Lire sur papier, lire sur écran : en quoi est-ce différent ?

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(Crédits : Reuters/Eric Gaillard)
IDEE. Selon le support de lecture, le niveau de compréhension et la mémorisation des textes varient, montrent des études récentes. Par Frédéric Bernard, Université de Strasbourg

Les écrans de téléphones mobiles, de tablettes et d'ordinateurs envahissent notre quotidien, et voilà dictionnaires, fiches de cours ou même classiques de la littérature à portée de clic. Faut-il inciter les élèves à profiter à 100% de ces facilités d'accès inédites au savoir, et renvoyer le papier au passé ? Rien n'est moins sûr si l'on se penche sur les derniers résultats de la recherche.

Depuis le début de ce siècle, plusieurs dizaines d'études ont été menées pour évaluer les effets du support de lecture sur les performances de compréhension de textes qui pouvaient être soit documentaires - manuels scolaires, ouvrages universitaires - soit narratifs - fictions, romans...

Les résultats de ces études ont été repris dans deux méta-analyses publiées en 2018 ; celle de Kong, Seo et Zhai, portant sur 17 études, publiée dans le journal Computers & Education, et celle de Delgado et de ses collègues, portant sur 54 études effectuées auprès d'un total d'environ 170 000 lecteurs, et publiée dans Educational Research Review. Il en ressort que la compréhension de textes est significativement meilleure lorsque la lecture s'effectue sur papier que sur écran.

Habitudes de lecture

Si Kong, Seo et Zhai (2018) n'ont pas pris en compte la nature des textes (documentaires ou narratifs) comme critère, Delgado et ses collègues ont en revanche constaté que la différence entre papier et écran se manifestait dans le cas des textes documentaires, des textes à la fois documentaires et narratifs, mais pas des textes uniquement narratifs. Les auteurs apportent deux éléments d'interprétation à ce résultat :

  • les textes documentaires font appel à des traitements cognitifs plus complexes impliquant par exemple l'utilisation d'un vocabulaire académique très spécifique

  • ils sont moins connectés aux connaissances que possèdent les lecteurs sur le monde réel, tout cela rendant la compréhension à la fois plus difficile pour ce type de textes et en même temps plus sensible à la nature du support de lecture.

Pour expliquer cette plus grande facilité de compréhension sur un support papier, le premier facteur que l'on pourrait invoquer serait celui de l'expérience. Les technologies numériques étant relativement nouvelles, les habitudes de lecture sur écran seraient moins ancrées que celles sur papier. Une façon de tester ce facteur serait de vérifier si, dans les publications les plus récentes, où les participants affichent donc une familiarité plus grande avec les écrans, les écarts de compréhension s'atténuent entre les supports.

Or, comme Delgado et ses collègues l'ont constaté, c'est exactement l'inverse qui se produit : la différence de performances de compréhension entre écran et papier s'accroît dans les études les plus récentes par rapport aux plus anciennes. Le manque relatif d'expérience par rapport à la technologie n'explique donc pas les avantages du papier en matière de lecture.

Expérience sensorielle

La matérialité du livre imprimé serait-elle alors le facteur décisif ? En effet, la lecture d'un livre implique non seulement l'analyse et le traitement de ce qui y est écrit mais aussi l'association entre un contenu et un objet riche d'un point de vue sensoriel. Forme, couverture du livre, odeur, nombre et épaisseur des pages aident notre cerveau à intégrer les informations qui lui parviennent et à mieux les retenir dans la durée.

En stockant des milliers d'ouvrages, tablettes et liseuses permettent certes d'alléger les cartables, mais, lus sur un même support, manuels scolaires et romans seront associés à une expérience sensorielle moins spécifique et seront par conséquent moins bien traités et mémorisés. Les résultats d'une étude qui vient d'être publiée par Mangen, Olivier et Velay(2019) vont dans ce sens.

Les auteurs ont demandé aux participants de l'étude de lire un long texte narratif en utilisant soit un livre soit une liseuse. Si les performances générales de compréhension mesurées étaient globalement les mêmes, quel que soit le support, la lecture sur papier permettait de mieux se rappeler où les phrases sont apparues précisément et dans quel ordre les événements se sont déroulés.

Les auteurs considèrent ainsi que la manipulation d'un vrai livre pendant la lecture apporte des informations sensorielles et motrices plus riches, ce qui permet de mieux traiter et de mieux mémoriser le texte et l'organisation temporelle des événements décrits. Ainsi, les données scientifiques actuelles nous amènent à continuer de privilégier la lecture de livres imprimés si l'on souhaite favoriser la compréhension et la mémorisation de ce qui est lu.

