Le grand gâchis de l'Allemagne : export des capitaux, faiblesse de l'investissement

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, le grand gâchis de l'Allemagne... export des capitaux, faiblesse de l'investissement

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La zone euro, c'est une région à fort excédent courant... autrement dit à fort excédent d'épargne par rapport à l'investissement qu'elle déploie sur son territoire. Une épargne qui finance de fait la croissance du reste du monde et participe à l'affaissement des taux d'intérêt à long terme à l'échelle mondiale. La position financière de la zone en sort renforcée, à court ou moyen terme, mais c'est au détriment de son potentiel de croissance, à l'heure où le rattrapage numérique, les impératifs de la transition écologique nécessitent des moyens considérables.

C'est au détriment aussi de la convergence des économies européennes, cette épargne n'étant que très partiellement recyclée sur les pays retardataires. Et c'est au bénéfice des autres régions du monde dont le rattrapage à marche forcée menace, à terme, nos positions exportatrices. Il s'agit de la sorte d'un faux point fort, qui signale avant tout la tiédeur de l'espace européen à s'engager dans les investissements qui consolideraient son avenir et son indépendance technologique, alors même que les taux d'intérêt sont au plus bas.

L'Allemagne, la coupable ?

L'Allemagne est au cœur de la formation de ce déséquilibre. Il ne s'agit pas ici de stigmatiser un coupable mais plutôt de pointer la difficulté à organiser la parade politique qui permettrait de convertir cette épargne en un renforcement du système productif européen. L'excédent courant allemand navigue au-dessus de 7 % du PIB depuis plus de 7 ans. C'est colossal. Derrière cela, il y a une propension à épargner élevée, et croissante, des ménages et des administrations publiques et des entreprises. Et face à cela, un effort d'investissement stable en apparence, résultat honorable en première analyse, pour un pays en déclin démographique.

Sauf que ce statu quo de l'investissement n'est qu'un trompe l'œil. Un trompe l'œil qui recouvre en fait 1/ un renchérissement du prix de l'immobilier, lequel agit à la hausse sur la part du revenu national consacré à l'investissement résidentiel, c'est-à-dire à l'investissement non productif. 2/ Une part de l'investissement en équipement qui s'érode sur longue période. 3/ Surtout, un très fort affaissement de l'investissement en infrastructures, privées et publiques. Et derrière cette tendance, c'est la composante investissement public qui est la plus problématique. Depuis 10 ans, l'Allemagne est le pays d'Europe qui consacre la plus faible part de son PIB à l'investissement collectif. Et c'est surtout un des rares pays, avec la Grèce, l'Italie ou le Portugal, dont l'effort d'investissement depuis 10 ans ne compense même pas l'usure des infrastructures installées.

Beaucoup de ratés outre-Rhin

Autrement dit, l'Allemagne rate l'occasion de transformer la rente de ses réformes en investissement d'avenir. Le pays passe à côté de son ambition d'être le leader de l'industrie 2.0 et de la transition écologique et par là même d'entrainer l'espace européen dans son sillage. Ce sera le grand ratage des années Merkel. Au lieu de cela, l'Allemagne, cramponnée sur son vieux modèle de réussite carboné, vit aujourd'hui les vicissitudes d'un pays qui n'a pas su transformer son temps d'avance dans la réforme, en temps d'avance dans son modèle productif, comme les craquements des derniers trimestres en témoignent.

A défaut d'avoir su recycler son épargne en interne, elle a laissé les marchés arbitrer l'orientation de son épargne. Et cette dernière, on le sait, n'a pas d'avantage irrigué l'économie européenne, comme nous avons eu l'occasion de le souligner dans de précédentes vidéos. Depuis 2010, les investissements en portefeuille allemands sont dirigés à 43% hors zone euro, à 44% vers le Benelux, et à 13% vers les autres économies de la zone. Idem pour les investissements directs ventilés à 44% hors zone euro, à 41% vers le Benelux et à 15% vers les autres pays de la zone. Les capitaux allemands prennent donc massivement le chemin des pays extrazone ou de la plaque tournante du Benelux, qui elle-même ne recycle que le quart de ses capitaux vers la zone euro.

