Catalogne : l'Europe perdue face à l'Espagne des factions

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Mariano Rajoy avait dans ses mains la modernité d'une légitimité constitutionnelle et donc politique. Il s'est enfermé dans une réponse archaïque faite de brutalité, presque de haine. C'est un terrible échec politique, démocratique et sociétal. Par Jean-Christophe Gallien, professeur associé à l'Université de Paris 1 La Sorbonne, président de j c g a.

Quelle triste défaite démocratique, ce dimanche, pour la Catalogne, l'Espagne et aussi pour l'Europe. Peu importe qui avait raison politiquement ou constitutionnellement ! Il y avait là un test démocratique pour ce pays. Peut-être le plus important depuis son indépendance.

C'est d'abord une défaite pour la Catalogne que certains de ses leaders opportunistes ont embarqué, non pas dans un processus construit, partagé et négocié vers une éventuelle indépendance mais dans une dangereuse aventure séparatiste. Une fuite en avant unilatérale qui a divisée non seulement la société espagnole, ce qui pouvait être tactiquement juste, mais aussi la société catalane jusqu'au cœur même des familles.

Terrible échec politique

C'est aussi une défaite pour l'Espagne car si évidemment Madrid a perdu la bataille des images et du cœur, les violences aveugles, le sang qui a coulé signent le retour des vieilles fractures espagnoles. Il fallait aborder cette épreuve en homme d'Etat. Ne pas tomber dans le piège de la faction. Mariano Rajoy avait dans ses mains la modernité d'une légitimité constitutionnelle et donc politique. Il s'est enfermé dans une réponse archaïque faite de brutalité, presque de haine. C'est un terrible échec politique, démocratique et sociétal pour tout un pays qui revit des heures sombres de divisions sanglantes pas encore effacées. L'envie d''indépendance est-elle affaiblie ? L'Espagne est-elle plus forte dans son appartenance identitaire ? L'Etat central sort-il renforcé ? Il reste peu de temps à Mariano Rajoy pour virer de bord sans perdre la face et sans condamner l'Espagne à s'enfoncer dans la pire crise de sa jeune histoire démocratique.

La défaite n'est pas seulement catalane, espagnole, elle est aussi européenne. La crise interpelle Bruxelles, les capitales de l'Union et l'ensemble des citoyens européens. Nul ne peut aujourd'hui demeurer silencieux face au risque d'escalade. L'incapacité collective à résoudre un problème historiquement profond est un échec européen partagé.

Peur commune mais règle des deux poids deux mesures

Unis par une peur commune face au risque d'une contagion des pulsions séparatistes, immobilisés par les principes contradictoires de non intervention dans les affaires intérieures, de respect de l'aspiration à l'autodétermination et du principe de  constitutionnalité, quelque peu piégés aussi par le cadenas des liens de solidarité entre gouvernements nationaux, la plupart des dirigeants de l'Union européenne avaient aveuglément soutenu Mariano Rajoy dans son intransigeance unioniste. C'est désormais un profond malaise qui se répand au coeur des institutions bruxelloises et des capitales de l'Union face au développement d'une crise qui tourne à l'affrontement violent et face à l'affaiblissent de la position de Mariano Rajoy.

Le mutisme lâche des européens n'est plus tenable. Car c'est aussi de construction européenne dont il s'agit. Et ce sont les sécessionnistes régionaux écossais, flamands, ... qui commentent, et plus encore les adversaires opportunistes du processus européen en Europe et ailleurs qui peuvent à leur aise tirer sur une démocratie européenne qui livre ses citoyens aux violences armées des forces de l'ordre. Pourquoi choisir de faire pression sur la Pologne pour atteinte à l'État de droit, et ne rien dire des choix du gouvernement central espagnol de faire tirer sur ses opposants ?

Prudence à Berlin, Londres et presque partout ailleurs, silence à Bruxelles chez Donald Tusk ... évitement chez Jean-Claude Juncker, qui refuse devant l'invitation de certains eurodéputés de jouer les médiateurs entre Madrid et Barcelone.

La Belgique en exemple ?

Du côté de la France, on s'en tient encore à la ligne qu'Emmanuel Macron avait fixée depuis son entrée en fonction : un Etat de l'Union Européenne n'a pas de leçon à donner à un autre, et le seul interlocuteur de la France est Mariano Rajoy. Pour combien de temps ?

Le salut se trouve peut-être dans l'expérience belge, et dans la stratégie de Charles Michel, qu'il y a matière à inspiration pour les Espagnols, pour l'Europe. Charles Michel qui fut le seul chef de gouvernement à réagir clairement hier et qui affirmait que « la violence ne peut jamais être la réponse » et demandait un « dialogue politique ».

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Par Jean Christophe Gallien
Professeur associé à l'Université de Paris 1-La Sorbonne
Directeur général de ZENON7 Public Affairs et
Président de j c g a 
Membre de la SEAP, Society of European Affairs Professionals

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Commentaires
a écrit le 13/10/2017 à 12:01 :
La cupidité de l’homme est sans limite... Parce que l'on est un peu riche en catalogne on veut son indépendance pour garder son argent entre soi. La même chose pour la Brexit, parce que la Grande Bretagne paye plus à
l’Europe qu’elle n'en reçoit les britanniques ont décidé de sortir de l'Europe
pour ne pas payer plus que ce qu'ils reçoivent. C’est affligeant. Et dans tout
ça, on oublie combien on a tous perdu durant deux guerres mondiales ravageuses et on oublie donc que la paix n'a pas de prix...
a écrit le 02/10/2017 à 18:53 :
L'Europe confirme son aversion à l'autodétermination des peuples. Rien de nouveau, sinon qu'elle démontrera un peu plus, si elle continue à soutenir rajoy, qu'il s'agit d'une dictature maquillée. La démocratie ok, mais uniquement quand elle va dans le sens qu'on (qui?) lui dicte...
a écrit le 02/10/2017 à 17:02 :
L'exemple belge...la Belgique n'est plus que l'ombre d'elle même...
a écrit le 02/10/2017 à 16:46 :
Le séparatisme est en effet manoeuvrier, souterrain et encouragé par l' Ue pour faire exploser les états-nations..