The Conversation ______

Par Frédéric BernardMaître de conférence en neuropsychologie, Université de Strasbourg

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation

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Commentaires
a écrit le 25/03/2019 à 16:26 :
Combat d'arrière garde !
Un article probablement écrit par un lecteur sur papier traditionnel.
On cherche des arguments de plus en plus tirés par les cheveux pour défendre le support papier. cela me fait penser à ceux qui impriment encore leurs emails !
Un texte est un texte, quand on lit un livre papier de 500 pages, on ne se rappelle pas sur qu'elle page on a lu telle ou telle phrase. Au demeurant, on "tourne" tout autant les pages sur un livre numérique.
Cela n'ôte rien à la valeur de l'objet livre. Mais pour ce qui est du contenu, du texte, c'est la même chose selon mon expérience de vieux lecteur, passé au numérique depuis plus de 15 ans.
Si l'on met dans la balance les avantages ergonomiques, logistiques et interactifs du LN, le livre devient définitivement mais uniquement "un bel objet".
Reste sans doute un avantage au papier avec la mémorisation par association, relative à la couverture, au poids, à la taille du livre. Mais enfin, est-ce le contenant ou le contenu qui compte ?
Réponse de le 25/03/2019 à 21:11 :
Il y a une sacré différence entre lire un papier et lire sur un écran... Personnellement je n'imprime pas les mail mais la plupart des doc reste essentiellement en papier. Il n'est as rare de chercher quelque chose dans une doc papier en tournant les pages on trouve autre chose qui n'a rien avoir avec notre recherche mais nous intéresse et on l'étudie. Alors qu'avec le format numérique... Sans parler qu'en général les industriel numérise juste pour réduire la taille des doc en épurant un maximum de contenu et en gardant la main mise sur leurs produits.
a écrit le 25/03/2019 à 16:24 :
Combat d'arrière garde !
Un article probablement écrit par un lecteur sur papier traditionnel.
On cherche des arguments de plus en plus tirés par les cheveux pour défendre le support papier. cela me fait penser à ceux qui impriment encore leurs emails !
Un texte est un texte, quand on lit un livre papier de 500 pages, on ne se rappelle pas sur qu'elle page on a lu telle ou telle phrase. Au demeurant, on "tourne" tout autant les pages sur un livre numérique.
Cela n'ôte rien à la valeur de l'objet livre. Mais pour ce qui est du contenu, du texte, c'est la même chose selon mon expérience de vieux lecteur, passé au numérique depuis plus de 15 ans.
Si l'on met dans la balance les avantages ergonomiques, logistiques et interactifs du LN, le livre devient définitivement mais uniquement "un bel objet".
Reste sans doute un avantage au papier avec de mémorisation par association, relative à la couverture, au poids, à la taille du livre. Mais enfin, est-ce le contenant ou le contenu qui compte ?
Réponse de le 25/03/2019 à 19:42 :
Chaque personne est unique et chaque expérience aussi.
En l’occurrence, je pense que ce sujet est abordé pour la future réforme dans les Lycées pour supprimer les manuels scolaires.
a écrit le 25/03/2019 à 7:24 :
Pourquoi lire puisqu'on peut crier tous les samedis. Lecture aux oubliettes!
a écrit le 24/03/2019 à 20:45 :
Avantage de la lecture numérique :
1)Rapidité.
2) un bon dictionnaire de recherche et de références
3) plus léger que le transport des manuels scolaires


Désavantages :

1) quand il n’y a pas de connexion de réseau c’est un gros problème
2) fatigue oculaire plus important
3) le web manque de flexibilité et certaines pages sont censurées

Une bibliothèque sera toujours mieux pour les émotions humaines , plus calme , plus reposant car nous marchons en même temps pour chercher le domaine et les ouvrages qui nous intéressent.

Conclusion : c’est bien de garder tous les outils pour la culture et les connaissances car certaines personnes ont une intelligence plus visuelle que d’autre , alors que certains sont plus dans l’écriture et les répétitions

Garder plusieurs supports c’est donner à chacun et chacune de réussir avec son niveau sans jugement.
a écrit le 24/03/2019 à 14:13 :
La différence est "le prix" de l'information diffusé, même fausse!
a écrit le 24/03/2019 à 14:12 :
La différence est "le prix" de l'information diffusé, même fausse!

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