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Parce que la dissuasion nucléaire est morte, la dissuasion économique doit être radicale

Léonidas Kalogeropoulos

Publié le 22 mars 2022 à 06:04

gaz russe

Photo d'illustration

Reuters

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OPINION. Ce devait être la riposte du faible au fort. La dissuasion nucléaire devait rendre les agressions impossibles parce que la menace nucléaire se devait de rendre le coût du recours aux armes trop élevé. Le risque d'un cataclysme dévastateur devait impliquer pour tout agresseur potentiel que la raison l'emporterait sur toute visée belliqueuse ; l'attaquant potentiel se sachant menacé d'une déflagration sur son propre territoire, aucun apprenti va-t-en-guerre ne s'aventurerait à tirer le premier. Par Léonidas Kalogeropoulos, Président de Médiation & Arguments, Fondateur des...

... pour la République et Vice-président d'Ethic.

Le retour à la réalité se fait violemment sous nos yeux. Le bouclier nucléaire ne protège qu'un seul protagoniste : l'agresseur !

Loin d'empêcher l'attaque du faible par le fort, l'arme nucléaire ne dissuade que d'une chose : elle prohibe toute intervention de forces alliées pour venir en aide à la victime, dont nous sommes condamnés à assister impuissants à l'écrasement par les armes, sous peine de transformer une guerre territoriale en guerre mondiale.

Les dernières illusions de la dissuasion nucléaire, celles qui nous avaient fait ranger la conscription aux oubliettes de l'Histoire - parce que l'Histoire était supposée avoir été débarrassée du risque de guerre - se sont évaporées en quelques semaines, constatant à quel point celui qui veut obtenir la victoire par les armes à tout prix détient un avantage stratégique et militaire déterminant, sur tous ceux qui ne détiennent des armes que pour dissuader quiconque de s'en servir.

L'agresseur du Kremlin avait déjà testé le prototype de sa méthode en Syrie, puis en Crimée. Les condamnations étant restées symboliques ou à tout le moins indolores, il est sous nos yeux en train d'industrialiser une méthode désormais bien rodée, livrant une leçon de conquête militaire à tous ceux qui sur la planète sont encore tentés de s'appuyer sur la force militaire pour étendre les limites de leur Empire.

Dans ce nouveau contexte, la riposte économique mise en place depuis trois semaines se doit elle aussi de s'intensifier et de s'industrialiser à grande vitesse, pour s'ériger en nouvelle arme de dissuasion apte à faire reculer des puissances tentées d'agresser leur voisin pour les soumettre par les armes.

Les sanctions économiques décidées par l'Union Européenne et les Gouvernements des Etats membres ont été rapides et pénalisantes, tout autant que celles décidées par des entreprises qui d'elles-mêmes, ont pris l'initiative de quitter la Russie ou d'interrompre la poursuite de toute collaboration avec des entreprises russes tant que l'agression de l'Ukraine ne sera pas stoppée.

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Les oligarques ne sont pas seules victimes de ces mesures, loin s'en faut. La population russe elle-même en sera victime, tout comme les entrepreneurs russes, qui peuvent potentiellement être coupés du monde économique environnant, pénalisant leurs exportations tout comme leurs approvisionnements. Pour que le coût économique infligé à l'agresseur soit maximisé, encore faut-il que cet embargo généralisé ne soit pas contourné par d'autres puissances tentées de protéger l'agresseur ou de trouver dans ces sanctions l'opportunité de gagner de nouveaux contrats.

C'est donc doublement, par accords entre Etats à l'échelle internationale, mais aussi par voie contractuelle entre acteurs privés, avec des clauses croisées rendant ces sanctions automatiques en cas de conflits provoqués par un Etat agresseur, que la dissuasion économique peut devenir une véritable alternative à la dissuasion nucléaire dont la faille apparait désormais béante aux yeux du monde et de l'Histoire.

Outre la définition des règles imposant un tel embargo au sein de l'ONU, de telles clauses doivent pouvoir s'intégrer aux contrats commerciaux et intégrer les exigences de compliance pour encadrer la « respectabilité » des entreprises avec lesquelles il est possible de travailler, supposant que partout dans le monde, il serait possible de s'assurer que les partenaires avec lesquels on collabore s'engagent à rompre leurs relations commerciales avec toutes entités économique d'un pays qui attaque militairement son voisin. Cette promesse de déclenchement de représailles économiques « automatiques », généralisées et de très grande ampleur, est de nature à venir asseoir le principe d'une nouvelle dissuasion à faire la guerre, pour supplanter celle qui a préservé la paix en Europe durant près de soixante-quinze ans, et dont les fondements se sont évaporés en quelques semaines en Ukraine.

Pour que cette nouvelle riposte prenne la dimension d'une arme de dissuasion massive, elle doit être consacrée dès à présent dans toute sa radicalité, ce qui suppose un embargo immédiat et absolu sur le gaz russe, quel qu'en soit les conséquences pour nous, qui seront toujours plus faibles que celles qui s'abattent quotidiennement sur la population civile ukrainienne.

Mais parvenir à rendre opérationnelle cette nouvelle dissuasion économique va supposer davantage que de nouvelles règles internationales et l'extension de clauses de compliance : il va falloir parvenir à se doter d'une puissance économique qui donne au concept de « souveraineté » la plénitude de sa dimension, en termes géopolitiques et désormais aussi en termes militaires.

Léonidas Kalogeropoulos

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