Que font les Français de leur épargne ?

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, que font les Français de leur épargne ?

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Les Français sont des fourmis et des fourmis prudentes. Des fourmis parce qu'ils épargnent énormément : même une fois ôtée la composante immobilière de l'épargne, ils arrivent en tête de classement en Europe derrière les Allemands qui sont les plus économes avec un effort d'épargne financière représentant en moyenne près de 8% de leur revenu. Bien plus bas, les Italiens, les Espagnols et les Britanniques ferment la marche.

Les actions cotées, parents pauvres de l'épargne française

La photo de la structure du patrimoine financier de ménages donne, elle, une autre information : celle de la stratégie d'investissement. Et c'est très clair : liquidité et absence de risque de perte en capital d'abord, recherche de rendement ensuite. C'est le côté prudent de la fourmi française. C'est ce que dévoile une première distinction entre produits de taux (principalement les dépôts à vue, l'épargne réglementée, l'assurance-vie en support euros) et produits de fonds propres constitués d'actifs financiers investis dans le capital des entreprises sous formes d'actions ou autres ainsi que les assurances-vie en unité de compte. La rémunération et le capital de ces actifs dépendent, entre autres, des conditions de marché, ce qui rend le rendement de ces produits structurellement beaucoup plus aléatoire que les taux garantis, mais avec une espérance de gain supérieure. Les produits de taux, c'est plus de 65% des quelques 5.000 milliards d'euros constituant le patrimoine financier des Français, les produits de fonds propres un peu moins d'un tiers.

En descendant plus finement, par grandes lignes de produits, l'assurance-vie en supports euros arrive en tête avec 31% des encours. Cette prédilection est une spécificité française au regard des autres pays européens et s'explique en partie par une fiscalité avantageuse notamment en cas de succession. 20% du patrimoine financier est ensuite placé dans des dépôts bancaires rémunérés essentiellement les produits d'épargne réglementée (type Livret A, Plans d'épargne logement, etc.). Plus surprenant, en 3e position, l'ensemble composé des actions non-cotées et autres participations, mais cette masse correspond essentiellement à la valorisation des entreprises détenues par leurs dirigeants et/ou leurs salariés, ce qui ne correspond pas véritablement à un placement comme on l'entend dans la mesure où l'ouverture du capital de ces entreprises aux investisseurs extérieurs est très limitée. Viennent ensuite les comptes courants et les placements en numéraires pour 11,2%, l'assurance-vie en unité de compte 7% et enfin les actions cotées, parents pauvres de l'épargne française pèse moins de 5%.

Des Français de plus en plus prudents

L'effort d'épargne, on le sait, est très concentré sur les plus hauts revenus. C'est pourquoi il faut compléter la photo des encours par celle du taux de détention pour mesurer quels sont les supports les plus populaires et les plus diffusés au sein de la population. Au-delà des comptes courants, ce sont les livrets d'épargne qui sont les plus fréquemment détenus : 83,4% des ménages en possèdent au moins avec l'incontournable Livret A. La France comptait au 31 décembre 2018, 66,990 millions d'habitants et 55 millions de livret A dont 60% ont moins de 1 500 euros en dépôt. Après les livrets d'épargne, l'assurance-vie est le placement privilégié : près de 39% des ménages en possèdent au moins une. L'attrait du PEL et du CEL au sein des placements financiers demeurent important et environ un ménage sur trois détient un produit d'épargne logement. Enfin, à peine plus de 15% disposent de valeurs mobilières.

Cette idée de prudence se renforce donc et les toutes dernières évolutions font dans l'accentuation de ce trait avec des flux en accélération du côté des produits de taux et qui décélèrent du côté des produits de fond-propres, alors même que la rémunération de l'épargne réglementée est devenue ridicule et même négative compte tenu de l'inflation. Et les rendements ne risquent pas de s'améliorer tout de suite, la BCE ayant annoncé qu'elle ne toucherait pas à ses taux dans un futur proche. Mais rien n'y fait, les épargnants français ont fait leur devise la morale du Petit poisson et du pécheur de Jean de la Fontaine :

"Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras, l'un est sûr, l'autre ne l'est pas."

