M. Urvoas, sauvez les commissaires aux comptes !

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Une adresse au nouveau ministre de la justice. Par Julien Tokarz, Président de la Fédération Nationale des Experts Comptables et commissaires aux comptes de France (ECF)

Dans une très grande discrétion, le ministère de la Justice prépare un projet de loi qui réformera en profondeur l'audit des entreprises françaises d'ici le printemps 2016.

Suite à la crise financière de 2008 qui a frappé l'économie mondiale, l'Union européenne avait souhaité modifier les règles de contrôle des sociétés pour assurer aux états-membres une transparence et une sincérité de leurs comptes. Le livre vert de 2011, ainsi que la directive et le règlement européen qui ont suivi, préconisaient alors une déconcentration du marché de l'audit.

Une pluralité d'acteurs, aujourd'hui

La France a malheureusement prévu une multitude de dispositions qui vont à l'encontre de ces intentions initiales.

Aujourd'hui, plus de 13 500 professionnels libéraux composent le paysage de l'audit français. Le marché repose sur une pluralité d'acteurs qui garantit une indépendance des contrôles. Souvent méconnue du grand public, cette profession est pourtant indispensable à la vie des entreprises, à leur bonne gestion, à leur développement, ainsi qu'à la sécurisation de l'économie de notre pays.

Si le projet de loi qui transpose la réforme de l'audit est voté en l'état, ce sont des milliers de commissaires aux comptes qui seront contraints de cesser leur activité. Le surplus de règles envisagé dans le texte de loi de la Chancellerie (entités contrôlées, rotation des cabinets, appels d'offres, services non-audit) handicapera inévitablement les cabinets français par rapport à nos voisins européens, et éliminera des centaines de cabinets indépendants. Seuls les plus grands groupes pourront se permettre de conserver une activité d'audit. Il semblerait que les pouvoirs publics français aient déjà oublié l'origine de la crise de 2008.

Une véritable nationalisation l'audit

Sous couvert de vouloir transposer (« sur-transposer » pourrait-on dire en l'espèce !) cette réforme européenne dans le droit français, Christiane Taubira et ses services, plus royalistes que le roi, préparaient une véritable nationalisation de l'audit. Monsieur Urvoas, ne faites pas la même erreur et entendez les principaux concernés !

Depuis près de 50 ans et jusqu'à présent, la profession était représentée et organisée par la Compagnie Nationale des Commissaires aux Comptes (CNCC). Véritable vigie de l'audit, cette instance a pour mission d'inscrire, de former, de contrôler et de sanctionner les commissaires aux comptes. Ces derniers ont en effet des obligations légales d'intérêt général et ils sont les partenaires privilégiés de l'Etat pour faire respecter les lois de finances, la lutte contre le blanchiment, la simplification administrative, le droit électoral, etc... Ils prêtent serment et suivent une déontologie drastique. Leur engagement auprès des pouvoirs publics n'a jamais failli.

Une instance composée de fonctionnaires déconnectés des réalités du terrain

Pourtant, le projet de loi prévoit de retirer une grande partie des pouvoirs de la CNCC pour la transférer au Haut Conseil du Commissariat aux Comptes (H3C), instance composée de fonctionnaires déconnectés des réalités du terrain, des attentes de la profession et de leurs clients. Vidée de sa substance, la Compagnie Nationale deviendrait donc une coquille vide et le destin de cette profession libérale, serait confié à une poignée de magistrats.

Sans la moindre contrainte européenne, la France impose ce nouveau mode de gouvernance. Pourquoi remettre en cause un dispositif qui a fait ses preuves depuis près d'un demi-siècle ? La simplification à la française probablement...

Un signal de défiance

C'est un message très hostile adressé aux commissaires aux comptes et plus largement aux milieux économiques. C'est un signal de défiance, un affront à l'intégrité de la profession qui refuse cette fonctionnarisation de l'activité de l'audit en France.

