L'euro face à des nouvelles monnaies de réserve des BRICS et d'ASEAN
Gabriel Gaspard

Photo d'illustration
DADO RUVIC
Gabriel Gaspard

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Les pays émergents travaillent activement à une alternative au système monétaire actuel. Leur crainte est que les États-Unis et l'Europe utilisent de plus en plus leurs monnaies et leurs systèmes de réserve en vigueur comme une arme politique.
En 2009, la part du dollar dans les réserves était de 62,1% et la part de l'euro était à un record de 27,7%.Cette répartition était celle avant la crise de l'euro, les taux d'intérêt négatifs et les mesures de stimulation de l'achat d'obligations de la Banque centrale européenne. On remarque que la domination du dollar s'érode progressivement au fil du temps. Mais l'euro, toujours à la deuxième place, perd 7,9%.
La bataille pour la deuxième place pourrait-elle s'intensifier avec l'arrivée de nouvelles monnaies de réserves alors que le rôle du dollar restera majoritaire ?
L'euro fait déjà les frais de la guerre en Ukraine. Les pires ennemis de l'euro seront la non-solidarité budgétaire dans la zone euro, l'étalon-or, les cryptomonnaies et les monnaies numériques.
Les nouvelles zones monétaires des BRICS et de l'ASEAN ne pourront pas être constituées comme des zones monétaires optimale (ZMO).
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Ceci nécessitera beaucoup de temps et d'argent pour remplir les conditions nécessaires : une parfaite mobilité des travailleurs, une diversification sectorielle et un fédéralisme budgétaire et fiscal, etc. D'après R. Mundell, prix Nobel d'économie, pour être "optimale" une zone monétaire doit être dotée de mécanismes d'ajustements permettant de réduire l'impact de chocs asymétriques. De tels mécanismes sont difficiles à mettre en pratique sans une forte solidarité budgétaire.
Les pays en développement s'avèrent être les pays les plus intéressés par les cryptomonnaies. Ils préfèrent recourir aux crypto pour se protéger contre l'inflation de leurs monnaies étatiques et la hausse des taux d'intérêt qui renchérit la charge de leurs dettes (800 milliards d'après la CNUCED). Pour les pays émergents, c'est un moyen de contourner le réseau SWIFT, principalement dans les cas de relations commerciales avec des pays visés par des sanctions économiques américaines ou européennes.
Après la Seconde Guerre mondiale, les Alliés se sont réunis à Bretton Woods en juillet 1944 et ont consacré le dollar comme principale monnaie de réserve mondiale. L'étalon-or d'avant-guerre est abandonné au profit de l'étalon-change. Ce n'est plus par rapport à l'or que les différentes monnaies seront référencées, mais par rapport au dollar. Seul le dollar US est indexé sur l'or. Les BRICS souhaitent introduire l'or comme étalon pour leur nouvelle monnaie : selon le Conseil mondial de l'or du FMI, en 2023, la Chine a acheté pour 39,8 tonnes, la Russie 31,3 tonnes et l'Inde 2,8 tonnes, etc.
L'euro numérique sera effectivement mis au point vers la fin de l'année 2026 si le Conseil et le Parlement adoptent le cadre législatif favorable.
Pour l'ASEAN, au 43e sommet qui se déroulera le 23 septembre 2023, les membres discuteront de la transformation des économies vers les économies numériques, après l'accord signé visant à favoriser la connectivité des paiements régionaux et l'utilisation des transactions en monnaie locale (LCT). C'est un pas supplémentaire pour se détourner des devises telles que le dollar ou l'euro.
Pour les BRICS, la Chine et la Russie ont déjà commencé à tester leurs monnaies numériques en 2020. L'idée majeure est que seule une unité de compte numérique pour un groupe de pays comme les BRICS, contrairement à une cryptomonnaie, peut contribuer à créer un environnement de stabilité financière durable et une infrastructure monétaire solide. Les investisseurs potentiels dans cette monnaie pourraient profiter de l'abondance des ressources naturelles des membres du BRICS, de la main-d'œuvre et des biens durables, alors que l'UE manque aujourd'hui de métaux rares et dépend des importations pour son énergie, etc.
Si les BRICS ou ASEAN arrivent un jour à avoir une monnaie commune, il est peu probable qu'elle remplace le dollar ou l'euro. Cette nouvelle monnaie existerait en plus du système monétaire mondial actuel et sera à l'image de l'euro.
L'idée d'une monnaie commune dans les débats dans l'UE est présente dès la fin des années 60. Le rapport Pierre Werner préconise en 1970 un transfert du pouvoir économique à la CEE et la mise en place d'une monnaie commune. Toutes les tentatives ont échoué jusqu'en 1979 et la création du système monétaire européen (SME). En 1989, le Conseil européen de Madrid adopte le rapport Delors sur une union économique et monétaire en trois phases. De 1990 à 1993, c'est la fin du contrôle des changes dans l'Union, l' augmentation des moyens destinés à corriger les déséquilibres entre les régions européennes et la convergence des économies européennes. De 1994 à 1998, c'est la mise en place de l'Institut monétaire européen (IME), l'indépendance des banques centrales nationales et la réduction des déficits budgétaires nationaux. De 1999 à 2002, c'est la naissance de l'euro.
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L'UE aurait le temps et les moyens pour réaliser son indépendance énergétique et sécuriser son approvisionnement en métaux stratégiques. La poursuite de l'intégration économique et financière européenne sera essentielle pour accroître le rôle international de l'euro dans une économie mondiale potentiellement plus divisée.
Gabriel Gaspard
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