OPINION. Pour le président et fondateur de la Fondation Solar Impulse, le texte de la déclaration finale de la COP28 est « aussi vague que la divergence des intérêts, mais aussi ambitieux que la conscience du problème ».Ceux qui ont boycotté la COP28 auraient pu y aller, ne serait-ce que pour se rendre compte de la réalité du monde actuel, à des années-lumière de nos débats européens. Sans émettre à son sujet d'opinion personnelle, j'ai constaté que la décroissance économique n'avait pas de place dans les discussions. L'activisme ambiant, au contraire, était celui de l'accès à l'énergie et au développement pour les pays pauvres, le financement de la transition, la justice sociale et politique, ainsi que la libération de la Palestine, très présente dans les discours et les manifestations. Argent et liberté, pour résumer les revendications.
Ma deuxième surprise fut l'ampleur de l'opposition à l'Occident et à ses valeurs par une grande partie de la Terre. De plus en plus de pays rejoignent les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), et ce ne sont pas nos meilleurs alliés, pour utiliser un euphémisme diplomatique. Une immense coalition cristallise la colère du monde sans que nous ne nous remettions en question. Cela fait déjà longtemps que je dis que la misère et l'injustice ne sont pas seulement moralement inacceptables, mais aussi dangereuses pour notre sécurité. Notre avidité et besoin d'ingérence n'en ont cure, dans une mondialisation où nous exportons notre pollution et nos émissions de carbone vers des pays qui nous fournissent à bas prix des produits fabriqués par de la main-d'œuvre sous-payée. Et maintenant nous exigeons d'eux qu'ils se passent d'énergies fossiles, alors que l'Allemagne rouvre des mines de charbon et l'Angleterre, des champs de pétrole offshore... Pourquoi s'offusquer particulièrement que cette COP28 soit organisée dans un pays pétrolier, alors que ces deux pays en avaient organisé précédemment ?
Il y en a pour tout le monde...
Alors oui, le président de cette conférence est le patron de la société pétrolière d'Abou Dhabi, comme le ministre suisse de l'environnement est l'ancien président des importateurs d'huile de chauffage, et le nouveau commissaire européen au Climat un ex-cadre de Shell. Ce n'est donc pas sur un paradoxe de plus qu'il faut se focaliser, mais sur le résultat final obtenu par Sultan Al Jaber qui y a insufflé l'enthousiasme nécessaire. Quoi qu'en disent ceux qui, à raison, en auraient voulu davantage, la COP28 est le plus grand succès qu'il était possible d'obtenir dans le monde réel.