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Changement climatique: risques et opportunités pour le secteur privé

Photo de Ivan Best

Dimitris Tsitsiragos

Publié le 08 février 2016 à 06:00

Le Quotidien Numérique

11 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Dimitris Tsitsiragos, Vice-Président en charge du Service Clients d'IFC (Société Financière Internationale), membre du Groupe de la Banque mondiale

À l'occasion de la 21e séance de la Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP21) organisée en décembre dernier à Paris, les chefs d'État du monde entier étaient réunis pour tenter de conclure un accord visant à endiguer le réchauffement de la planète. Un point important est ressorti des discussions : le secteur privé, fort de sa puissance financière et de son penchant pour l'innovation, a un rôle déterminant à jouer dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Une forte présence du secteur privé

La présence du secteur privé était bien plus marquée à la COP21 que lors des éditions précédentes. Des PDG d'entreprises exerçant dans de nombreux secteurs d'activité - industries manufacturières, exploitations minières, nouvelles technologies et énergies renouvelables - ont intensifié leurs efforts dans l'espoir de pouvoir faire face au changement climatique. Ils se sont formellement engagés à diminuer leur empreinte carbone, à recourir de plus en plus aux énergies renouvelables et à investir dans le développement durable.

Par ailleurs, les institutions financières mondiales se sont engagées à investir des centaines de milliards de dollars sur les quinze prochaines années dans les énergies propres et l'efficacité énergétique. Et le plus remarquable est que le secteur privé a appelé les gouvernements à mettre en place des systèmes de réglementation à long terme, notamment la mise en place d'une tarification carbone, qu'ils pourraient utiliser pour aider leurs entreprises à évoluer vers une économie à faible émission de gaz à effet de serre.

100 milliards de dollars

« Les pays en développement devront mobiliser près de 100 milliards de dollars par an ces quatre prochaines décennies pour soutenir leur résilience économique et faire face aux effets du changement climatique. »

Au-delà de l'accord obtenu à Paris, limiter le changement climatique ne sera pas chose aisée. Les pays en développement auront besoin d'investir près de 100 milliards de dollars par an ces quatre prochaines décennies pour soutenir leur résilience économique et faire face aux effets du changement climatique. A l'échelle mondiale, l'effort nécessaire devrait même atteindre entre 140 et 175 milliards de dollars par an d'ici 2030. Cet énorme fardeau ne peut incomber aux seuls gouvernements nationaux. Beaucoup font déjà face à d'importantes contraintes budgétaires. Ils auront besoin de la capacité d'investissement et de la participation du secteur privé pour se conformer à l'accord de Paris.

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L'intérêt bien compris des entreprises

Mais pourquoi les entreprises, dont la responsabilité principale porte envers leurs actionnaires, devraient-elles s'intéresser au changement climatique ? La réponse est simple : un nombre croissant d'études démontre que le changement climatique a déjà des effets sur leurs résultats opérationnels. Si à l'échelle de la planète, les températures devaient augmenter de quatre degrés d'ici 2100, ce vers quoi l'on se dirige actuellement, des sécheresses, des inondations et des orages violents engendreraient un chaos économique, bouleversant sans distinction petites entreprises et grands groupes internationaux.

Le PIB mondial amputé de 72 000 milliards de dollars en cas de réchauffement excessif

Une étude menée par CitiGroup souligne qu'un réchauffement planétaire excessif pourrait amputer de près de 72 000 milliards de dollars le PIB mondial. Un autre rapport, publié dans la revue scientifique Nature, conclut que le réchauffement climatique pourrait réduire de presque un quart le revenu mondial moyen. Une augmentation de quatre degrés de la température affecterait également des secteurs comme l'agriculture, l'immobilier ou l'industrie forestière. Les marchés des capitaux des pays émergents en souffriraient tout autant. En bref, cela aurait un effet délétère sur l'écosystème des entreprises, toutes tailles confondues.

L'impact des catastrophes naturelles

Les investisseurs ne seraient pas non plus épargnés. Un rapport de l'Université de Cambridge suggère que les portefeuilles d'actions pourraient perdre jusqu'à 45 % de leur valeur si les craintes liées au climat se répercutaient sur les marchés mondiaux. Certaines entreprises commencent d'ailleurs déjà à en ressentir les effets. Dernièrement, le PDG d'Unilever, qui affichait 52 milliards de dollars de chiffre d'affaires en 2014, a fait couler beaucoup d'encre lorsqu'il a évalué à 330 millions de dollars l'impact pour son entreprise des catastrophes naturelles liées au changement climatique.

