Qu'est-ce que l'argent en 2015 ?

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L'argent prend des formes beaucoup plus variée qu'on ne le pense. La vraie question est celle de sa circulation: halte à la thésaurisation! Par Michel Santi, économiste

L'argent n'est qu'un moyen de paiement. Du reste, tout médium généralement accepté en tant que paiement pour des marchandises et pour des services est, par définition, assimilable à de l'argent. Cette qualification de l'argent autorise en conséquence de constater plusieurs types d'argent en circulation et en usage dans nos sociétés et économies. En effet, les billets de banque et transactions électroniques affectant nos comptes bancaires sont loin d'être la seule forme de monnaie d'échange utilisée.
Certes, la monnaie scripturale (comptes) et fiduciaire (espèces) est incontestablement un déterminant majeur de notre identité nationale. Ainsi, il va de soi que le dollar américain, le yen japonais et même l'euro invoquent - et évoquent - chacun à sa manière un contexte politique et social très différent.

Renoncer à contrôler sa monnaie: une perte de souveraineté

De même, le contrôle de sa monnaie par une nation est-elle un des attributs fondamentaux de sa souveraineté. Le corollaire étant qu'un pays qui indexe sa monnaie nationale à une monnaie étrangère (dollarisation de certains pays en développement), ou qui délègue sa politique monétaire à une banque centrale supra nationale (comme les membres de l'euro) est un pays qui perd sa souveraineté monétaire et qui ne parvient plus à contrôler ou à réguler l'argent en circulation sur son territoire. A cet égard, un pays comme le Liban ayant indexé sa monnaie au dollar, et un pays comme la France (qui n'a aucun contrôle sur la BCE) ont perdu leur souveraineté en matière de politique économique.

Les transactions électroniques: de l'argent

Ceci étant dit, si les espèces constituent le premier medium de paiement au sein des pays en développement et des émergents, ce sont les paiements par comptes et par cartes bancaires qui prédominent de très loin au sein des sociétés économiquement développées.

Les transactions électroniques sont donc de facto devenues de l'argent! Comme ces comptes et autres cartes de paiement sont émises et contrôlées par le système bancaire, il est possible d'en déduire que ce sont les banques et que ce sont les crédits bancaires qui, au sein des économies modernes, créent désormais l'argent. Il en est autrement des pays en développement où, du fait de l'utilisation toujours massive de cash, la création monétaire du système bancaire privé a nettement moins d'importance.
Pour autant, l'usage des espèces tend également à disparaître dans certaines nations émergentes pionnières, comme au Kenya, où elles sont progressivement remplacées par les paiements via téléphone mobile et « e-credit ».

L'e-credit, une alternative à la monnaie nationale

Comme ces moyens de paiement sont échangeables à tout moment avec la devise du pays à un cours déterminé par le prestataire de services, le e-credit devient donc du coup une alternative viable à la monnaie nationale. Du coup, il est possible de conclure que plusieurs monnaies d'échange sont admises dans un pays comme le Kenya. Pour autant, ces nouveaux moyens de paiement ne sont pas les seuls à être admis dans nos sociétés car ils coexistent à côté d'autre formes d'argent qui ne sont pas directement convertibles contre la monnaie nationale.

Les "miles", de l'argent?

Ainsi, les cartes émises par certains commerces, comme les cartes émises par les compagnies aériennes offrant des « miles » à leurs utilisateurs, permettent pour les unes de faire ses achats dans les magasins concernés et pour les autres de les échanger contre des billets d'avion, voire d'acheter des biens et marchandises dans certains commerces affiliés. Si ces moyens de paiement ont un usage par définition restreint, ils peuvent néanmoins être qualifiés d'argent car ils sont aussi un medium d'échange. Il en va de même des monnaies électroniques internationales, comme le Bitcoin ou Paypal, qui disposent de leur propre réseau et qui sont désormais accessibles pour paiement sur téléphone portable.

La dette publique, pourvoyeuse de liquidités

Par ailleurs, la dette publique est une ultime forme d'argent très couramment employée parmi les intervenants des marchés financiers. La dette publique de certains Etats fiables (Etats-Unis, Allemagne, France, etc.) est en effet abondamment utilisée comme moyen de garantie et comme pourvoyeuse de liquidités dans l'ensemble du circuit tentaculaire de la finance mondiale.

