande vitesse. La fusion aurait augmenté la part de marché de la firme combinée sur chacun de ces segments à quasiment 100% dans des nombreux pays d'Europe, mais il n'apparaît pas d'économie de coût particulière.

En revanche, il apparaît clairement que la nouvelle firme bénéficierait d'un pouvoir de marché accru et donc de la capacité à augmenter ses prix au détriment des transporteurs. L'intérêt pour les actionnaires des deux firmes est évident, l'intérêt pour le consommateur est négatif et reviendrait in fine à payer plus cher le transport ferroviaire sans bénéfice en terme d'innovation ou de qualité. Il est donc cohérent que les dirigeants des deux firmes aient recherché cette fusion qui est dans l'intérêt légitime de leurs actionnaires et que la Commission de la Concurrence l'ait rejetée dans l'intérêt du consommateur et du citoyen, et plus généralement de la construction d'un marché unique du transport ferroviaire efficace et au service des voyageurs.

Inspirés par la politique industrielle chinoise

Les dirigeants politiques en faveur de la fusion mettaient en avant l'effet taille en arguant de la taille du numéro 1 chinois CRRC, présenté comme un rouleau compresseur et un danger à terme. Cette firme bénéficierait d'un marché fermé et de subventions massives qui lui ont permis d'atteindre 26 milliards d'euros de chiffre d'affaire comparé aux 7,3 et 7,8 milliards d'euros respectivement pour Alstom et Siemens. Face à un tel géant bénéficiant d'une politique massive et ultra protectionniste, les critiques de la Commission européenne proposent de protéger l'industrie européenne en suspendant les lois de la concurrence et en créant notre géant. En d'autres termes, nos dirigeants sont inspirés par la politique industrielle chinoise et se proposent d'importer ce modèle. Suivant les seules recettes qu'ils maitrisent, ils nous proposent le combat entre planisme européen et planisme chinois. Il nous semble plus raisonnable de garder notre modèle qui a fait ses preuves en termes d'innovation soutenue et d'amélioration de qualité, et plutôt que de suspendre la concurrence, de suspendre le multilatéralisme naïf avec la Chine dans un secteur où il est aussi grossièrement battu en brèche que le ferroviaire.

Mais il semble que nos dirigeants se sentent plus forts à aboyer en cœur contre Margrethe Vestager, le commissaire européen de la Concurrence, plutôt que de mettre en demeure les Chinois d'ouvrir leur marché à nos trains et de cesser de subventionner leurs produits. Si une telle demande n'est pas formulée car la réponse négative ne fait aucun doute, nos dirigeants devraient rassembler ce qui leur reste de courage et fermer notre marché à la Chine. Il est étonnant de voir à quel point ceux qui crient à la naïveté continuer à idolâtrer une forme bien naïve de « multilatéralisme à sens unique ». Il est temps de pratiquer la réciprocité avec les Chinois et conditionner l'ouverture de nos marchés à l'ouverture de leur marché à l'image de ce que le président Trump n'hésite pas à faire même si, pour l'heure, l'issue du bras de fer n'est pas encore connue.

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Les carnets de commandes sont pleins

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On se demande où étaient ces gens si sages lors des accords de transferts de technologie de Alstom et Siemens qui ont permis aux Chinois de construire leurs premiers trains à grande vitesse. On se demande où ils étaient lorsque la Deutsche Bahn a passé commande de 20 locomotives l'année dernière à cette dangereuse entreprise chinoise. Par ailleurs, Alstom et Siemens pour l'instant se portent bien et leurs carnets de commandes sont pleins. L'énergie qu'ils ne perdront pas à intégrer deux sociétés à culture d'entreprise différentes et à gérer les grognes sociales leur permettra de se concentrer sur l'innovation et la qualité.

Marc Guyot et Radu Vranceanu

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