Il faut uberiser la monnaie

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Il faut que les banques centrales, au premier chef la BCE distribuent directement de l'argent aux consommateurs aux revenus modestes ou moyens. C'est le vrai moyen de relancer la machine économique. Par Michel Santi, économiste

Comment se libérer de l'idéologie dominante selon laquelle les Etats ne sont capables de discipline budgétaire que s'ils doivent se financer auprès des marchés financiers ? Le néolibéralisme enseigne en effet que la sanction des marchés envers les pays peu rigoureux s'exercera sous la forme de taux d'intérêt plus élevés censés remettre les cigales sur le droit chemin, soit par l'augmentation des impôts, soit par la réduction des dépenses. Voilà pourquoi l'orthodoxie est farouchement opposée à la création monétaire des banques centrales, qui soutiendrait les États dans leur folie dépensière car les divers gouvernements n'auraient qu'à revendre leurs obligations à leur propre banque centrale qui les financerait grâce à sa planche à billets...

L'échec des QE

Pour autant, il semblerait bien que l'on ait par ailleurs surestimé l'impact des baisses de taux quantitatives qui disposent certes d'un pouvoir monétaire (et psychologique) indéniable de stimulus par leur effet largement positif sur les actifs divers et variés, comme l'immobilier, les bourses ou l'art. Comme ces retombées ne concernent pas l'économie dans son ensemble, ces QE n'ont cependant pas atteint les objectifs de redressement de la croissance et de rétablissement de l'inflation initialement recherchés par les banquiers centraux.

La vérité est que les banques centrales comme leurs instruments sont rendus quasi inopérants par les politiques d'austérité de certains Etats. Véritable levier fiscal et budgétaire qui autorise les Etats à emprunter à bon prix pour dépenser et pour investir, les baisses de taux quantitatives, la création monétaire et les taux négatifs ne sont ainsi efficaces que dans le cadre d'une politique expansionniste du gouvernement. Si ces mêmes leviers de la banque centrale sont largement neutralisés dans une conjoncture de rigueur, ils deviennent littéralement contre productifs dès lors que l'austérité est imposée dans un climat de chômage et de récession.

Un transfert de richesses en faveur des plus riches

Ils ne profitent en effet dès lors qu'à un nombre infime de privilégiés qui deviennent schizophrènes. Opposés jusque dans leur moelle à la création monétaire par peur de l'inflation et pour ne pas assister les moins démunis ne devant vivre que du produit de leur labeur, ces nantis sont pourtant parfaitement conscients que c'est à cette même politique monétaire qu'ils doivent l'envolée de leurs actifs. C'est donc lorsque les QE ne bénéficient qu'à une infime minorité qu'elles deviennent régressives, tandis qu'elles déploient toute leur efficacité et profitent à l'ensemble de l'économie si elles permettent de financer des plans d'investissement et des programmes de facilités d'accès aux prêts destinés aux entreprises et aux ménages. Pourtant, comment éviter que cette création monétaire ne soit réduite à un banal de transfert de richesses encore et toujours en faveur des plus riches, dans un contexte où la pensée dominante ne cesse de stigmatiser dettes et déficits ?

Ubériser la dépense

En opérant des transferts de fonds directement vers les citoyens, afin d'améliorer leur pouvoir d'achat et de multiplier leur capacité à consommer. C'est bien l'ubérisation de la dépense que doit promouvoir un gouvernement dans une conjoncture de stagnation économique, afin de rétablir l'inflation et de donner des ailes à la croissance. Tout en accompagnant ces dons de diverses mesures protectionnistes afin que cette consommation profite aux entreprises locales et nationales, sans plomber davantage le commerce extérieur. Pourquoi ne pas distribuer 2.500 euros par ménage et par an et, ce, tant que croissance et inflation sont en-dessous de 2% ? Quant à l'impact de tels transferts de fonds sur l'état de l'économie, il est possible de le calculer en trouvant son effet multiplicateur : autrement, pour 100 euros donnés, quelles sont les retombées en termes d'amélioration du P.I.B. ?

L'expérience américaine des chèques aux contribuables

S'il n'est pas possible de s'adosser à des statistiques appartenant au passé vu que de telles expériences n'ont jamais été tentées, on peut en revanche analyser les effets des remboursements d'impôts ayant eu lieu aux USA en 2008 où des chèques furent envoyés par les services fiscaux aux contribuables au plus fort de la crise afin de relancer l'économie. Dans ce contexte, l'effet multiplicateur fut de 1,3. Transposé au don de liquidités, ceci reviendrait à en conclure que 1% du P.I.B. donné aux citoyens se traduirait par un redressement de 1.3% du P.I.B., soit une hausse de 2.6% du P.I.B. en cas de dons aux citoyens totalisant 2% du P.I.B. Sachant qu'il a été prouvé que les sommes restituées en termes de crédit d'impôts avaient nettement moins d'impact favorable que l'apport d'argent « frais ». Il est donc possible d'en déduire que l'effet multiplicateur de ce crédit social avoisinera vraisemblablement les 1.5, niveau plus qu'honorable en termes macroéconomiques. Un tel multiplicateur serait gage de croissance et d'une diminution tangible du chômage.