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Commentaires
a écrit le 31/07/2019 à 12:29 :
Ils investissent dans bitcoin
a écrit le 31/07/2019 à 10:22 :
La désindustrialisation française ne risque pas de booster la prise de risque en action!
L'insécurité permanente du "sans frontière" engendre la méfiance et donc une épargne tampon!
a écrit le 31/07/2019 à 9:51 :
Les Français sont victimes de la politique de la BCE à plusieurs titres. 1) Les taux bas favorisent la politique laxiste du gouvernement peu enclin à diminuer les dépenses de l'état, notamment les 100 milliards de subventions dont bénéficient les entreprises, c'est à dire, leurs actionnaires. Les Français financent aussi les cadeaux fiscaux faits aux actionnaires, abattement de 40% plus remboursement de 6,8% de la CSG sur les dividendes. 2) La rémunération de l'épargne, inférieur au taux d'inflation, est en réalité négative. 3) La gestion des assurances vie est réglementée. Les gestionnaires sont contraints d'acheter massivement des obligations souveraines à taux négatif, ce qui est préjudiciable aux détenteurs. Les principaux bénéficiaires de la politique de taux bas imposée par la BCE dont les membres, non élus, désignés par les chefs d'état, font logiquement partie de l'oligarchie, sont les riches actionnaires des multinationales à la fois par l'écart entre les taux et les retours sur investissement, et par la hausse artificielle des valeurs des actions. Pour résumé, la politique de la BCE appauvrit 99% des citoyens et en enrichit 1%.
Réponse de le 31/07/2019 à 16:15 :
La politique de la BCE appauvrit ceux qui ont de l'Epargne et enrichit ceux qui empruntent.
Réponse de le 17/08/2019 à 22:50 :
Ne tournons pas autour du pot , cette politique date de 2000 et combinée à la loi SRU et aux marketplace de location a contribué à une spéculation immobilière sans précédent ... qui affecte le français moyen qui veut se loger particulièrement en IDF ... Je ne parle même pas de Paris où le coût de la vie est sans rapport avec la qualité de vie proposé et d'ailleurs, les petits cadres n'en peuvent plus et n'aspirent qu'à vivre en province ...
a écrit le 30/07/2019 à 19:26 :
Leur épargne ? ? Faut il encore en avoir ...alors que les taxes sont partout ! Et nous étouffent...
a écrit le 30/07/2019 à 17:59 :
L'épargne française dirigée vers l'immobilier est plus une épargne de spéculation immobilière, à savoir engranger l'espoir de revendre à un niveau élevé quitte à percevoir en attendant des loyers couvrant tout juste les frais de gestion.
Le prix de l'immobilier grimpe toujours, fruit des coût de construction et d'entretien toujours à la hausse et d'une réglementation normative à l'appui inflationniste.
Les Français ont très peu de goût pour leur économie et leurs entreprises et connaissent mal le règles économiques.
Trop risqué et puis on enrichit les" patrons", on n'aime pas cela en France.
Résultat , un pays en désindustrialisation, à la traîne dans l'innovation.
Les produits institutionnels d'épargne sont obsolètes, peu clairs, se ressemblant tous, PEA, assurance-vie...
A quand un investissement économique clair en entreprise, seul le crowdfunding, crowlending actuellement le permet mais il faut convenir que le risques est assez élevé, même si l'Etat permet une déduction fiscale limitée des pertes et les taux pas toujours très intéressant pour les entreprises.
Cependant, ces plateformes ont pour un temps peut-être pris le relais de prêts bancaires directs en mettant à disposition des fonds dans des délais rapides.
a écrit le 30/07/2019 à 17:26 :
Je rêve. Incroyable de se poser la question pourquoi les français épargnent ? la dépendance est à quelle prix ? Qui payent la note si ce n'est la famille ? La dernière crise que nos économistes qui blabatère n'ont pas vu venir ou n'ont rien dit. L'emploie n'est plus garantie, les automobiles coûtent très chères et les réparations bien plus, les prix de l'alimentation ne sont plus suivi et la malbouffe est bien présente , les assurances grimpent, et cette liste n'est pas exhaustive, la vie de nos politiques et chaque jour pleine de surprises et vous vous posez la question pourquoi les français épargnent ?
a écrit le 30/07/2019 à 16:37 :
Nos parents et grands parents avaient la ressource de placer en Suisse, ce qui vaut des difficultés à leurs héritiers. Il faut dire que la gestion malhonnête et sotte de nos gouvernants ne soulève pas l'enthousiasme. Vivement un nouveau SULLY! Y a-t-il toujours autant d'exilés fiscaux? Monsieur Bernard ARNAULT a-t-il trouvé une solution pour supporter son emprisonnement forcé en France? En tout cas, chacun devrait ouvrir un compte titres (hors PEA) et boursicoter; cela n'est pas si compliqué (hors la fiscalité de nos génies de Bercy) et procure d'agréables surprise, à condition d'évaluer son portefeuille tous les jours et de n'écouter que son bon sens.
Réponse de le 30/07/2019 à 17:23 :
"Nos parents et grands parents avaient la ressource de placer en Suisse"

