Haro sur l'huile de palme ?

Quel est le problème réellement posé par l'huile de palme? Par Philippe Legrand

4 mn

(Crédits : DR)

En nutrition, l'huile de palme agite les esprits et alimente les chroniques. On lit et entend à son sujet des sommets de bêtises chez les gourous de l'alimentation. Certains blogs ou journaux ont même commis des articles titrés « l'huile de palme tue vos enfants ». Et pourtant, c'est un non-événement nutritionnel car elle ne présente aucune toxicité et ne pose pas de réel problème.

Les faits : l'huile de palme est le fruit généreux du palmier qui par première pression à froid donne une huile rouge superbe, particulièrement riche en béta-carotènes, précurseurs de la vitamine A. Cette huile de fruit nourrit avantageusement des millions d'enfants et d'adultes d'Asie et d'Afrique et leur évite en plus la terrible carence en vitamine A. Certes, sa composition en acides gras n'est pas très intéressante car pauvre en acides gras polyinsaturés, et comme son nom l'indique, très riche en acide palmitique, acide gras saturé non toxique bien sûr, mais dont on souhaite réduire la consommation dans nos sociétés occidentales repues.

Pas de consommation directe

Chez nous, sa consommation n'est pas directe, essayez donc de trouver de l'huile de palme au rayon des huiles. Elle est seulement incorporée dans nos margarines, pâtes à tartiner, biscuits, viennoiseries et autres préparations industrielles, du fait de son onctuosité, de sa texture idéale et....de son prix. Une bonne pâte, cette huile ! Et en plus, à son actif, elle a permis de virer les horribles acides gras trans issus de l'hydrogénation des huiles végétales qu'elle a remplacés dans les produits concernés comme la margarine. Elle a donc permis de solutionner un vrai problème de nutrition et de santé public.

Son unique tort est de nous charger inutilement en acide palmitique (acide gras saturé) et encore, seulement si on force sur les produits qui en contiennent. Elle nous renvoie donc à notre péché mignon : la quantité d'énergie ingérée par rapport à celle qu'on dépense et donc notre gourmande surconsommation. Ce faux problème nutritionnel de l'huile de palme et de sa richesse en acide palmitique illustre parfaitement une évidence pas très populaire et pas très vendable par tous les gourous des blogs et magazines qui ne vivent que sur la peur nutritionnelle : Il n'y a pas de « mauvais » aliments mais de sottes consommations. Le problème est rarement l'aliment mais plutôt la conduite du consommateur qui s'en gave ! Soyons précis concernant l'huile de palme, la consommation totale décrite par le CREDOC annonce 2,8 g/jour, ce qui est très négligeable par rapport à nos 100g de lipides journaliers. Non évènement donc !

Préférer les biscuits au beurre

Allons plus loin, puisque l'huile de palme se trouve uniquement dans les produits élaborés comme les biscuits, on n'a qu'à en consommer moins mais en préférant des biscuits au beurre (moins riche en acide palmitique) au lieu de biscuits à l'huile de palme, astucieusement anonymisée «huile végétale» dans les produits alimentaires. Mais bien sûr, le beurre c'est plus cher et on ne veut pas payer ! Pourtant, manger moins de biscuits mais les choisir «pur beurre» reviendrait au même prix pour son porte-monnaie, sans parler de la saveur.....

Sachez aussi que l'huile de palme constitue la base lipidique de tous les laits infantiles depuis que la matière grasse du lait en a été évincée il y a plus de 30 ans, en partie par l'obsession erronée (dans le cas des nourrissons) du risque cardio-vasculaires, pour crime de « trop de saturés ». Rien de dangereux là encore mais c'est dommage de priver nos nourrissons de la matière grasse laitière qui leur est naturellement adaptée, comme à l'ensemble des jeunes mammifères, ainsi que le montrent clairement les recherches récentes. C'est si bon les lipides végétaux que nous élevons nos enfants comme des plants de palmiers ! Cherchez l'erreur !

Enfin, un peu de provoc : nous consommons quelques grammes d'huile de palme par jour, rare huile de fruit avec l'huile l'olive, par opposition à toutes les huiles de grande consommation qui sont des huiles de graines nécessitant beaucoup de technologie pour être comestibles. Ces quelques grammes constituent déjà un « fruizé-légumes » dans nos assiettes, en plus pas cher et sans avoir besoin de l'éplucher. Et comble d'ironie : grâce aux industriels !

Avouez que c'est drôle la nutrition, quand on s'en donne la peine. Ranimons d'abord notre bon sens au lieu de succomber à tous les marchands de peurs qui s'étalent dans les blogs, magazines et médias. Dans nos sociétés finalement très bien nourries, les (trop souvent) faux problèmes de nutrition font évidemment vivre plus de gens qu'ils n'en tuent !

*Pr Philippe Legrand, auteur de Coup de pied dans le plat

4 mn

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 6
à écrit le 04/11/2016 à 4:11
Signaler
Cet article vous est sponsorisé par Bayer/monsantos...

à écrit le 14/09/2016 à 17:43
Signaler
Ce qui est reproché à l'huile de palme c'est la destruction des forêts, les expropriations sauvages au profit du palmier à huile et des conséquences sur les éco-systèmes. L'huile de palme c'est aussi l'exploitation de ceux qui ramassent les fruits ...

le 14/09/2016 à 19:23
Signaler
Quand on détruit l'écosystème pour planter des bananes, des cacaoyers...etc?.Quand on détruit des forêts primaires pour en faire des pâturages ou du bois de construction?.Quand les forages pétroliers détruisent les forêts,polluent les sols et la mer?...

le 14/09/2016 à 21:57
Signaler
@ Onc : on ne relève pas d'excès de ce type avec les français et quand c'est le cas c'est généralement dénoncé comme les plantations de Bolloré ou Michelin pour le caoutchouc etc mais c'est corrigé et à très petite échelle. Là il s'agit d'une exploit...

à écrit le 14/09/2016 à 16:39
Signaler
Dans l'Union européenne l'huile de palme est utilisée pour 68 % dans l'alimentation (pour 10 % en oléochimie et pour 22 % sous forme de biodiesel). En France sa consommation alimentaire est estimée à 120 000 tonnes annuelles soit 2 kg par personne et...

à écrit le 14/09/2016 à 13:49
Signaler
Question de prix en effet ! Mais il faut savoir aussi que la Malaisie et l'Indonésie détruisent leur environnement naturel tout en exploitant les enfants. Nous sommes donc en plein dans le capitalism forcené :-)

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.