Baisse des prix et taxe carbone ont changé la donne

Dean Scarborough, le PDG du groupe industriel Avery Dennison, a lui aussi exprimé cette crainte dans un entretien avec le magazine Harvard Business Review : « Le changement climatique menace (notre) chaîne de distribution, les entreprises de nos clients et la communauté toute entière. Si nous voulons poursuivre nos activités sur le long terme, la meilleure stratégie est de contribuer à la lutte contre le changement climatique. »

Pendant longtemps, les entreprises étaient réticentes à s'engager dans une transformation écologique. Elles considéraient tout simplement ne pas pouvoir se le permettre. Cependant, la chute spectaculaire des prix des technologies vertes - et particulièrement celui des énergies renouvelables - et l'augmentation de la taxe carbone, qui impacte les entreprises qui relâchent de gros volumes de gaz à effet de serre dans l'atmosphère, a radicalement changé la donne.

Les entreprises se tournent désormais vers des investissements compatibles avec les enjeux climatiques, pas seulement pour des raisons éthiques, mais bel et bien pour améliorer leurs résultats opérationnels.

Une rentabilité élevée des investissements "verts"

Une étude récente menée sur un échantillon de 1 700 grandes entreprises internationales a conclu que leurs investissements pour réduire les gaz à effet de serre affichaient un taux interne de rentabilité de 27 %. D'autres études, notamment un rapport publié par l'université de Harvard, ont établi que les entreprises socialement et environnementalement responsables surpassent celles qui négligent ces problématiques.

Les entreprises comprennent désormais qu'elles doivent prendre en compte dans leur planification stratégique les incertitudes associées aux changements de réglementation que les pouvoirs publics seront amenés à effectuer dans leur gestion de la transition vers des économies à plus faible niveau d'émissions de carbone. C'est pourquoi le secteur privé est de plus en plus réceptif au principe d'une tarification de ces émissions. Et qu'il est demandeur d'un cadre réglementaire stable et de politiques de prix s'inscrivant sur le long terme.

Plus d'un millier d'entreprises pour un prix du carbone!

En septembre 2014, plus d'un millier d'entreprises se sont mobilisées en faveur d'une tarification des émissions de carbone. Elles ont rejoint la coalition pour la fixation du prix du carbone, la Carbon Pricing Leadership Coalition, créée à l'occasion de la COP21. L'objectif de cette coalition est de promouvoir des politiques de tarification du carbone efficaces afin de maintenir la compétitivité, créer des emplois, encourager l'innovation, et en réduire significativement les émissions. Cette démarche vient s'ajouter au soutien de plus en plus marqué du monde de l'entreprise aux projets écologiques. Dans une lettre ouverte publiée en juin 2015, six des plus grandes entreprises pétrolières ont demandé aux gouvernements et aux Nations Unies de renforcer leurs mesures sur la tarification du carbone.

Des opportunités pour le secteur privé

Nul n'est besoin d'être un géant de l'innovation pour adopter des technologies respectueuses de l'environnement. Prenez l'exemple d'Arab Printing Press, un imprimeur libanais. L'entreprise, basée à Beyrouth et qui emploie 130 personnes, a installé il y a déjà plusieurs années, des panneaux solaires sur la toiture de son siège social pour s'affranchir de sa dépendance au fioul, un carburant devenu très cher.
Comme chaque événement perturbateur, le changement climatique crée des opportunités pour les entreprises qui souhaitent innover. Un rapport d'IFC (Société Financière Internationale), le bras armé du groupe de la Banque mondiale dédié au secteur privé, a révélé que l'Europe de l'Est, l'Asie Centrale, le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord ont la capacité de mobiliser jusqu'à 1 000 milliards de dollars dans des investissements liés aux enjeux climatiques d'ici 2020.

