Quand prendre un congé engendre un sentiment de honte
Sarah Marrs

Photo d'illustration
iStock
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La honte relative à un arrêt maladie est un sentiment que l'on a tous déjà ressenti : on tombe malade, on se retrouve cloué au lit une semaine et, à mesure qu'on remonte la pente, on commence à éprouver une énorme culpabilité. Toutes sortes de pensées tordues peuvent alors nous traverser la tête : imaginer nos collègues persuadés que l'on fait semblant d'être malade ou que l'on n'est pas motivé par notre travail. Le pire, c'est qu'il semble impossible de se départir de ce sentiment alors même que nos responsables nous invitent fermement à nous reposer dans ce type de situation, arguant que le travail peut attendre et que les collègues sont là pour prendre le relais si nécessaire.
Pourtant, on a énormément de mal à accepter l'idée qu'il est normal de ne pas travailler quand on est malade. Et il faut souvent se faire violence pour ne pas répondre aux messages ou participer à certaines réunions. Le constat ne s'applique pas uniquement aux congés maladie, d'ailleurs. On peut observer la même chose lors de congés parentaux : de nombreuses jeunes mères se connectent un mois avant leur retour au motif qu'elles veulent prendre un peu d'avance sur la lecture de leurs e-mails professionnels. Sans parler de ceux qui s'engagent à rester joignables durant leurs vacances, poussant parfois le vice jusqu'à préciser dans leur message d'absence qu'ils « consulteront leurs e-mails tous les jours à 17 h ».
Ce genre de comportement est, hélas, monnaie courante. Nous nous sentons souvent dans l'obligation de nous donner à fond pour notre travail, quitte à dépasser les limites de la raison. Or, de ce que j'ai pu constater, le problème est rarement dû aux attentes des managers, qui au contraire encouragent expressément leurs collègues à lever le pied. Le problème est que les salariés ne veulent pas décrocher.
Entre avoir implication saine dans son travail, avec un état d'esprit positif ressenti quand on est motivé par son travail, et entrer dans une spirale conduisant à l'épuisement professionnel, soit dans un état d'esprit négatif où l'on est épuisé et lassé de tout, la frontière est mince. Alors comment se prémunir du risque de burnout ? La solution réside en une chose qui semble simple et que, pourtant, nous avons énormément de mal à faire : prendre ce que les psychologues qualifient de temps de récupération.
Le temps de récupération consiste simplement au temps consacré à toute autre chose que le travail. Ce qu'on en fait varie évidemment d'un individu à l'autre. Cependant, quatre caractéristiques types ont été mises en évidence par Sabine Sonnentag, une des plus grandes spécialistes de la question :
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Puisqu'il existe différents types de stress ressenti au travail, il y a aussi différents types de réponses au stress. Par exemple, après une journée de travail jalonnée de contretemps, un salarié aura plus besoin de détachement que s'il avait simplement eu une journée très chargée. C'est pourquoi le temps de récupération peut se décliner en un large éventail d'activités. Certaines activités combinent plusieurs de ces caractéristiques et peuvent avoir des bienfaits assez différents. On peut notamment faire du sport (contrôle, maîtrise, détachement), regarder sa série télé préférée (contrôle, détachement, relaxation), dormir (détachement, relaxation), passer du temps avec des amis (détachement, relaxation) ou encore suivre un cours, apprendre en s'amusant (contrôle, maîtrise). Prendre du temps pour mener une ou plusieurs de ces activités, c'est se donner les moyens de rester motivé et productif au travail. Cela semble aller de soi, mais les études consacrées au sujet montrent que la tâche est loin d'être aussi simple !
Dans le cas du burnout, cette réticence à faire une pause quand la situation le réclame a été qualifiée de « paradoxe de la récupération ». En d'autres termes, c'est précisément au moment où notre rythme de travail est le plus intense et où nous avons le plus besoin de lever le pied que nous nous autorisons le moins à relâcher la pression.
Voici quelques conseils pour décrocher quand on en ressent le besoin :
L'humain a ceci de curieux qu'il évite parfois de faire ce dont il a le plus besoin. Or le temps de récupération est « nécessaire pour éviter une dégradation continue du moral et de la performance », dixit Sabine Sonnentag.
Nous avons tendance à croire que nous pouvons attendre les vacances pour décrocher, mais c'est une erreur. Les bienfaits d'un temps de récupération se font sentir dès le lendemain. Des études scientifiques l'ont démontré clairement, si l'on aspire à être un meilleur salarié, collègue, ami, parent, ou tout simplement quelqu'un de bien, il faut impérativement s'accorder des temps de récupération, et le faire à intervalles réguliers. Le mieux est de s'accorder des temps de récupération plus courts, chaque soir après le travail et le week-end.
Sarah Marrs