Un énorme gâchis, auquel seul l'Allemagne peut remédier. Pour cela, il faudrait que le gouvernement allemand change radicalement de ligne concernant sa politique d'investissement public et d'équilibre budgétaire. C'est un débat qui monte en puisance, comme l'a signalé récemment Adrien de Tricornot dans une de ses chroniques. Un débat qui peut produire des effets, mais des effets qui risquent de demeurer très en-deçà de l'ampleur de l'enjeu au plan européen.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 11/09/2019 à 16:05 :
German bashing, as usual.
Cordialement
a écrit le 10/09/2019 à 12:26 :
Ô Europe envieuse de l'Allemagne !
L'Allemagne a tout à fait raison : garder sous le pied le potentiel de relance budgétaire pour les périodes moins fastes.
La lecture Keynesienne moderne prône la dépense à tout va, le déficit en religion
Or ce bon vieux Keynes qu'idôlatres les fanatiques du déficit n'a jamais dit cela. Il a dit : relance budgétaire en période de crise, économies en période de croissance.
L'Allemagne a de la marge en cas de crise : infrastructures publiques, investissements et modernisation du privé.
Mes des états comme l'Italie, mais aussi la France, ont épuisé leur potentiel de déficit en période de croissance. Comment résisteront-elles en période de forte crise ? Par davantage de déficit. Si la zone euro éclate pour de bon, ce seront elles les fautives. Les Etats-Unis et le Japon sont dans un cas encore plus calamiteux, si ce n'est qu'ils ont au moins la maîtrise de leur monnaie, ce qui n'est pas le cas des européens liés par le pacte de stabilité.
L'avenir dira qui a raison ou tort, mais Fosco craint d'avoir encore une fois raison, comme lorsqu'il s'adressait aux dirigeants de PSA qui investissaient dans de grosses usines en Chine : qu'elle immense bévue, quel manque d'intelligence !
a écrit le 10/09/2019 à 11:58 :
Moi je pense que la France aurait dû faire comme l Allemagne , remettre de la rigueur . Malheureusement nous avons subi le socialisme et le gaspillage avec l argent de nos impôts.
Réponse de le 10/09/2019 à 16:42 :
lorsque je regarde vos écrits, vous oubliez que les 500 milliards que sarkozy a utilisé permet d'avoir un regard différent !!! l'or c'est pareil, donc expliquer que la rigueur serait de droite, si l'on regarde, 20 ans de socialisme, 50 de droite, le résultat dans un cas ou l'autre est le même !

Du vous faite de l'idéologie et non de l'économie. Vous oubliez raymond barre et la référence qu'il a été dans l'économie des 30 dernières années et qui pour autant que se défiscalisation indique ce qui se cachait derrière le discours, lire un de ses livres et savoir ce qu'il en a été permet aussi de regarder l'économie par des actes et non simplement un discours idéologique qui tiendrai la route si nous étions dans un système économique qui fonctionne et une droite qui ne soit pas avant tout identitaire et dogmatique.

La gauche ayant mené une politique de droite, vous devriez remercier hollande, car avec lui, vos copains de droite se sont fait de l'argent a ne plus en pouvoir, et pour autant, vos écrits indiquent a quel point ils sont idéologiques et non politique !
a écrit le 10/09/2019 à 11:37 :
critique de la cigale qui ne comprend rien aux choix de la fourmi .
l'Allemagne n'a aucune intention de financer à fonds perdus , les gaspillages des pays "Club Med ",dont la France qui en plus ne lui en serait pas reconnaissante !
par contre elle investit bien en Europe dans les pays porteurs de retour productif (Benelux) ainsi que hors Europe dans les pays à fort potentiel marchand .
il serait vain de croire que l'après Merkel changera la donne , au contraire on peut s'attendre à un maintien du cap et un développement économique renforcé avec les voisins de l'est .
les allemands continueront d' être nos amis ; on achètera leurs voitures , nous les recevrons en vacances .
Réponse de le 10/09/2019 à 16:08 :
l allemagne a "profiter sans compter" des salaires à bs coup des ex pays de l'est en mettant en place un mécano indistriel hyper rentable.....