Calibrer en direction des ménages à faibles revenus

Ce crédit social peut en outre être optimisé en ne le destinant qu'aux 75% des contribuables disposant des revenus les plus bas. Un tel calibrage aurait à l'évidence des conséquences bénéfiques immédiates sur la croissance, sans les effets collatéraux des QE qui sont d'enfler des bulles spéculatives et d'aggraver l'instabilité financière. Par ce biais, la création monétaire elle-même serait nettement moins intensive puisque - pour reprendre l'exemple ci-dessus - un don de 2'500 euros par famille et par an ne représente environ que 2 mois de baisses de taux quantitatives de la part de la Banque centrale européenne, qui du coup activerait moins sa planche à billets avec des effets spectaculaires et sur la croissance et sur les inégalités. Ne nous égarons donc pas dans les méandres de la sémantique des banquiers centraux qui rechignent à ce crédit social sous le prétexte qu'il s'agit là d'une mesure fiscale du ressort des exécutifs. Dans un contexte où les gouvernements sont tétanisés par l'orthodoxie, et alors que les politiques - et que la politique - ne sont absolument plus crédibles, il est vital que ces transferts de liquidités en faveur de la population deviennent un instrument à part entière de politique monétaire.

 Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et Directeur Général d'Art Trading & Finance.

Il est également l'auteur de : "Splendeurs et misères du libéralisme", "Capitalism without conscience", "L'Europe, chroniques d'un fiasco économique et politique" et de "Misère et opulence", préface rédigée par Romaric Godin.

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Commentaires
a écrit le 26/04/2016 à 13:22 :
Cette idée pourrait être bonne mais ferait flop en grande partie car la majorité des gens n'ayant pas changé leur manière de consommer iraient remettre illico presto de l'argent dans des produits appartenant à de grosses multinationales installées au Panama ou ailleurs ! retour dans les poches des mêmes une fois encore!! Les français ont besoin d'avoir un salaire qui augmente, pas qu'on leur procure des enveloppes ponctuelles! arrêtons de distribuer de l'argent occupons nous des problèmes à la base (salaire, mode de consommation en font partie, etc...)!
Réponse de le 27/04/2016 à 18:33 :
Bonsoir, c'est pourquoi Michel Santi précise : "Tout en accompagnant ces dons de diverses mesures protectionnistes afin que cette consommation profite aux entreprises locales et nationales, sans plomber davantage le commerce extérieur"
Réponse de le 27/04/2016 à 18:37 :
Ce peut être aussi un premier pas vers le revenu universel qui, à terme, est inéluctable (à mon avis bien sûr) en raison de l'automatisation qui nous obligera à partager le travail non automatisable.
a écrit le 26/04/2016 à 12:38 :
Est-ce à la BCE de décider des politiques d'allocations sociales en Europe? Pourquoi considérez-vous les dépenses sociales des Etats comme d’horribles déficits, mais si la BCE fait pareil alors tout va bien? Et au final, il faudra bien que les Etats remboursent à la BCE ce déficit inscrit à son bilan... Puisqu'il n'est pas permis qu'il soit négatif...

Le fond du problème est bien cette attitude schizophrénique qui consiste à dire à la BCE de prêter au Etats (quasi-directement par son QE), mais en même temps, d'interdire aux Etats de faire des déficits. Du coup ca ne marche pas...

L'Europe doit avoir une politique de relance économique, et de stimulation du pouvoir d'achat. Et ce plan doit être financer par la BCE. Mais c'est à L’Europe souveraine, ou aux états souverains de décider de ces politiques, pas à la BCE.

Il faut admettre l'erreur des politiques d'austérité. Ou alors, continuer ces politiques d’austérité au niveau nationale, car nos Etats ont besoin d'une discipline budgétaire, mais autoriser l'EU a faire cette politique de relance et donc à faire de l’émission de dette. Cela donnera enfin un rôle positive à l'Europe, la possibilité pour l'Europe de se politiser réellement, et en quelques décennies, c'est elle qui contrôlera la politique économique européenne.

Sinon, on peut toujours continuer à accélérer, tout en gardant le frein bien appuyé jusqu'à ce que le moteur brûle.
a écrit le 26/04/2016 à 8:50 :

Tout ces posts qui suivent sont frappés du sceau du bon sens.

Y aurait il un journaliste de la Tribune, chargé de faire la synthèse ?

