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OpinionsTribunes

Covid-19 : que faire de l'épargne forcée des Français ?

Samir Ayoub et Luc Meunier (*)

Publié le 18 novembre 2020 à 06:01

Euro, épargne, argent, pièces, billets, tirelire, livret A, assurance vie, banque

Photo d'illustration

CC0 Creative Commons/Pixabay.

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OPINION. Que faire des quelque 75 milliards d'euros non dépensés par les Français depuis le début de la crise sanitaire, une épargne dont une part importante dort sur des comptes faiblement rémunérés (Livret A, LDD, comptes sur livret)? (*) Par Samir Ayoub et Luc Meunier, professeurs de Finance à l'ESSCA School of Management.

Selon les chiffres de l'OFCE, ce sont 55 milliards d'euros qui ont été épargnés pendant le confinement et 20 milliards supplémentaires pendant le déconfinement. Ce deuxième confinement devrait encore faire gonfler ce capital, avec une nouvelle épargne forcée liée à l'incapacité à consommer et ce malgré la période de fêtes de fin d'année.

Les injonctions à dépenser cette épargne, à consommer, à retrouver confiance en l'économie ne manquent pas. Mais comme dit le proverbe, c'est folie de faire boire un âne s'il n'a pas soif. Et pour le moment, nous sommes nombreux à préférer conserver le bas de laine en cas de coup dur, telles qu'une baisse de revenu ou une perte d'emploi. Une épargne de précaution qui nous renvoie à la sagesse inculquée par les anciens, et qui s'avère plus que judicieuse lorsqu'on sait que les prévisions les plus récentes font état d'une récession de l'ordre de 10%. Une analyse qui rejoint celle de l'OFCE, « Finalement, une part significative des 75 milliards d'euros accumulés du 17 mars au 5 juillet pourrait ne pas être consommée, à court terme du moins »

Alors que faire de cette épargne, dont une partie dort sur des comptes très faiblement rémunérés comme le livret A, le LDD ou les comptes sur livret ?

Des solutions d'investissement pas très convaincantes

Comme le notait Bruno Le Maire à l'occasion du premier confinement, « Ce n'est pas d'épargne dont nous avons besoin aujourd'hui, mais d'investissement ». Si transformer cette épargne en consommation semble impossible, la transformer en investissement semble nettement plus faisable. Mais comment ?

Les plus prévoyants disent que les Français doivent miser sur le long terme en orientant directement leur épargne dans le capital des entreprises (cotées ou pas) pour dynamiser l'économie locale malmenée par la crise. L'idée est bien entendu noble et séduisante mais elle est plus facile à dire qu'à appliquer : les ménages ne sont pas des investisseurs avertis et sont davantage intéressés par le court et moyen terme que par le long terme. Et ce, même lorsque le long terme peut s'avérer nettement plus rentable que les placements sur les livrets bancaires.

D'autres voix comme celle d'Eric Woerth, président de la commission des finances de l'Assemblée nationale, ont proposé de créer un « Livret C » (pour Coronavirus), qui serait le petit frère du livret A. Les fonds engagés sur celui-ci permettraient de financer le plan de reprise par l'investissement de l'Etat. Si l'idée n'est pas mauvaise, ce livret C n'aurait pour autant rien de très novateur. Et vu les taux d'intérêt pratiqués aujourd'hui, rien de très attractif. Pour schématiser, si l'on imagine un taux d'intérêt similaire à celui du livret A (0.5%), un épargnant ayant investi 1000€ en début d'année touchera 5€ d'intérêt 12 mois plus tard. « Autant dire rien » : a priori, c'est de cette manière que cette information sera reçue par de nombreux ménages.

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Une alternative qui allie investissement sans risque et loterie

Reprenons l'exemple précédent en le modifiant quelque peu : l'argent est placé sur un livret d'épargne sans risque, et peut être retiré à tout moment. Mais pour le paiement des intérêts, un tirage au sort a lieu. Au lieu de payer à tous les investisseurs 5€ (« autant dire rien »), un investisseur sur 100 000 (tranche donnée à titre d'exemple) se voit payer en fin d'année les intérêts de l'ensemble des investisseurs. En d'autres termes, chaque investisseur aurait à la fin de l'année une chance sur 100 000 de gagner 500.000€ pour un investissement sans risque de 1 000€.

Le taux d'intérêt reste globalement le même mais le système est beaucoup plus attractif pour l'investisseur particulier. C'est ce que la théorie des perspectives, le modèle principal en finance comportementale, prédit. Il suppose potentiellement un investissement par tranche, chaque tranche ouvrant droit à une chance à cette loterie. Si l'idée peut sembler saugrenue à certains, l'on pourra leur rappeler que plusieurs acteurs économiques français ont fait appel par le passé à un mécanisme similaire, celui des lottery bonds. On citera notamment la Ville de Paris, SUEZ ou le Crédit foncier. Actuellement, plusieurs pays comme la Grande Bretagne ou la Nouvelle-Zélande y ont recours.

La mise en place d'un tel dispositif par le gouvernement s'avérerait d'autant plus intéressante qu'elle est en phase avec deux éléments (très éloignés l'un de l'autre, certes !) qui parlent aux Français. D'une part, les similitudes avec les jeux de loterie dont les Français sont friands (17,2 milliards d'euros misés en 2019, en croissance de +9,0 % par rapport à 2018). Et d'autre part, le principe d'un investissement orienté vers une grande cause, à l'image de la Loterie nationale créée après la Première Guerre pour aider les « Gueules cassées » ou, plus récemment, la « Mission Patrimoine » de Stéphane Bern, au bénéfice de la préservation du Patrimoine.

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Attention toutefois à ne pas se méprendre en faisant totalement l'amalgame entre cette proposition de livret et le loto !  S'ils partagent des similitudes, ils ont une différence de taille. En moyenne, chacun s'apprête à perdre de l'argent en jouant à la loterie : elle est créée pour ! Rien de tel avec ce dispositif, puisque l'investissement est sans risque : que l'on gagne ou pas, on récupère sa mise de départ ! De quoi convaincre une large partie de nos concitoyens de concilier leur frilosité individuelle en matière d'épargne, leur goût historique pour la loterie et leur idéal de solidarité, au profit de la relance de l'économie.

Par Samir AYOUB et Luc MEUNIER, professeurs de Finance à l'ESSCA School of Management

Samir Ayoub et Luc Meunier (*)

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