Retrouver notre souveraineté industrielle

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Laurence Daziano
Laurence Daziano (Crédits : DR)
OPINION. En France, le déconfinement pourrait entraîner une explosion du chômage et des faillites des PME. Pour l'éviter, le gouvernement doit mettre en place des mesures favorables au redémarrage rapide de l'activité de nos entreprises pour permettre à notre économie de repartir avec force. Par Laurence Daziano, maître de conférences en économie à Sciences Po, membre du Conseil scientifique de la Fondation pour l'innovation politique

La crise sanitaire a entrainé une crise économique majeure dans le monde, jamais vue depuis un siècle et la Grande Dépression des années 1930. Le nombre de chômeurs aux États-Unis a augmenté de 30 millions de personnes, passant d'un taux historiquement bas de 3,5% avant la crise à 15% en avril 2020. Les dernières prévisions du FMI font état d'une récession mondiale de -3% en 2020.

Coordination sanitaire faible entre États européens

Les réponses apportées par les banques centrales ont été adaptées à la situation en mettant en place un rachat massif de crédit et en maintenant les taux d'intérêt historiquement bas. En revanche, les mesures prises par les États ont été insuffisamment coordonnées, que ce soit sur le plan sanitaire ou économique. C'est notamment le cas en Europe où, malgré l'accord à l'Eurogroupe sur un plan de soutien de 500 milliards d'euros à l'économie, la coordination sanitaire est faible, et les visions économiques sur la relance de l'activité demeurent éloignées entre le Nord et le Sud. Avec un confinement strict, l'économie française peine à redémarrer alors que les économies allemande, autrichienne, danoise, ou même espagnole sont en train de repartir. 

Le Président de la République, lors de son allocution du 13 avril dernier, a annoncé la fin du confinement le 11 mai prochain. Les plans de soutien par filière pour la reprise de l'industrie des services sont en discussion. Les mesures du gouvernement ne peuvent en effet se limiter à financer le chômage partiel et le soutien aux entreprises stratégiques pour éviter les faillites. Ces mesures sont nécessaires, mais insuffisantes. Après le déconfinement, le chômage partiel ne sera plus en vigueur. Pour autant, les industriels et les commerçants ne verront pas la reprise de leur activités. Il est à craindre une explosion sans précédent du chômage et des faillites des PME.

Réunir les conditions logistiques et techniques

Il est donc urgent de réunir les conditions logistiques et techniques permettant une reprise de l'activité économique et industrielle au plus vite. C'est un préalable à la reprise du secteur industriel - chantiers du BTP, transports publics, secteurs de l'énergie, de l'environnement, de l'aéronautique et de l'automobile - que de commencer à rouvrir les usines pour relancer la production. La réouverture du secteur industriel est indispensable pour soutenir le tissu des sous-traitants et entraîner la relance des services. Il faut donc établir un Plan de reprise industriel qui soit négocié avec France Industrie et les fédérations professionnelles pour une réouverture immédiate des industries. L'armée pourrait être mobilisée pour fournir la logistique permettant d'approvisionner les industries en masques, gels, gants et plexiglas permettant le redémarrage.

Trois conditions de succès

Dans un second temps, le Gouvernement doit s'attacher à définir un Plan de relance industriel qui doit réunir trois conditions de succès. D'abord, il faut des mesures économiques et financières avec un effet immédiat, ce qui suppose de privilégier les baisses effectives d'impôts. On pourrait même imaginer, au plan européen, un accord entre les Etats de la zone euro et la BCE pour fournir des capitaux directement aux entreprises, ce qui leur permettrait d'endiguer le choc récessif, puis de relancer l'économie, sans que cela pèse directement sur les finances publiques nationales. Ensuite, le plan de relance doit s'efforcer de promouvoir une économie décarbonée afin d'investir dans les secteurs d'avenir, y compris l'énergie nucléaire. Enfin, il faut obtenir, dans le temps, une relocalisation, partielle ou totale, de certaines industries stratégiques, à l'instar de la pharmacie ou du numérique. 

Il ne faut plus tergiverser, il faut permettre à notre économie de repartir avec force. Le déconfinement doit être saisi comme une opportunité pour retrouver notre souveraineté industrielle.

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Commentaires
a écrit le 06/05/2020 à 9:09 :
Être souverain c'est être autonome dans les mauvaises périodes et non pas rendre les autres dépendant de soi!
a écrit le 06/05/2020 à 8:31 :
Alors on va expliquer pourquoi, à part des lieux communs, l'analyse et les suggestions de ce texte sont inadéquats : " réunir les conditions logistiques et techniques " puis " L'armée pourrait être mobilisée pour fournir la logistique ...." .

Le problème des industriels/BTP n'est pas la logistique, ni les achats sécurisés, ni le transport d’Asie, ni la distribution sur le territoire national, ni la sécurisation du stock de matériel de protection....Tout cela, le "Privé" sait très bien le faire, et à moindre cout que l'Armée ...
Le problème est l'approvisionnement à la source, la disponibilité sortie d'usine, et ça je ne vois pas ce que l'Armée peut apporter aux entreprises privées !
L'armée ne dispose, ni de centrales d'achat en Asie, ni d'acheteurs sachant acheter sans marchés publics, ni d'une flotte d'avions capables de faire un pont aérien avec l'Asie, ni expérience d'une supply chain efficace et à faible marge....
Ça me fait penser à Ségolène demandant que l'armée s'occupe de l'éducation des jeunes de banlieue : n'importe nawak, c'est pas son rôle !