il faut leur reconnaitre un savoir faire industriel remarquable..... mais sans aucun états d âme

l autre facette ce sont les bad jobs.... pas franchement glorieux dont même les syndicat allemands disent que ce sera une catastrophe au moment des retraites....

sur un plan extérieur..... l allemagne est tellement dépendante de ses exportations que sur le plan géopolitique....... immobillisme flagrant..... et courbettes au dela du raisonnable avec la chine et les usa......

j attends de voir comment ce pays va évoluer dans les prochaines années....
Réponse de le 10/09/2019 à 16:55 :
Oui, je ne vois pas comment ils pourraient regarder autrement !!! la balance commerciale est déjà une indication !

La seconde indication est qu'ils n'utilisent pas la dérégulation de gros opérateurs comme ce qui est fait ici et qui du coup permet d'avoir un regard sur la perception de l'économie. Et lorsque l'on est dans l'industriel, il n'est pas possible de retourner l'interlocuteur par les taux ou autres éléments permettant a un groupe multinational de passer au dessus de la régulation comme c'est le cas chez les opérateurs avec orange.

Une stabilité législative est une délégation de la responsabilité dans les lander permet un équilibre des pouvoirs dans un monde économique mondialisé !

La stratégie industrielle n'est pas dépendant d'une poignée de gens a la tête des conseils d'administrations pour décider d'une politique économique d'un pays par le prisme de ces quelques gens.

ils n'ont aucune raison de changer une situation si ce n'est au niveau des citoyens sur la rémunération, mais sur le reste, la cigale france qui bénéficie de l'euro et donc des allemands, peuvent continuer d'avoir une vision court terme, générer des revenus comme certains milliardaires par la rente parfois jusqu'a 10 milliards par ans, au détriment de l'économie.

Et comme me l'a expliqué un businesseur scandinave, la différence est aussi que les patrons allemand on une conscience du pays et de ce qu'ils doivent rendre qui est a l'opposé du patron français qui lui spécule sur ses concitoyens pour optimiser le maximum d'argent en rachetant des entreprises dans le monde et comme les groupes publiques comme orange, edf et d'autres, choix économiques aléatoires, dette pour tous !!!

Ils peuvent néanmoins comme goulard, utiliser la logique ci dessus avec ceux qui ici n'ont d’allégeance qu'a l’argent et au pouvoir !
a écrit le 10/09/2019 à 11:14 :
"son temps d'avance dans la réforme" : la "réforme" (Schröder) ça a été le dumping social.
ce pays a largement contribué à tirer l'Europe/le monde vers le bas. déclin démographique depuis plus de 45 ans, austérité salariale depuis 1995, sous-investissement public/privé prononcé, baisse des retraites, faible dépense de Défense, grands groupes (finance, auto) pervertis, etc...
taux d'investissement public annuel de 2,2% PIB sur les 20 dernières années, contre 3,9% en France (An international comparison of gross fixed capital formation, UK ONS, 11/2017). taux d'investissement des entreprises industrielles de 19%, contre 25,7% en France (France Stratégie, 10/2018 ; Eurostat). intensité de R&D des entreprises corrigée de la structure d'activités : France 2e derrière l'Autriche, loin devant l'Allemagne (Science, Technologie et Industrie : tableau de bord de l'OCDE 2017).
etc...
a écrit le 10/09/2019 à 9:25 :
"il faudrait que le gouvernement allemand change radicalement de ligne concernant sa politique d'investissement public et d'équilibre budgétaire. C'est un débat qui monte en puisance,"

Nein ! Ils ne veulent rien changer, la malédiction du fait de leur possession qui les frappe les a complètement intégré à leurs parois de coffres forts Suisse, comme dans "Pirate des Caraïbes", ils ne sont plus humains ils sont devenus choses, dorénavant incapables de penser.

Arrêtons de gaspiller du temps à essayer de leur faire entendre raison ils en sont totalement dépourvus, concentrons nous à essayer de contourner l'impasse majeur que les propriétaires de capitaux et d'outils de production génèrent mais pour cela il faudrait que nos politiciens arrêtent de leur obéir bêtement !

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