Mais les traités ne prévoient pour l' instant aucune procédure particulière pour le cas d’une région sécessionniste d’un État-membre souhaitant adhérer à l’UE

Il n’y a pas de raison objective d’imaginer qu’une exception puisse être faite pour des nouveaux États issus d’une sécession d’un État déjà membre. Strictement rien n’est en effet prévu dans les traités européens pour cela sauf revirement à 180 degré.

Pour qu’une procédure immédiate d’admission d’une ancienne région d’un État membre devenue indépendante ait lieu, il faudrait donc commencer d’abord par modifier les traités en ce sens. Ce qui serait non seulement une procédure elle-même très longue, mais ce qui supposerait de surcroît qu’elle recueille l’unanimité des États-membres, y compris celui qui a été amputé par la sécession en question.

Dans le cas d’espèce, il faudrait que l’Espagne accepte donc de modifier les traités pour rendre immédiate l’adhésion de la Catalogne devenue indépendante. Ce qui revient à dire que les autorités de Madrid devraient donc faciliter considérablement la stratégie électorale des indépendantistes catalans ! C’est évidemment totalement exclu.

https://www.upr.fr/av/le-demantelement-des-etats
a écrit le 02/10/2017 à 16:37 :
"L'expérience belge"... faudra me l'expliquer.
Parce que mis à part un Etat qui n'en est plus un, qui ne sait plus assurer ses missions de base en general (sécurité intérieure, investissement productifs, etc).
C'est surtout l'exemple de decentralisation à ne pas suivre: décentraliser pour décentraliser sans faire une analyse de ce qui est décentralisable ou non et à quel echelon la gestion est la plus optimale.
a écrit le 02/10/2017 à 16:25 :
L'UE de Bruxelles n'a d'autre but que de détruire les États par leur morcellement en "Etats" régions, les directives imposées a la France sont du même ordre! On pousse a la "décentralisation" pour mieux centraliser au niveau de cette administration apatride Bruxelloise!
a écrit le 02/10/2017 à 15:52 :
Puigdemont est le seul responsable des incidents d'hier. Il devra en rendre compte devant la justice.
a écrit le 02/10/2017 à 15:09 :
"Le mutisme lâche des européens n'est plus tenable"

Oui c'est ce qu'est notre europe, une europe économique voulue par ses oligarchies, le traité de maastricht et l'imposture de Lisbonne ne sont que ça, des traités pour faire de l'argent et non pour unir les peuples, les peuples alors qu'ils devraient être mis en avant, alors qu'on nous avait promis une europe des peuples, sont carrément méprisés par cette europe faite par les riches pour les riches.

Or comme je le dis souvent ici, un comptable cela fait un bon exécutant mais cela ne fait pas un bon dirigeant, souvenez vous des paroles de mitterand à chirac: "Après nous il n'y aura plus que des comptables." Et cette europe est muette, au début on pensait que c'était parce qu'elle était timide, trop humble vis à vis de sa puissance mais au final on voit bien que c'est parce qu'elle faible d'esprit, car l'esprit c'est pas bon pour les affaires.

Les marchés la tienne et les marchés finissent par s’adapter à tout vu qu'ils possèdent tous les outils de production, donc ils s'en foutent des solutions politiques sachant parfaitement qu'avec leurs montagnes de frics ils finiront forcément par s'y retrouver.

Mais voilà les marchés sont sans vie et la vie des citoyens européens leur ai complètement égale s'ils ont acheté nos politiciens ce n'est pas pour faire de la politique c'est seulement et uniquement pour faire exploser leur marge bénéficiaire et ça marche, nous autres contribuables européens somems fortement mis à contributions tandis que nos mégas riches eux ne paient rien, pire nous payons leurs nombreuses incompétences et avidités.

Avec à la tête de ce gros tas de fric des gens aussi peu responsables politiquement il ne faut pas s'attendre à des solutions diplomatiques européennes, ils se foutent de notre bien être ils sont seulement là pour faire du fric et ils en font plein, donc battez vous, tuez vous mais surtout donnez nous des sous.

L'europe crève sous le poids de ses possédants, à l'image de notre monde.
Réponse de le 03/10/2017 à 13:31 :
lamentable spectacle de mœurs politiques dépassées
il a fallu 900 blessés pour réaliser le degré d' immaturité politique tant des indépendants que du pouvoir central..
nos politiciens politiques sont plus en verves pour le brexit ...finalement qu' esst-ce que l 'Europe? Un marché de consommateurs ? un puzzle d ' addition de nationalites et de cultures diverses? bien lammentable l ' attitude de nos politiciens européens.. tout cela fait la lie de la Russie Turquie, Régionalistes et extremes droites et gauches...
Réponse de le 03/10/2017 à 14:01 :
En effet cette europe n'a toujours pas d'âme et elle en crève.

Il faut écouter la chanson de noir désir: "L'europe"

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