Transport logistique  : comment la Covid-19 a changé la donne

OPINION. Alors que le secteur souffrait plutôt d'un excès d'offre ces dernières années, la crise sanitaire a tout bouleversé. Désorganisé par une demande jamais vue, confronté à une pénurie de chauffeurs inédite, le transport logistique traverse non sans mal cette période incertaine. Mais c'est peut-être pour le mieux. Par Jean-Marie Mascarenhas, PDG d'Interlog Group.

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(Crédits : POOL)

Dans une économie mondiale bouleversée par la crise sanitaire, le secteur du transport et de la logistique, qui s'est avéré vital lorsqu'il a fallu maintenir à flot la chaîne d'approvisionnement et permettre aux vaccins et matériels médicaux d'arriver à bon port, a été durement touché. Et alors qu'il a continué de fonctionner et fait face malgré les difficultés, il s'est progressivement désorganisé sous le double effet d'une demande toujours plus importante et d'une pénurie de produits généralisée.

Les clients ne sont plus livrés à l'heure, mais sont contraints de s'en accommoder du fait d'un marché en flux tendu qui peine à se sortir de cette situation. Des solutions de secours sont trouvées dans l'urgence et des camions reviennent à vide, alimentant la pénurie et ce cercle vicieux. Au lieu de transporter 33 palettes de marchandises, une semi-remorque fait ainsi le trajet avec la moitié ou le tiers de son chargement habituel, les clients pressés payant l'espace vide puisqu'il faut bien que l'approvisionnement se fasse.

Déficit de camions et chauffeurs

Si la crise sanitaire a donc démontré l'importance du secteur logistique et sa fonction capitale au cœur de l'économie, elle met aussi désormais ses failles en lumière. Les camions manquent, et les chauffeurs avec eux (40 à 50 000 chauffeurs de plus seraient nécessaires en France selon la Fédération Nationale des Transports Routiers). Alors même que la demande de transport est plus forte qu'avant la crise, le secteur ne peut pas suivre. Les scènes de panique vues récemment en Grande-Bretagne dans les stations-service en sont sans doute l'exemple le plus frappant. Ce n'est pas le carburant qui manquait, mais bien les chauffeurs routiers, et l'on a ainsi assisté à des perturbations massives des chaînes d'approvisionnement, conséquences combinées du Brexit et de la pandémie de Covid-19.

Pourtant, le transport souffre plutôt depuis quarante ans d'un excès d'offre qui pénalisait jusqu'à présent les plus petites entreprises, incapables de s'en sortir face à la concurrence des plus gros. Mais la donne a changé. Les lois européennes sont aujourd'hui plus protectionnistes pour les Etats membres les plus riches, interdisant le cabotage et limitant donc de fait le nombre de chauffeurs étrangers, venus de l'Est notamment, sur leurs territoires, malgré un besoin toujours plus grand. Il est en effet devenu très compliqué de recruter de jeunes chauffeurs routiers. L'envie de travailler dans ce secteur est moindre et pour cause : comment rendre attractif un métier peu valorisé et dont les conditions de travail sont des plus difficiles (amplitudes horaires importantes, nombreux découchages) ?

Le déficit de transport logistique devrait durer plusieurs années encore. Conséquence de cette pression sur les chaînes d'approvisionnement et de cette pénurie de chauffeurs, les prix du transport routier vont augmenter, comme c'est déjà le cas dans les frets maritime et aérien où les tarifs du transport de conteneurs ont littéralement flambé dernièrement. Mais cette crise aura peut-être le mérite de recentrer l'attention sur la vraie valeur de ceux qui travaillent et produisent des richesses réelles au quotidien. Car si les prix du transport augmentent de la sorte, c'est aussi parce les salaires des chauffeurs vont augmenter en parallèle et que leurs conditions de travail vont s'améliorer, effet logique du déséquilibre entre l'offre et la demande. Une lueur d'optimisme dans cette crise dont on peine encore à bien cerner l'issue.

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Commentaires 2
à écrit le 03/12/2021 à 9:42
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Il y a moins de camionnettes et camions polonais c'est un fait, Pologne qui fait office de marchand de salariés de l'Est à très bas coût mais il y en a toujours. Merci en tout cas de m'apporter un élément de réponse en ce qui concerne ce trafic de ca...

le 05/12/2021 à 21:49
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Non , citoyen blasé , il n'y a pas eu d'explosion du trafic poids-lourd , allez le vérifier sur le site du ministère de la transition écologique et des transports. Et le nombre de camions roulant réellement à 44 tonnes n'est pas si élevé que ça , pro...

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