La réforme européenne de l'audit comportait des avancées et des gardes fous essentiels à l'économie. Ils ont disparu dans le projet de texte que propose la chancellerie. Certaines orientations étaient tout à fait transposables et applicables directement en France, sans surinterprétation.

Il ne s'agit pas de refuser le changement par principe ou par corporatisme. Le syndicat ECF demande simplement de faire évoluer progressivement un modèle français qui a fait ses preuves plutôt que de se risquer à une révolution à l'avenir incertain.

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a écrit le 29/01/2016 à 12:49 :
Tout pour les autres ordres (avocats, huissiers, notaires, ...), il est temps de mettre fin à ces fausses garanties d'objectivité et de partialité d'instances qui dans les faits, ne sont que des syndicats corporatistes. Il parait évident qu'un juste et impartial contrôle de ces professions sensibles ne peut se faire de l'intérieur, par les professionnels eux-mêmes, juges et parties. Il est urgent de sortir de ces structures moyenâgeuses dont la seule finalité n'est que la protection d'une profession, voire d'un monopole.
a écrit le 29/01/2016 à 11:54 :
Une remarque de forme, je ne suis pas en mesure de me faire une opinion sur l'article car il manque le lien vers le projet de loi.
A croire qu'à l'heure d'internet mettre ce genre de lien n'est pas indispensable pour permettre au lecteur d'aller vérifier sur piéce les propos avancé.
Sans ce genre de transparence, ca reste de la propagande que je refuse de lire.
a écrit le 29/01/2016 à 10:24 :
Quelle malhonnêteté ... Quiconque a travaillé avec ou pour des CAC connaît leur inutilité surtout pour les "Big 4". Personnel jeune et sans expérience, équipes sous-staffé du d'un budget décidé par les clients, obligation de moyens et non de résultat, négociation des points d'audit pour garder ses mandats ... C'est une perte de temps et d'argent pour les entreprises et une hypocrisie économique.

Vous dites "Il semblerait que les pouvoirs publics français aient déjà oublié l'origine de la crise de 2008", je dis la crise de 2008 vient de ce que les gens se croient protégés par des CAC et des agences de notation qui ne font pas leur métier. Il FAUT casser le système des CAC, en France et ailleurs.
Réponse de le 29/01/2016 à 17:19 :
Vous n avez pas du tomber sur les bonnes personnes. En tant que chef d'entreprise, mon CAC n'est pas la simplement pour établir mon bilan en fin d'exercice. J'apprécie au plus au point son oeil à la fois extérieur à mon activité, mais expert sur des stratégies particulières. Il est au contraire de ce que vous dites un gain de temps pour moi et pas une perte d'argent, puisqu'il m en fait gagner... et il me coute environ 0,5% de mon CA...
a écrit le 29/01/2016 à 9:30 :
Sur le cncc, nous vous alertons sur notre rejet de votre organisation corporatiste, qui gère toute la filière au bénéfice de bien peu de professionnels comptables, surtout spécialistes en bonnes tables (vécu en tant que client de plusieurs associés de cabinets réputés).
Votre lettre sur ce point est éloquente puisqu'elle ne justifie votre posture qu'en méprisant le corps chargé de vous superviser : la justice.
Rendre des comptes, c'est moins confortable que de les auditer?
a écrit le 29/01/2016 à 8:54 :
Est ce que cet article relève d'une analyse objective ou du lobbying? Quand on sait que les commissaires au comptes sont des experts comptables et que cela se passe en famille un point de vue extérieur neutre serait peut être utile. Mais cela va toucher aux chers honoraires de ces commissaires aux comptes. Ce monsieur est tout simplement en train de défendre son bout de gras et le système: je tiens la compta tu es le commissaire aux comptes et tu tiens la compta je suis le commissaire aux comptes! Ce qui est étonnant avec les professions libérales c'est qu'elles revendiquent toujours la transparence et l'indépendance sauf pour elles mêmes; là on reste en famille et l'on se juge en famille en veillant à ce que l'extérieur ne vienne pas mettre son œil malveillant!

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