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Liban: la destruction créatrice

Michel Santi

Publié le 21 octobre 2019 à 10:08 - Mis à jour le 21 octobre 2019 à 10:31

Michel Santi, économiste.

Michel Santi, économiste.

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OPINION. Les origines de la crise économique en cours au Liban sont plus profondes que la simple annonce d'une taxe concernant, notamment, les usagers de Whatsapp. Elles sont à chercher dans les inégalités qui rongent ce pays, où la solidarité civile s'organise pour parer les incompétences du pouvoir en place. Par Michel Santi, économiste(*).

Le pays était, il y a encore quelques jours, ravagé par de terribles 

incendies, sorte d'allégorie de la grave incompétence du gouvernement. Son 

degré d'impréparation et sa gestion calamiteuse de ces feux ayant ravagé des 

pans entiers du territoire libanais furent choquants, et pitoyables.

Hélicoptères extincteurs cloués au sol faute de maintenance, pompiers volontaires luttant jour et nuit sans même bénéficier de nourriture ni de soutien basique assuré par l'État, ne furent que les signaux les plus visibles - et les plus scandaleux - de cette lamentable gouvernance d'une nation qui se distingue pourtant par une société civile produisant de brillants cerveaux, intellectuels, femmes et hommes d'affaire.

C'est, du 

reste, l'élan de solidarité des citoyens et leur organisation qui eurent 

raison de ces feux qui révélèrent, en creux, les aberrations du système 

politique libanais vicié jusqu'à la moelle dont la défaillance est désormais 

au stade terminal.

Un pays miné par les inégalités

Comment un gouvernement qui ne taxe pas la spéculation immobilière, comment 

un État qui paie 7% sur les dépôts bancaires en dollars et 12% sur les 

dépôts bancaires en livres, comment des politiciens menant grand train qui 

font néanmoins fi de la récession subie par leur pays, comment des 

responsables indifférents à des stations d'essence et à des distributeurs de 

billets de banque en cale sèche, peuvent-ils décemment taxer les usagers de 

l'application Whatsapp, majoritairement utilisée par les plus pauvres comme 

moyen de communication privilégié ?

Pays au monde ayant la dette publique la 

plus élevée rapportée à son P.I.B. (151% en 2018), le Liban est également 

celui où les inégalités règnent en maîtresses absolues puisque les 0.1% du 

sommet de la pyramide sont plus riches que la moitié de la population la 

plus pauvre ! Que les 10% les plus aisés au Liban ont augmenté, en une 

quinzaine d'années, leurs revenus de 10% tandis que les 50% les plus pauvres 

ont vu les leurs diminuer d'autant sur la même période.

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La conception du 

pouvoir des élites de ce pays consiste ainsi à taxer davantage le pauvre et 

à emprunter encore et toujours plus dans le seul et unique but de 

s'accrocher au pouvoir - et à le transmettre à ses descendants - tandis que 

le territoire abrite la quantité la plus importante de réfugiés syriens et 

que le nombre de palestiniens disséminés dans des camps à travers le pays 

atteint 10% de la population libanaise.


Rendons grâce à la société civile

Cette révolte populaire libanaise n'est donc évidemment pas due la taxation d'un service de messagerie, mais plutôt à des citoyens ne recevant l'électricité et l'eau publiques que quelques heures par jour, à près d'une moitié de jeunes libanais sans emploi digne de ce nom, à une éducation publique défaillante, à des délits laissés impunis grâce à des «pistons» ou à de la corruption...

Ce Liban, qui a réglé jusqu'à présent ses crises par davantage de statu quo - ayant à son tour accentué blocage et pourrissement - semble vouloir à présent renverser la table. Rendons, pour cela, grâce à la société civile libanaise - vigoureuse et bien réelle - qui dépasse enfin l'inertie de ses communautés respectives et qui semble enfin vouloir changer de formule.

____

(*) Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et directeur général d'Art Trading & Finance.

À lire également

  • Liban: comment éviter l'autodestruction ?
  • Turquie, Tunisie, Liban : quand la politique bouscule l'économie

Il vient de publier «Fauteuil 37» préfacé par Edgar Morin

Sa page Facebook et son fil Twitter.

Michel Santi

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