Je voudrais vous dire quelque chose de notre métier, la promotion immobilière

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Emmanuel Launiau, président du Groupe Quartus.
Emmanuel Launiau, président du Groupe Quartus. (Crédits : dr)
OPINION. Dans la situation actuelle que nous connaissons (crise sanitaire, crise climatique, crise économique), il est important pour les acteurs de l'immobilier de devenir acteur du changement, en se réinventant pour répondre aux différents besoins actuels. (*) Par Emmanuel Launiau, président du Groupe Quartus.

Notre métier est souvent stigmatisé, et même parfois caricaturé réduit à une vision condescendante de métier d'argent et de béton, avide de profit et se souciant peu de bien loger et de bien construire. La promotion immobilière est pourtant essentielle à l'économie, aux emplois sous-jacents, mais pas seulement.

À l'heure d'une crise du climat qui s'annonce en même temps que la crise sanitaire, à l'heure d'une crise du pouvoir d'achat (on parle du logement comme du premier poste de dépenses des ménages), à l'heure d'un monde en profonde mutation démographique, sociologique, la promotion immobilière est utile.

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Contribuer au changement

Notre métier a beaucoup changé. D'échelle en premier lieu, où poussés par la digitalisation nous avons été invités à réfléchir, en mode collaboratif, non plus sur une fiche de lot, mais sur un morceau de territoire. La ville est devenue notre ambition. Et avec elle, la prise en compte de ses enjeux, qui ne sont rien d'autres que ceux de notre société : enjeux du climat, de la sobriété énergétique, de la biodiversité, de la sécurité, de la santé, de la cohésion sociale, mais encore de la vieillesse et de l'éducation.

Si nous ajoutons que notre secteur est l'un des plus polluants et consommateurs de ressources - il représente 40% de la consommation d'énergie dans le monde, 20% des émissions de gaz à effet de serre et utilise 40% des matières premières mondiales (3 milliards de tonnes/an) - cela nous donne une responsabilité collective particulière vis-à-vis de ce qu'on produit, délivre et sur la façon de le faire. C'est une chance, une opportunité formidable pour notre métier, c'est un défi que nous relevons.

Avec une économie qui doit et va se mettre de plus en plus au service du vivant, la promotion est invitée à se réinventer, à expérimenter pour promouvoir aussi aux côtés des collectivités, des aménageurs, l'intérêt public. Notre métier se transforme pour se nourrir de matière grise et de contribution sociétale. La série des réinventer Paris, la Seine, la Métropole, les appels à projet innovants en région...illustrent notre mobilisation et scellent notre adhésion.

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Aller à la rencontre de l'autre

Ces changements de paradigme s'accroissent encore sous la pression des nouvelles aspirations individuelles : l'usage et l'économie immatérielle, un besoin de plus de communs, l'immixtion du travail dans l'espace de vie, l'envie de nature, l'empowerment (faire soi-même pour soi-même). Et aussi par le développement du numérique qui permet une plus grande prise en compte des attentes et une concertation élargie, mais aussi un accompagnement personnalisé des clients et une offre de services plus complètes (conciergerie digitale, services de quartier, domotique).

Là encore la promotion immobilière s'adapte rapidement pour proposer de nouvelles offres à ses clients qu'ils soient individuels ou institutionnels.

Sur l'esthétique urbaine notre métier aussi joue, doit jouer un rôle majeur, et est en responsabilité. La beauté, nous en averti Stendhal, est une promesse de bonheur. Sa présence en ville ne se discute pas. Et même si cette notion est subjective, nous devons en avoir la motivation. La standardisation de l'offre de logements doit renouer avec une qualité attentionnée au confort, à la santé, au bien-être, à l'évolution des modes d'habiter. Les architectes doivent être davantage au centre des projets. Les designers et les professionnels de l'usage aussi.

Les villes sont soumises à des tensions importantes entre nature et urbanité, collectif et individuel, mobilité et sédentarité. Les villes sont devenues hybrides et leur croissance s'accélère, même si certains profèrent l'inverse nous parlant de décroissance. Mais qu'est-ce que la décroissance ? La fin du progrès ? Ne plus avoir assez d'imagination pour penser qu'il existe une croissance raisonnable et raisonnée ? La France compte 4 millions de mal logés, l'Ile-de-France a besoin de 70 000 logements par an. Il faudrait arrêter de construire ? Bien sûr il faut privilégier la sobriété foncière, le recyclage urbain, et mesurer l'impact de ce que l'on produit. Quand je passe de 240 KWH par m2 par an dans le logement ancien à 50 KWH par m2 par an dans le logement neuf, je fais de la performance, pas de la décroissance.

Croissance, décroissance des villes rien n'y fait, il nous faut promouvoir esthétique urbaine.

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Participer au débat

Le sujet de la densité nous concerne, et pour sortir des injonctions contradictoires entre loger les gens mais sans s'étaler et sans monter, dans lesquels certains voudraient nous perdre et eux avec, nous devons en débattre et proposer aux élus, aux concitoyens, avec les architectes des solutions. Elles existent, certains voient dans l'animation, la diversité, la vue sur le grand paysage, la beauté (encore elle) des pistes pour parler de densité raisonnée ou densité perçue. Certains les expérimentent comme Christian de Portzamparc avec les îlots ouverts.

D'autres sujets, l'artificialisation des sols, l'accès au logement, l'évolution de nos modes de travail, les matériaux,... sont autant de sujets qui concernent notre métier. Nous devons réfléchir et aider à réfléchir pour nos métropoles, penser la polycentralité sans céder au concept du village et ne pas vivre sous la contrainte du premier kilomètre et à défaut tout miser sur le dernier.

Plaisir de création

Je veux terminer par vous dire le plaisir que j'ai d'exercer ce métier, riche de la diversité des sujets qui le concerne et du sens qu'il donne à nos pratiques. C'est un métier d'expérience, où vous ne vous ennuyez que quand vous le décidez ! C'est un plaisir chaque fois renouvelé lorsque je franchis le pont entre le commerce et la création. Et même si dans notre métier, le chemin est long du projet à la chose, je suis fier aussi de pouvoir dire que je participe à loger les gens et à créer des espaces qui transforment nos villes pour les rendre plus inclusives, plus belles et plus écologiques.

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