« Pour aider, il faut, avant tout, des aidants ! » (par Polyhandicap France et deux autres associations)
Par l’association « Les Tout-Petits », le Groupe Polyhandicap France et l’Uniopss
Trois associations publient une tribune à l'occasion de la Journée nationale des aidants.
LTD/ Charles Platiau/REUTERS
OPINION – Par Thierry Lorin, Président de l’association « Les Tout-Petits », Marie-Christine Tezenas, Présidente du Groupe Polyhandicap France et Daniel Goldberg, Président de l’Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés sanitaires et sociaux.
Alors que ce dimanche 6 octobre est célébrée la Journée nationale des aidants, la situation est de plus en plus préoccupante. En France, 10 000 personnes en situation de polyhandicap sont actuellement dites sans « solution », c'est-à-dire sans structure d'accueil. Demain, avec le vieillissement de la population, nous serons tous potentiellement concernés.
Selon une récente enquête de l'URIOPSS* Île-de-France, 98 % des organismes du secteur des solidarités et des santés de cette région rencontrent des difficultés de recrutement. Parmi les professions les plus en tension, on peut citer les éducateurs spécialisés, les infirmiers, les aide-soignants, mais aussi les médecins ou encore les ergothérapeutes (1). Une pénurie ressentie encore plus durement dans le monde du handicap stricto-sensu, où les effectifs n'ont évolué que de 2,3 % seulement au cours des six dernières années (2) ; soit 3 fois moins que dans l'ensemble du secteur sanitaire et social.
Pour répondre au besoin d'accompagnement de ce public particulier, ce sont des dizaines de milliers de professionnels qui manquent aujourd'hui à l'appel ; sans eux, aucun accueil possible. Alors, pour combler les « trous », les établissements font ce qu'ils peuvent, en ayant recours aux CDD et à l'intérim. Une aberration, puisque les personnes accueillies, plus que les autres encore, ont besoin d'une vraie continuité dans le soin. Ceci est d'autant plus vrai pour les personnes polyhandicapées : pour prendre en charge correctement ces personnes, dans la dignité et le respect qui leurs sont dus, il faut pouvoir les suivre dans le temps, afin de connaître leurs besoins spécifiques, au risque, dans le cas contraire, de les mettre en danger.
Si la situation n'a jamais été simple, il était jusqu'alors possible d'assurer cette chaîne continue du soin et de l'accompagnement. Aujourd'hui, elle est sur le point de se briser. Quand les écoles de formation d'éducateurs spécialisés ou d'infirmiers refusaient autrefois des candidats, aujourd'hui, certaines sont contraintes de fermer leurs portes, faute d'élèves. Ces carrières, pourtant nobles et indispensables, ne font plus rêver.
Les salaires, trop peu élevés, en sont en grande partie la cause. Une fois le loyer payé, notamment en région parisienne, il ne reste plus grand-chose. Il n'est pas rare que certains accompagnants n'aient pas de quoi remplir leur frigo, voire dorment dans leur voiture. Comment leur demander, ensuite, de prendre soin des autres ?
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Au-delà de la rémunération, la dévalorisation de ces métiers est aussi à déplorer. Infirmières et infirmiers, applaudis durant la Covid-19, sont vite retombés dans l'oubli. Quant aux carrières du social ou de l'aide à la personne, elles sont très peu mises en avant dans les médias ou alors négativement. Des métiers pourtant passionnants et profondément humains, qui donnent la possibilité à ceux qui les exercent de se sentir utiles.
De la même manière qu'il existe des campagnes de communication pour recruter dans la police, l'armée ou le bâtiment, il faut aujourd'hui promouvoir et valoriser ces filières du care, notamment auprès des jeunes.
Force est de constater, aujourd'hui, le manque de volonté politique sur ces sujets. Il a fallu la mobilisation de nombreuses associations, déplorant l'absence de ministre délégué au Handicap dans le nouveau gouvernement, pour que le Premier Ministre consente à nommer Charlotte Parmentier-Lecocq à cette fonction, le 27 septembre dernier. Si l'inclusion est ainsi sur toutes les lèvres, les solutions concrètes, elles, se font attendre. Et, quand une mesure émerge, elle s'inscrit dans une logique de compensation financière, rarement sous l'angle de l'accompagnement, pourtant au cœur du problème.
Ainsi, depuis la Conférence nationale du handicap il y a un an, et ses 50 000 solutions annoncées par le Président de la République, peu de choses ont été mises en place. La société inclusive, dont tout le monde rêve, n'a que peu de réalité, restant pour l'heure à l'état de déclarations d'intention.
Or, il y a urgence. C'est aujourd'hui qu'il faut agir pour répondre aux besoins de milliers de personnes en situation de handicap et en attente de solutions. Des adultes, mais aussi des enfants qui grandissent et dont les besoins évoluent. Des familles, aussi, qui ont dû parfois renoncer à toute vie sociale et professionnelle, et ont besoin de temps de répit, pour pouvoir mieux aider ensuite. Mais aussi pour chacun d'entre nous, qui serons un jour ou l'autre, en vieillissant, confrontés nous aussi à cette problématique de la dépendance. Comment voulons-nous être traités ?
* Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés sanitaires et sociaux (1) Troisième enquête interfédérale de l'URIOPSS Île-de-France : tensions en ressources humaines dans le secteur privé non lucratif des solidarités et de la santé en Île-de-France, 2024 - Evolution des effectifs depuis 2018 : (+6,4 %). (2) Bilan de l'Emploi 2024 de l'UNIOPSS.
Par l’association « Les Tout-Petits », le Groupe Polyhandicap France et l’Uniopss