N'importe quel M2 Achat/Supply Chain pourrait le dire et on aimerait avoir plus de chroniques et de tribunes écrites par des Ingénieurs ou de Prof de SupdeCo qui sont pas coupés de la réalité !
a écrit le 05/05/2020 à 21:29 :
Dernière petite précision : ce n'est pas "le déconfinement qui pourrait entrainer une explosion du chômage et des faillites des pme", c'est le confinement décrété par un gouvernement qui n'a géré que la pénurie.
Mais je comprends ce que l'auteure a voulu dire 😉
a écrit le 05/05/2020 à 18:29 :
Être souverain c'est être autonome dans les mauvaises périodes et non pas rendre les autres dépendant de soi!
a écrit le 05/05/2020 à 17:21 :
Écrire que la France doit retrouver sa souveraineté industrielle, alors que ce sont les ENA/Sciences Po qui ont liquidé le pays depuis des décennies, relève a minima d'un manque d'intelligence (j'ai pas dit d'instructions), a maxima d'un cynisme au-delà de toutes limites et d'une absence d'empathie qui relève de la pathologie.
a écrit le 05/05/2020 à 17:20 :
Bien dit Madame, en attendant GElectric continue et accélère le démantèlement de l'usine de Belfort et transférée les activités en Hongrie et Arabie Saoudite. Pourquoi vers ces 2 pays ? pour satisfaire sans doute à des obligations d'offset pour des achats armement au profit des industriels US et au détriment des industriels français. Elle est pas belle la vie ? Et pan sur le bec c'est pour quand ?
Réponse de le 06/05/2020 à 9:30 :
C'est vilain de dire cela. monsieur le président n'a surrement pas aurtorisé le rachat dans ce but nul doute qu'il va leur décrocher son plus beau sourrire en leur demandant de renoncer.

NB: Je blague bien évidement il va se contenter d'espliquer aux salariés de Belfort comment on traverse la rue pour devennir serveur dans un restaurant. C'est l'avenir après avoir produit des turbines à la pointe de la technologie.

Et puis les gars qui avant pouvaient de temps en temps ce faire un petit restau grâce á un savoir faire d'élite là ils pourront vendre leur force de travail pour rien et sans savoir faire. C'est beau le progrès.
a écrit le 05/05/2020 à 17:06 :
On voit l’esquisse d’une définition de priorités telles que le médical et le numérique. Pourquoi ces secteurs plutôt que d’autres? C’est au doigt mouillé? Sur la base d’impressions? Pourquoi pas des télécoms, des panneaux solaires, du militaire ou de l’agroalimentaire? Pour moi, la logique devrait être assez simple: on va perdre un fort excédent commercial sur l’Aeronautique, alors qu’on est déjà déficitaire. On rapatrie et on protège par des taxes ou par une monnaie plus faible jusqu’à l’équilibre de la balance commercial française. L’Europe est excédentaire en tant que zone au détriment de la France. Et bien... Si un ensemble ne nous sert pas (et c’est le cas) on l’améliore avec effet immédiat (2 ans Max) ou on en sort et on s’occupe de nous! Ça nous coûte un pognon de dingue!
a écrit le 05/05/2020 à 15:54 :
La désindustrialisation de la France étant due en grande partie à l'UE comment la réindustrialisation pourra-t-elle se faire dans un cadre européen avec la sacro sainte et hypocrite règle de la concurrence libre et non faussée? La France a ses qualités et ses défauts et elle a toujours eu besoin d'une forte impulsion de l'Etat! Donc on en déduit quoi?
Réponse de le 05/05/2020 à 17:11 :
Qu'il faut sortir de l'UE, et vite ! Le problème est que nos politiques de tous bords ont volontairement renoncé à notre souveraineté politique, monétaire et budgétaire.
a écrit le 05/05/2020 à 13:56 :
La Tribune, vous pouvez pas publier plus de chroniques et de tribunes de Gadzarts, ESTACA ou d'Ingé prod parce que publier des profs de Science Po, qui est quand même un temple de l'économie théorique et idéologique ....Ça commence à suffire !

Quand je lis " L'armée pourrait être mobilisée pour fournir la logistique permettant d'approvisionner les industries en masques, gels, gants et plexiglas permettant le redémarrage...." ça ne peut venir que d'un Prof, déconnecté de la réalité et plongé dans ses bouquins.
Réponse de le 05/05/2020 à 17:15 :
Les Sciences Po sont les plus fervents et fidèles soutiens de Macron. C'est article n'a aucun intérêt, sauf à le considérer pour ce qu'il est : un bel exercice de propagande, qui aurait bien plu à Joseph G, notre maître a tous.
a écrit le 05/05/2020 à 12:56 :
« Gagner du temps « pour bien charger les munitions et entourlouper une xxxx fois les populations...
Nous connaissons la chansonnette maintenant...
a écrit le 05/05/2020 à 10:30 :
Supprimer toutes les taxes sur les entreprises et corréler de véritables impôts, protégés de l'évasion fiscale, sur les propriétaires de ces entreprises serait une sacrée avancée, un véritable bond en avant et on serait surpris de ce fait du nombre limité d'investisseurs motivés par cette idée car pensant d'abord à créer plutôt que posséder, on orienterait ainsi les riches les plus visionnaires dans notre pays, ceux qui veulent laisser une empreinte dans l'histoire, ceux qui utilisent leur fortune pour avancer, laissant de côté ceux qui veulent seulement en avoir toujours plus toujours plus vite à savoir ceux qui sont définitivement vides, dont la cupidité ne fait qu'anéantir les pays et leurs citoyens.

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