Le maitre des horloges rattrapé par la Covid

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(Crédits : POOL)
Le couvre-feu décrété par le pouvoir pour tenter d'éradiquer la "deuxième vague" épidémique est un coup de massue pour l'économie au moment de son réveil. Le procès de l'impuissance publique, de l'échec de la politique de tests monte dans l'opinion à mesure que se restreignent nos libertés.

Un parfum de remake. Une nouvelle fois, le président Macron a pris les choses en main sur l'épidémie de Covid. Le chef de l'Etat se retrouve de nouveau aux avants-postes. Il a donc annoncé l'établissement d'un couvre-feu dans plusieurs grandes villes françaises et en Île-de-France. C'est pourtant une très mauvaise nouvelle pour l'économie française. Alors qu'une certaine confiance était revenue au cours de l'été, la reprise de l'épidémie à la vitesse V est un coup dur. Rappelons que l'Île-de-France représente à elle seule plus d'un tiers de la croissance française. Paris et sa région sont le moteur de l'économie hexagonale. Multiplier les restrictions sur ce périmètre, c'est comme mettre un bonnet de nuit à la France.

Face aux journalistes, Emmanuel Macron a tenu à rester souriant, multipliant les attentions aux uns et aux autres, ou les grandes analyses. Mais le président a également diffusé des messages de prévention qui auraient dû être délivrés depuis bien longtemps par les autorités publiques : il a par exemple demandé aux Français d'aérer le plus possible les endroits clos. Une injonction de bon sens qui aurait dû faire partie des messages de prévention à la télévision. Au Japon, ce message est relayé sans relâche depuis le début de l'année. Sauf qu'en France, l'idée que le virus se propage également par « aérosol » n'a jamais été prise au sérieux... et pour cause : l'Etat ne disposait pas des stocks de masques nécessaires pour un tel risque. Impossible donc dans ces conditions d'appliquer un strict principe de précaution.

De fait, les erreurs initiales de l'Etat continuent à propager leurs effets plusieurs mois après. L'Etat n'a pas anticipé le stock stratégique de masques, il n'a donc pas incité les Français à porter des masques (et à expliquer pourquoi cela était nécessaire), et au moment de la « seconde vague », il est désormais trop tard de faire en sorte que les mêmes portent réellement le masque (c'est à dire correctement, et pas pour faire semblant). Mais plus de six mois après les débuts de la crise épidémique en France, le manque d'anticipation semble perdurer.

Pire, l'Etat semble de lui même se rendre impuissant. Pourquoi la France n'a t elle pas investi davantage dans les hôpitaux, la santé, ou les écoles (pour pouvoir accueillir plus confortablement les élèves en cette rentrée particulière) ? Pourquoi la France n'a t elle pas investi davantage dans une campagne de test réactive et ciblée ? C'est pourtant ce que nos partenaires européens ont mis en place, tant en Italie qu'en Allemagne...
« On sent que le président a compris la gravité de la crise, mais il ne prend pas la mesure de la crise hospitalière. Et on doit paralyser le pays parce que les hôpitaux manquent de lits », a réagi Patrick Pelloux, président de l'Association des médecins urgentistes de France auprès de l'AFP. « Ils essaient de freiner l'épidémie. Mais ce 'couvre-feu' - et je ne comprends pas ce langage de guerre - n'arrêtera pas l'épidémie. On se retrouve dans la même logique qu'au printemps », a-t-il poursuivi.

Emmanuel Macron aime répéter que l'on a tendance à oublier le destin « tragique » de l'histoire. Ce n'est pourtant pas une raison pour rester immobile face à l'adversité. Certes, les Français ont bien du mal à comprendre la nécessité de la « distanciation sociale », mais la responsabilité de l'Etat est écrasante dans ce fiasco général. Ce n'est guère étonnant : le « macronisme » économique n'a jamais été une réflexion globale, prenant en compte les « externalités négatives », tant sociales qu'écologiques, pour parler comme les économistes. Or, à l'aune de cette crise de la Covid, ces « externalités » prennent tout leur sens : à force de reporter au lendemain les dépenses publiques les plus nécessaires, on fait supporter de plus en plus immédiatement sur les Français le risque de bloquer toute une économie. Car aujourd'hui, dans ces conditions, qui peut croire que la croissance française repartira de plus belle dès les premiers mois de 2021. L'économie est d'abord une affaire de confiance. Manifestement, l'épidémie va finir par effacer toute confiance chez les Français. Plus les mois passent, et plus les salariés, consommateurs, étudiants doutent de leur avenir.

Dans ce contexte pour le moins troublé, le président de la République tente tant bien que mal de conserver du sens, de préserver un cap. Voilà pour les intentions. Car la multiplication des incohérences dans les décisions gouvernementales et dans la communication étatique ruine tous les efforts entrepris. Lors de son intervention télévisée, Emmanuel Macron a d'ailleurs eu ces paroles étranges : « On s'était habitué à être une société d'individus libres. Mais nous sommes une nation de citoyens solidaires. Nous avons besoin les uns des autres ». Par ces mots, le chef de l'Etat semble renvoyer  dos à dos liberté et nation à défaut d'investissements et d'anticipation. C'est pourtant le propre d'une démocratie de résoudre ces antagonismes par le respect des libertés publiques. L'oublier c'est ouvrir la boîte de Pandore.

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Commentaires
a écrit le 20/10/2020 à 13:57 :
"L’État n'est pas fait pour un seul homme" Sophocle
a écrit le 20/10/2020 à 10:09 :
Mais il n'a pas été rattrapé par quoi en fait ? Même une nonagénaire en fauteuil roulant est plus rapide !

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