Cela nous changerait de tout ces articles hors sol, tirées par les cheveux de quelques marginaux de l'économie.
a écrit le 26/04/2016 à 7:51 :
de toute facon c est surtout la banque centrale elle même qui va s'"uberiser" (=desintermediation)

En effet technologiquement, grace ou à cause du blockchain, une BC pourrait ne plus servir à RIEN:
quel est l'intérêt technologique de laisser mes bitcoins à la fed, mon or ou mon immobilier ou mes terres agricoles ou mes oeuvres d'art?
a écrit le 25/04/2016 à 23:15 :
Les QE alimentent les bulles spéculatives, alors que les chèques destinés aux 75 % les moins aisés seraient, au moins en partie, réinjectés dans la consommation de la production locale : les gens ne passent pas leur temps à acheter des smartphones fabriqués en Corée, contrairement à ce que prétendent les adversaires de cette mesure.
a écrit le 25/04/2016 à 19:30 :
Transfert de richesse vers les plus riches, quand la redistribution atteint en France 30%..? Un peu de sérieux M.Santi! les politiques actuelles ont un bénéficiaire: les états impécunieux! Tout le monde est perdant dans un système où nous ne sommes plus compétitifs vis-à-vis des chinois ou des indiens.. Back on earth, les adeptes de la consommation à gogo(s) doivent bien payer..
a écrit le 25/04/2016 à 19:28 :
L "helicopter monnay " préconisé doit être distribué à tous quelque soit leur revenu sinon grosse usine à gaz.

Cette impression de monnaie doit être les prémices d un revenu universel de 600€ par mois pour les adultes et 300€ par mois pour les enfants
=> ce revenu remplace toutes les aides actuelles (hors assurance maladie qui n est pas une aide mais une assurance, et la retraite qui est la récupération des cotisations thésaurisées)
=> il ne limitera pas l envie de travailler, avec 600€ par moi on est sous le seuil de pauvreté
=> pour compléter le financement de ce revenue universel il faut taxer l immobilier et faire creuser cette bulle
4% de taxe sur l immobilier ancien (peu d impact sur la construction)
a écrit le 25/04/2016 à 18:50 :
distribuer de l'argent qui n'est a personne via ce genre d'helicopter money, c'est le dernier avatar de n'importe quoi qu'on a trouve
on savait avant que les qe ne marchaient pas vu qu'on est dans une trappe a liquidite ( dont il est dur de sortir car les gvts ont fait n'importe quoi avant se coupant tte marge de manoeuvre)... le but des qe c'etait de faire baisser les taux de change, pas de faire de la relance budgetaire deguisee
pour le bilan des banques centrales, ca fait sourire; ceux qui refusent le m'enfoutisme se font insulter; tres bien
le jour ou leur bilan explose grace aux etats genereux, et que l'hyperinflation reviendra, les memes viendront se plaindre que les gens sont ruines
y a 180% d'inflation officielle au venezuela, tt va bien
mon voisin me racontait comment sa grand mere payait sa baguette avec une brouette sous weimar
vous voulez un petit hitler? parfait, faite n'importe quoi, et vous l'aurez, mais svp ne venez pas vous plaindre
a écrit le 25/04/2016 à 18:09 :
Ca a déjà été fait et on a plus aidé les entreprises étrangères que françaises.
Pour le post précédent, ce qu'il faut faire c'est remettre en place un second marché pour réinvestir les 3900 milliards dans les eti et former les chômeurs et monter un million quatre cent mille fermes et creer deux millions d'emploi avec des aoc dans le monde entier. Pour relancer l'économie, il faut transférer le financement des panneaux solaires vers la méthanisation pour gagner 50 milliards de pétrole par an. Soit 1,6 points de croisance par an pour 3%.
a écrit le 25/04/2016 à 14:30 :
Quand 30 à 50% du budget des ménages moyens part dans le logement pour atterrir dans l'immobilier ou sur des assurances vies, je me demande bien ce qu'on attend pour exploser les bulles immobilières partout en Europe.
Pour que cet objectif en soit un, il faudrait arrêter de raisonner sur l'inflation en fondant dans une moyenne les dépenses obligatoires et les dépenses de consommation.
Dès lors, la BCE ne pourrait défendre la cannibalisation de la consommation par la rente sur des biens de premières nécessités.
En attendant, on travaille la qualité à l'anglosaxonne : Tant que les indicateurs vont bien, tout roule! Qu'importe le sens des indicateurs : Quand les pays se désindustrialisent pour se focaliser sur des bulles immobilières (Angleterre, France, etc.), c'est de la croissance!
Tant que les dépenses de logement cannibaliseront les revenus des ménages, on aura beau filer plus d'argent aux ménages : Ils se contenteront de monter les enchères sur les loyers et les crédits, ils ne consommeront pas d'autres biens que les biens de premières nécessités à moins d'être sots. Pire, les ménages qui seraient en mesure de consommer continueront d'épargner comme des bêtes pour sortir de l’ornière : Ils prépareront des apports.
Avec 40 milliards d'euro par an qui partent sous forme de subvention dans l'immobilier, on pourrait construire combien de logement avec pour objectif de récupérer la mise au lieu de l'offrir aux victimes de la fiscalité qui se barrent au Portugal ou ailleurs? Si on se contentait de faire respecter la règle du tiers des revenus en présence d'APL, combien de temps faudrait-il pour que les logements loués à 700 euros à des smicards retombent à 400 euros (et que toute la pyramide suive pour que racheter les ruines et reconstruire plus haut soit possible)?

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