Même l'Arabie saoudite

Aujourd'hui, un domaine prometteur en termes de croissance est celui des énergies renouvelables. Du Honduras à l'Inde, les pays ont défini des objectifs ambitieux pour la production d'énergies éolienne, solaire et hydroélectrique. Tous vont avoir besoin des investissements du secteur privé pour y parvenir. Même l'Arabie Saoudite, pays qui abrite l'une des plus importantes réserves de pétrole au monde, cherche à couvrir plus de la moitié de ses besoins en électricité grâce aux énergies renouvelables et nucléaires à l'horizon 2040.

Au Panama, un consortium construit le plus grand parc éolien d'Amérique Centrale. L'installation de 215 mégawatts, basée à Penonomé, empêchera 400 000 tonnes d'émissions de dioxyde de carbone d'être relâchées chaque année. Ce qui équivaut à retirer 84 000 véhicules automobiles de la circulation. Pendant ce temps, le secteur privé joue un rôle clé dans la construction d'une importante centrale solaire de 510 mégawatts dans le désert marocain. Cette centrale de 2,6 milliards de dollars fournira de l'énergie à 1,1 million de personnes.

Le projet pourrait contribuer à faire du royaume chérifien un important producteur d'énergies renouvelables et servir de modèle pour de futurs partenariats public-privé. Au Népal, le premier projet de centrale hydroélectrique du pays, qui génèrera environ 200 gigawatts d'électricité, permettra de mettre un terme au problème récurrent des pannes et coupures électriques, qui sont une des causes du retard industriel du pays.

Accompagner la transformation des villes

Le secteur des énergies renouvelables n'est pas le seul secteur prometteur en termes de croissance durable. Les constructions écologiques mais aussi l'accompagnement des villes en vue de leur adaptation aux bouleversements attendus sont également porteurs d'opportunités pour les entreprises. D'ici à 2050, plus de six milliards de personnes vivront dans des zones urbaines faisant des infrastructures de traitement des eaux et de l'assainissement des enjeux cruciaux. De même, on s'attend à ce que près de 400 millions de logements supplémentaires soient construits d'ici 2020. Un marché gigantesque pour les entreprises de construction capables d'intégrer les technologies écologiques dans leurs propositions.

Enfin, le changement climatique génère également de nouvelles opportunités de création de produits financiers comme les obligations vertes émises par les gouvernements et les institutions internationales ou encore des microcrédits destinés aux entrepreneurs. Selon les estimations les plus prudentes, les investissements devraient atteindre au moins 700 milliards de dollars par an dans les infrastructures, les énergies propres, l'efficacité énergétique et l'habitat écologique d'ici 2030.

Des banques accordent des crédits spécifiques

En Afrique du Sud, Sasfin Bank s'affirme comme un précurseur de ces futurs marchés. Cette banque propose des crédits spécifiques pour aider les petites entreprises sud-africaines à améliorer leur efficacité énergétique et leur développement durable.
La conférence de Paris sur le climat a mis en évidence les dangers d'un changement climatique incontrôlé. Ce dernier constitue une menace sans précédent pour le développement économique. Si rien n'est fait, il pourrait précipiter 100 millions de personnes dans la pauvreté d'ici 2030. Ce sont quinze années de progrès accomplis dans la lutte contre la pauvreté qui seraient tout simplement anéanties.

Des politiques de soutien nécessaires

Le secteur privé peut nous aider à relever le défi climatique auquel nous sommes confrontés. Cependant, dans encore beaucoup de pays en développement, la corruption et la bureaucratie excessive font obstacle aux investissements dans les énergies renouvelables et les projets éco-responsables. Dans le même temps, les subventions d'état maintiennent les énergies fossiles à des prix artificiellement bas, créant une distorsion de concurrence avec les énergies renouvelables.

Les gouvernements doivent lever ces barrières et créer un environnement propice au développement du secteur privé où les investissements dans les énergies renouvelables deviennent intéressants sur le plan financier. Le secteur privé doit de son côté jouer un rôle dans la promotion de ces réformes, qui ont le potentiel de débloquer des opportunités d'investissement de plusieurs milliards de dollars. Il est temps pour le secteur privé de saisir cette opportunité et développer des stratégies adaptées à un avenir sans carbone.

Pour en savoir plus, visitez le site Worldbank.org

Cet article a été publié en anglais dans la revue Capital Finance International

Dimitris Tsitsiragos

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