En dépit de toutes ces représentations et de toutes ces formes variées, l'argent n'a pourtant aucune valeur intrinsèque. Sa seule utilité est de quantifier des denrées et des services, sinon impossibles à comparer l'un à l'autre. Voilà pourquoi l'argent est très souvent confondu avec ce qu'il nous permet de nous payer, et voilà pourquoi l'importance accordée à ce medium d'échanges n'est en réalité qu'une projection - souvent une obsession- de ce que l'on voudrait acquérir.

La fin d'une fonction originelle

L'argent a donc totalement perdu sa fonction originelle neutre et relative, car la valeur d'un bien qu'il permet d'acheter diffère considérablement d'un usager à l'autre. L'argent n'est par exemple d'aucune utilité en cas de famine si je ne parviens pas à l'échanger contre du pain. Il est vrai, à l'inverse, que les biens même les plus tangibles, comme par exemple l'immobilier, n'ont de la valeur que parce qu'il est possible de les échanger contre une forme d'argent. S'il n'est pas surprenant que l'on opère une confusion entre l'argent et ce qu'il nous permet d'acheter, il est pourtant crucial - économiquement et philosophiquement - d'opérer une distinction claire entre médium d'échanges et objet de nos désirs.

Encourager la circulation de l'argent

En effet, si l'or représente une valeur souvent refuge, il n'est en aucun cas assimilable à l'argent car il ne peut plus être échangé comme moyen de paiement depuis l'abolition de l'étalon or. Tout sujet de fixation d'angoisses primaires voire barbares qu'il fût, l'or est donc bien distinct de l'argent. Il dispose certes d'un pouvoir d'attraction pour les obsédés de l'inflation et ceux qui ont perdu confiance en une monnaie dont ils n'ont plus confiance du fait de la création monétaire intensive des banques centrales, mais l'or n'est pas de l'argent.

En définitive, l'argent doit impérativement circuler et il perd toute son utilité pour la société s'il est conservé, épargné, caché. Son usage, sa dépense et son investissement doivent être encouragés car il permettent de promouvoir la croissance, tandis que l'interruption de son utilisation paralyse la société, et rend l'argent aussi inutile que des lingots d'or. Pour autant, la prolifération actuelle des différents médiums d'échanges fausse la donne. En effet, comment prétendre définir ou contrôler l'argent, et comment l'utiliser de manière optimale pour la société, en présence de tant de nouveaux moyens de paiement? Un Bretton Woods entièrement dédié à redéfinir l'argent s'impose donc.

Michel Santi est macro économiste et spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est l'auteur de : "Splendeurs et misères du libéralisme", "Capitalism without conscience" et "L'Europe, chroniques d'un fiasco économique et politique".

Vient de publier "Misère et opulence", préface rédigée par Romaric Godin.

