Réduire sa consommation de viande : un pilier d'une alimentation plus responsable

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5.400 repas sans viande économisent ensemble une émission de CO2 équivalente à 20 vols Paris-New York.
5.400 repas sans viande économisent ensemble une émission de CO2 équivalente à 20 vols Paris-New York. (Crédits : Reuters)
A un moment où les enjeux écologiques sont plus que jamais d'actualité, de nombreux citoyens se demandent comment se mobiliser à leur échelle. Une réponse simple et applicable au quotidien est d'adopter une alimentation plus responsable. Mais comment déclencher un changement d'habitude ? Par Salomé Tenenbaum, co-fondatrice de la startup Vegg’up (*).

Une des façons de réduire rapidement son impact environnemental est d'adopter une alimentation moins riche en protéines animales, et notamment une alimentation moins carnée. En effet, l'élevage est responsable d'une énorme part des émissions de gaz à effet de serre dans le monde : en 2013, la FAO affirme que 14,5% des émissions sont induites par ce secteur, soit plus que le secteur du transport. L'élevage est également extrêmement consommateur de ressources : par exemple, il faut jusqu'à 15.000 fois plus d'eau pour produire un kilo de bœuf qu'un kilo de blé (en consommation directe et indirecte).

Sans parler d'une alimentation totalement végétarienne ou vegan, réduire sa consommation de viande est donc une façon de faire un geste pour la planète, et de participer à une réduction globale de la demande, et donc de l'offre.

Plus qu'une mode : une tendance de fond

Lorsqu'on parle d'alimentation vegan, beaucoup l'associent à la tendance « healthy » venue tout droit des Etats-Unis, et à une mode plus qu'à un phénomène de société. Pourtant, après avoir été un signe de richesse pendant les 30 glorieuses, la consommation de viande par habitant en France a tendance à diminuer structurellement, selon une étude Xerfi publiée en avril 2017. On estime en effet que 25 à 30% de la population est flexitarienne : ce néologisme désigne les consommateurs qui réduisent durablement leur consommation de viande, pour n'en manger qu'une à deux fois par semaine, en adoptant des repas végétariens ou vegan plus régulièrement.

Loin d'être une niche, l'alimentation végétale se généralise en France, pour des raisons à la fois éthiques (bien-être animal, écologie), de santé, et économiques (la viande est un aliment qui coûte cher).

En France, l'approche flexitarienne semble être plus acceptée que le régime vegan, considéré de fait comme militant voire extrémiste. On constate que ce phénomène ne se reproduit pas dans d'autres pays comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni ou l'Allemagne. Dans ces pays, le régime vegan est devenu presque banal et répandu. En 2017, 6% de la population américaine se proclamait vegan, contre seulement environ 1% en France. Dans le monde, les recherches Google sur le mot « vegan » ont triplé entre 2012 et 2017.

La France est en retard

Comme sur de nombreux phénomènes de société, la France est en retard par rapport à d'autres pays développés, car plus conservatrice. Les récentes actions dénonçant les violences dans les abattoirs, ou la destruction de boucheries, ont un résultat ambigu : si elles ont le mérite de sensibiliser, elles sont également très radicales et clivantes. Couplée à ces actions coup de poing qui sensibilisent de manière parfois violente, une approche bienveillante et positive est souhaitable pour provoquer le changement.

Une telle approche peut aider chacun à faire un pas à sa mesure vers l'alimentation végétale. Car en France, où les plats gastronomiques contiennent très souvent de la viande, devenir végétarien, voire vegan, peut paraître tout simplement inatteignable pour une grande partie de la population. Une approche plus ludique et positive est à favoriser, pour qu'une réduction de la consommation de viande soit vue non pas comme un renoncement, mais plutôt comme une amélioration de notre quotidien.

Le ressort individuel

En passant de 7 repas par semaine contenant de la viande à 4, un consommateur a en réalité un impact énorme sur la planète. Mais pour que ce changement doit durable, il doit apporter un bénéfice pour l'individu lui même, et pas seulement pour une cause plus grande que lui. Adopter une alimentation plus respectueuse de l'environnement peut être un moteur, mais on peut aussi se dire que ce n'est pas une seule personne qui fera la différence. D'une façon générale, les comportements plus responsables sont adoptés de façon durable lorsqu'ils ont un impact plus direct sur la vie d'un consommateur : économie d'argent, meilleure santé, ...

Mettre en avant la gourmandise des plats végétariens ou vegan, la richesse des aliments que l'on peut découvrir, et leurs bienfaits sur la santé, sont autant d'éléments positifs qui permettent de faire perdurer le changement et d'avoir un impact à une plus grande échelle. La gourmandise et le bien-être sont des moteurs plus terre à terre, mais surtout plus concrets. Pourtant, l'impact est bien collectif : 5.400 repas sans viande économisent ainsi ensemble une émission de CO2 équivalente à 20 vols Paris-New York. Il est aujourd'hui indéniable que l'alimentation végétale a un impact positif sur notre planète.

Chacun peut donc, à son échelle, contribuer rapidement à construire un mode d'alimentation plus durable, en changeant pas à pas ses habitudes alimentaires.

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 (*) Vegg'up développe une application mobile pour aider les consommateurs à réduire leur consommation de viande en adoptant une alimentation gourmande et équilibrée.

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Commentaires
a écrit le 02/10/2018 à 9:22 :
Manger moins et mieux, consommer moins et mieux de façon générale est intelligent pour soi et ses proches. On gagnerait du temps à expliquer ce principe de base.

Mettre en avant le respect de la planète que nos propriétaires d'outils de production et de capitaux massacrent et que nos politiciens laissent massacrer n'est pas raisonnable, en tout cas difficilement audible.
Réponse de le 02/10/2018 à 9:45 :
Je suis bien de votre avis. Manger moins de viande est bon pour le cœur. Pour la vie sur la planète, que le 1 % qui vit en France réduise ou non sa consommation de viande, cela est parfaitement négligeable par rapport à ce que font les milliards d'humains rêvant de devenir des Américains obèses et automobilistes.

C'est insupportable d'entendre quelqu'un comme Hulot, qui possède plusieurs voitures et maisons (dont une villa dans une zone en principe protégée), qui utilise hélicoptères, avions et bateaux motorisés et s'est enrichi en vendant des shampoings chimiques faire la leçon d'écologie aux sans-dent. Mais il est populaire, il aurait tort de se gêner.
a écrit le 02/10/2018 à 6:05 :
Salomé, elle a un pote qui bosse à La Tribune ?
a écrit le 01/10/2018 à 20:05 :
A une époque, quand il n'y avait que des boucheries, pas de grandes surfaces, la viande était chère, tous les morceaux utilisés avec des recettes adaptées (pot au feu, etc). En voir le prix baisser en a incité certains à en manger à tous les repas. Mais la médecine semble dire que trop de consommation peut causer des ennuis (risque de cancer digestif accru).
On revient finalement au "manger un peu de tout".
Les végans fondamentalistes devraient s'adresser aux éleveurs pas aux bouchers ou abattoirs, ne plus élever fera disparaitre la filière, sous réserve de trouver une alternative (cultiver des céréales à la place de l'élevage ?), et ne plus penser voir d'animaux dans les champs, campagnes, sauf en plastique(ou ciment), pour décorer.

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