La fin des 35 heures : le faux débat

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, le faux débat de la fin des 35 heures.

Les 35 h reviennent au cœur du débat. C'est le psychodrame à la française. Il faut un bouc émissaire à tous nos maux. Celui qui permet bien entendu aux politiques de reporter  une partie la faute sur le corps social. Car à travers les 35 h c'est au fond la soit disant préférence française pour le loisir que l'on stigmatise. Notre chômage massif, notre compétitivité dégradée, notre faible croissance... ne cherchons pas plus. C'est le prix de notre paresse et il y a coresponsabilité.

Dans cette obsession, nos experts ont joué un rôle important

Leurs débats théologiques, leur prétention notamment à vouloir démêler l'indémêlable, pour savoir qui de la baisse des charges, qui de la baisse du temps de travail avaient permis le sursaut de l'emploi au tournant des années 90-2000, a détourné l'attention de l'essentiel. Car l'échec des 35 heures, s'il y a eu, ne tient pas à la réforme elle-même. Elle tient à sa gestion à plus long terme. À la dérive des SMICs, et à la hausse des coûts unitaires hexagonaux, au moment où l'Allemagne faisait le chemin opposé. Or cette mauvaise trajectoire n'avait rien de fatal.

Ce débat ressurgit maintenant, toujours avec la même pédagogie caricaturale de la France en faillite. Pendant ce temps, les enjeux fiscaux sont trop peu débattus et presque rien n'est dit sur des enjeux autrement plus importants : l'Europe, les problèmes de déclassement au travail, le coût à terme de nos mauvaises options énergétiques, la régulation de la finance, etc.

La durée du travail ne mérite autant de passions

Que veut dire en effet la durée du travail, comment l'objectiver quand les technologies numériques brouillent en continu les frontières entre sphère du travail et sphère privée.

Quand tout individu peut maintenir sa relation au travail en dehors du cadre physique de l'entreprise. Et peut inversement acheter à toute heure et en tout lieu, communiquer, surveiller sa santé, ou combiner plusieurs activités sociales et professionnelles dans le cadre de l'entreprise.

Que veut dire la durée du travail aujourd'hui, quand de plus en plus d'entreprises plateformes recourent au travail à la tâche, payé à l'heure, la minute, voire à la seconde.

Pourquoi se focaliser sur les 35 heures, quand il existe déjà tant de façon aujourd'hui de les contourner du côté des entreprises.

Pourquoi, une telle focalisation quand tant de pays pratiquent finalement le partage du temps à travers la prolifération des minijobs.

Pourquoi cette focalisation toujours, lorsque notre temps de loisir, est de plus en plus traversé par des activités de co-production en tant que prosumer, comme on dit. Et que l'avenir ne fera que brouiller de plus en plus la frontière entre consommateur et producteur... le consommateur on le sait prenant une part de plus en plus étroite dans l'élaboration des produits et services qu'il consomme à travers son activité sur les réseaux sociaux.

Quand de surcroît de plus en plus d'individus se transforment en moonlighters, se bâtissant un surcroît de revenu ou de reconnaissance à travers leur activité via des plateformes.

Et enfin et surtout, pourquoi considérer la durée comme une contrainte alors que les algorithmes permettent aujourd'hui de prendre en charge une part croissante du contenu répétitif des tâches. Et que partout  les volumes de travail tendent à stagner.

Très peu de secteurs et de professions vivent les 35 heures comme une contrainte réelle et handicapante.

Une dévaluation salariale déguisée

Au fond, rallonger la durée du travail, ne produira qu'une seule chose. C'est une dévaluation salariale déguisée, qui peut participer au redressement de la compétitivité mais dont on connaît aussi d'avance les effets lorsque la demande est déjà léthargique. Ce sera plus de chômage à court terme. Et la fausse recette miracle, qui décevra tant on la surcharge de toutes vertu.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 08/12/2016 à 13:36 :
Le problème n'est pas "35 heures" mais "35 heures payées 39", ce qui revient à augmenter le cout du travail de 10% sans augmentation de la productivité. Il faut réduire le cout du travail en agissant sur un autre paramètre. Cherchez bien. La solution existe. Elle est décrite dans la note n°6 du CAE.
a écrit le 08/12/2016 à 11:46 :
Excellent article merci beaucoup et merci à la Tribune d'oser l'intelligence et la pensée.
a écrit le 08/12/2016 à 9:47 :
D'ailleurs une fois qu'on aura supprimé les RTT de tout le monde, qui partira encore au ski ou en week end pour faire tourner le secteur touristique ...

D'où baisse des besoins de main d'oeuvre dans le secteur surtout qu'il n'y as plus de touristes étrangers.
a écrit le 08/12/2016 à 9:15 :
Je constate que la base de la "demande" est le fait que le repos de uns génère le travail des autres et j'en conclu que tout le monde ne doit pas travailler en même temps!

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