Campagne de Brousse : des fâchés pas trop fachos svp

CHRONIQUE. Ingénieur, éditeur, observateur attentif des sociétés, du monde et des gens, Jean Brousse, corrézien, bretteur de mots, a publié "Deux mois ferme", collection de ses chroniques quotidiennes du confinement. En cette année présidentielle, il tient dans La Tribune une revue de la crise politique et sanitaire, intitulée comme il se doit Campagne de... Brousse.

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(Crédits : Jean Brousse LT)

Le sprint final du long marathon électoral aurait pu se jouer sous les feux brûlants d'une canicule inédite. Quelques orages de toute nature en ont perturbé le déroulement. Les résultats sont eux bien chauds. Il faut dire que les deux M&M's de la campagne, Mélenchon et Macron, s'en sont donnés à cœur joie. A quarante degrés, le chocolat fond vite.

Jean-Luc Mélenchon, comédien hors pair, aura réussi un formidable coup de bluff - ou de pub- éphémère avec une alliance de circonstance dont les membres, tant sur l'enjeu environnemental que sur l'Europe ou l'âge de la retraite, entre autres, se télescopent radicalement. Il aurait même accepté de faucher quelques « fachos pas trop fâchés » quand nous préfèrerions des fâchés pas trop fachos. De mémoire de républicain, vous qui avez un jour prétendu que « vous étiez la République », on ne s'auto désigne pas Premier ministre élu, surtout sans qu'il se présente. Vous avez abusé vos électeurs, ils s'en souviendront un jour, et sans doute plus vite que prévu. Dommage, ils méritaient mieux.

« Last train for Irpin »

Quant au Président fraîchement élu, sans doute déçu par les pronostics, il s'est envolé vers l'Est en président responsable de l'Europe pour quelques jours encore. « Décidément, les Français ne me méritent pas, qu'ils pataugent dans leurs incohérences. Il est temps que je rejoigne Kiev ! » Ambiance « western » by John Sturgess, voiture pullman, rideaux à pampilles et fauteuils profonds défoncés dans la nuit des steppes et des champs de blé, invisibles aux yeux de Tsar: « Last train for Irpin », avec mes camarades Olaf Scholz et Mario Draghi, sous les quolibets de Dimitri Medvedev en quête de virginité poutinienne. Je suis Kirk Douglas, évidemment. On va la gagner, cette guerre par procuration qu'on ne fait pas, armée de canons venus d'ailleurs et qui ne dit pas son nom. Elle rappelle, une fois de plus, que la résistance des peuples reste le rempart efficace de la démocratie.

Badaboum... L'abstention, encore trop forte, est moindre qu'au premier tour. Assemblée mal élue, mais néanmoins représentative. La majorité n'aura pas la majorité ... absolue, et perd certains ténors. LFI, elle, dès que la Nupes sera écalée, n'obtient guère plus que soixante-dix sièges, bien loin de ses espoirs ! M&M'S ont une légère gueule de bois, et Jean-Luc Mélenchon risque d'attendre longtemps le coup de fil du Président, lundi matin. Madame Le Pen, presque légitimée contre toute attente première opposante, n'en demandait pas tant.

Une proportionnelle n'aurait pas fait mieux

La France est-elle à droite à ce point ? Le franc succès des extrêmes a un parfum de gilets jaunes, les fauchés fâchés ont sérieusement exprimé leur inquiétude face à la baisse perçue du pouvoir d'achat. Entendons le.

Le kaléidoscope de l'hémicycle issu de ce deuxième tour ressemble assez à ce que l'on peut concevoir du paysage politique français, à en désarçonner les tenants du scrutin proportionnel qui n'aurait pas fait mieux. Finalement, toutes les sensibilités ou presque seront représentées. Chacun aura son groupe, ses bureaux, son temps de parole ... Son existence législative. Une manière nouvelle de néo-cohabitation si chère au cœur des Français quand ils sont perdus, histoire de ménager la chèvre et le chou. Pas forcément efficace en temps de crise, et nous y sommes. Suffit-il de gagner, encore faut-il gouverner. Il va bien falloir dialoguer, négocier, rogner les angles et s'allier sans se compromettre. Pas si mauvais pour l'exercice de la Démocratie, quoi qu'en pensent les commentateurs aveugles et privés d'imagination, obstinés à céder au sensationnel pour s'étonner des choix de l'électorat.

Le Président nouveau d'un peuple nouveau pour un quinquennat nouveau s'en accommodera-t-il ? Son CNR à lui permettra-t-il de résoudre l'équation inattendue ? Pas gagné.

Vous nous avez à coup sûr tout compris, monsieur le Président, mais aurez-vous l'envie et la patience, le goût d'en tenir compte ? Brigitte et Anouk ont perdu beaucoup de leurs attraits. Le sage ermite d'Uzès, Jean-Louis Trintignant, n'a pas voulu voir tout ça. Il a bien eu raison.

Le bouclier de Brennus restera occitan : voilà une forme de stabilité rassurante et bienvenue !

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Commentaire 1
à écrit le 20/06/2022 à 14:52
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Les macronistes se sont plantés dans leur gestion du Covid-19 en France. Non, la France n'est pas peuplée que de vieux bourgeois qui ont peur pour leur vie. Les autres ont manifestés leur mécontentement dans cette élection

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