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Commentaires
a écrit le 14/04/2015 à 7:07 :
seul moyen de forcer la circulation de l'argent:les impots et les taxes(sinon les gens économisent sans investir)une majorité des français souhaite la fin de l'argent physique afin de mieux lutter contre les fraudes
Réponse de le 14/04/2015 à 8:06 :
"majorité des français souhaite la fin de l'argent physique" j'en doute fortement !!!!!!!!!!!!
a écrit le 14/04/2015 à 0:00 :
Le cash, c'est de la monnaie qui échappe à tous contrôles hors celui de son propriétaire. A Chypre quand les dépôts ont été bloqués puis taxés par l'Etat, seul le cash n'a pas été atteint. Cela permet aussi de payer un achat sans que le commerçant ne soit facturé d'une commission bancaire.
Le cash n'est ce pas la liberté, l'indépendance mais au prix d'un risque le vol?
Réponse de le 14/04/2015 à 12:23 :
le cash facilite le black. Beaucoup de black en France maintenant
a écrit le 13/04/2015 à 23:40 :
"Que ce sont les banques et que ce sont les crédits bancaires qui, au sein des économies modernes, créent désormais l'argent". De fait les banques créent l'argent "ex-nihilo". Par contre les intérêts qu'elles encaissent ne sont pas virtuels. Les intérêts sont le labeur de toutes les entités économiques. Lorsqu'elles prêtent aux Etats, c'est le contribuable in fine qui paie. Ce n'est heureusement pas vrai en ce moment, l'Etat emprunte à taux négatifs! Mais ce n'a pas toujours été le cas et depuis 1973, la somme des intérêts payés aux banques représente à peu près la dette actuelle de la France. Pour un pays, maîtriser sa monnaie est non seulement essentiel mais vital.
a écrit le 13/04/2015 à 23:18 :
Le petit coup de pouce du commentateur libre de toute influence. Je n'ai pas pris la peine de lire l'article, mais rassurez-moi: tout libre qu'il est (presque comme une caution en somme) il doit lui aussi conclure qu'il faut éliminer le cash, non? Au nom probablement du progrès, c'est son truc le progrès, et la remise en cause des dogmes, ça aussi il aime bien.
Et personne ne trouve cela au delà du caricatural? Trois articles le même jour dans un canard économique de référence, minant l'intérêt du cash et promouvant son retrait? Alors même que ces gros incapables de français prétendent y être attachés?
J'avoue que j'atteins mes limites de ce que je peux supporter en termes d'endoctrinement ces derniers temps. Un peu trop grotesque et détendu du genou;
a écrit le 13/04/2015 à 19:49 :
A mon tour de philosopher....L'argent c'est comme l'or, ça existe depuis toujours, ça n'a pas changé et ça ne changera jamais...C'est ce qui rend les gens égoistes, méchants, avides, cupides... Les gens croient que l'argent fait le bonheur ! mais c'est faux, le jour où ils le comprennent, ils est déjà trop tard, alors ils se suicident ou se tuent à petit feu avec l'alcool, car les gens se sont rendus seuls sans amis ni amour, ayant fait du mal toute leur vie pour de l'argent...
Réponse de le 13/04/2015 à 20:27 :
Ce n'est pas l'argent qui fait le malheur de l'homme, mais sa cupidité (oserais je dire également sa stupidité). L'argent ne fait pas le bonheur, mais y contribue. C'est comme le vin : un verre de bon vin, à partager avec mes amis, me va très bien. Un litron toute seule, adieu la philosophie et bonjour la morosité. L'argent n'a que la valeur qu'on lui accorde.
Réponse de le 13/04/2015 à 20:41 :
C' est se payer de mots, que de remplacer le fait d' être vraiment là pour les autres, par des maux qui miroitent.
Le poète l' exprime a sa manière, quand il est vraiment là :
http://www.youtube.com/watch?v=U0ghjVyaH2w&feature=youtube_gdata_player
a écrit le 13/04/2015 à 19:42 :
Qu'est-ce que l'argent en 2015 ?... des bouts de papier ... des chiffres sur un écran .... plus je ne sais pas .... une partie de monopoly mondiale, si il y ' a un gagnant la partie sera terminée !
a écrit le 13/04/2015 à 19:08 :
A mon tour d essayer : L argent c est comme l eau , tous deux doivent circuler L eau par la pluie irrigue , l argent par la redistribution en fait de même . Sans redistribution la sté devient aride et nos amis socialistes n ont plus le pouvoir d être fraternels . En ont ils eu la perception au moment de leur virage social démocrate ? Je crains fort que oui et leurs larmes d aujoud hui devant la pénurie ne sont que des simagrées de tartuffes.
a écrit le 13/04/2015 à 18:37 :
La première phrase du billet sonne comme un sujet de philo.
Cela rappelle le sujet de philo du bac littéraire de 2013 "le langage n' est il qu' un outil ? "
La réponse est non si je me souviens bien.
Vaste programme
Réponse de le 13/04/2015 à 19:23 :
http://www.franceinfo.fr/actu/education/article/bac-2013-les-corriges-de-l-epreuve-de-philosophie-filiere-par-filiere-261519
a écrit le 13/04/2015 à 17:22 :
"Ne représente qu'une nouvelle forme d'esclavage impersonnel à la place de l'ancien esclavage personnel" : Tolstoy, dans le livre du même titre. Et pour rire un peu, sur ce thème : "Mettre de l'argent de côté pour l'avoir devant soi est une façon comme une autre d'assurer ses arrières à effet de ne pas l'avoir dans le dos". Là, c'est Pierre Dac. Deux grands hommes qui nous donnent à méditer sur notre condition. Un principe à appliquer dès que possible.
a écrit le 13/04/2015 à 16:57 :
Sans confiance, point d'échange!

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