Tes parents et grands parents.

" et boursicoter; cela n'est pas si compliqué (hors la fiscalité de nos génies de Bercy) et procure d'agréables surprise"

Par contre, pour les salaries c'est généralement une mauvaise.
Réponse de le 30/07/2019 à 20:33 :
@la chose: Pourquoi Mes? Mon grand père paternel a terminé sous officier dans les années 30 et mon grand père maternel maréchal ferrant est mort en 1939 renversé par un cheval emballé qu'il tentait d'arrêter; aucun n'a -hélas! - laissé d'héritage en Suisse; je trouve déplorable de jeter l'opprobre sur un pays où bon nombre de français trouve refuge pour cause de stupidité de nos dirigeants à la moralité douteuse.
Je vous rejoins pour les salariés dont on prône l'actionnariat dans leur entreprise à coup d'abondement et je trouve regrettable qu'ils y soient par leurs représentants syndicaux.
a écrit le 30/07/2019 à 10:51 :
On voit que les allemands épargnent plus que les français, et pourtant leur économie est plus performante. Les entreprises allemandes investissent en Allemagne, alors que les entreprises française investissent à l'étrangers quand elles le peuvent, sinon elles sont vampirisées par les taxes.
Réponse de le 30/07/2019 à 11:58 :
L'épargne Allemande va vers l'industrie Allemande alors que l'épargne des Français va vers le livret A , laissant la possession de l'industrie Française aux mains étrangères.
a écrit le 30/07/2019 à 9:40 :
J'ai eu un PEA pendant 9 ans, perte de 18%, à moins d'avoir 50 produits pour "moyenner" les hausses/baisses, c'est aussi "technique" que d'avoir des actions directement, si on n'y connait rien, comment gérer ces trucs ? J'ai fini par mettre mon Assurance Vie en mandat de gestion, 30% de "risqué", sinon les choix personnels se font au hasard (avec tout "garanti" y a moins de "soucis" avec un rendement devenu faible, 0 choix à part l'assureur).
Sais pas pourquoi ma banque en ligne m'a envoyé hier un mail hier disant qu'en application de la réglementation, je ne peux plus retirer de l'argent du Livret A, pourquoi (en attente d'une réponse) ?? L'Etat va les mettre à -1% mais veut empêcher la panique générale en vidant tout ? Suis pas encore mort, là je comprendrais. :-) Rien ne change au mois d'août (préparé discrètement au Ministère) ?
Réponse de le 30/07/2019 à 13:36 :
En fait c'était mal formulé (ou avais mal compris). Tout livret ne peut être débité que sur le compte de la banque qui le détient(gère), pas de transfert du Livret vers un compte extérieur même à notre nom (il faut alors procéder en deux étapes).
Réponse de le 30/07/2019 à 14:59 :
Faites comme moi téléphonez leur. ils vous donneront toutes les explications. Ne vous inquiétez pas vous pourrez toujours disposer de votre livret A.

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