Un Plan B pour la Grèce

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(Crédits : DR)
Comment aider des Grecs sortant de la zone euro? Il faudra notamment restructurer la dette et trouver de l'argent nouveau pour que le pays puisse sortir par le haut. Un plan d'investissement de 30 à 40 milliards d'euros pourrait être nécessaire. Par Stéphane Cossé, ancien senior economist au FMI, membre du comité d'orientation du think tank Europa Nova

 Jean-Claude Juncker a déclaré préparer naturellement un Plan B pour la Grèce, tenu à ce stade -c'est la moindre des choses- confidentiel. C'est évidemment une bonne nouvelle de savoir que l'Europe se prépare à tous les scénarii. Au cas où la Commission Européenne aurait encore quelques hésitations, voici quelques pistes de travail :

Politiquement, il faut dédramatiser la sortie de la zone euro, qui doit être affichée comme la résultante d'un calcul économique et en aucun cas un signal politique. La Grèce est rentrée mal préparée dans la zone euro. Chacun a sa part de responsabilités. A torts partagés, coûts passés et à venir partagés. Mais la Grèce est plus que jamais ancrée dans l'Union Européenne, qui doit lui venir en aide et lui proposer une sortie convaincante par le haut. Laquelle ?

Maintenir les flux économiques

A court terme, prendre les mesures qui s'imposent dans l'urgence : contrôle et limitation des sorties de capitaux avant la réouverture des banques et la fin de la mise sous perfusion de la BCE et contrôle des prix pour les biens les plus essentiels. En pleine saison touristique, il est important que les flux économiques puissent être maintenus.

Une restructuration de la dette

Ensuite, il faut assurer l'urgence budgétaire. Pour cela, la restructuration de la dette avec un moratoire, constitue de facto une aide budgétaire puisque c'est autant de ressources qui peuvent rester en Grèce (qui plus est en monnaie locale puisque le coût des remboursements en euro va fortement augmenter). Il appartiendra au Club de Paris d'en dessiner les contours. En outre, un don européen de solidarité peut aussi être envisagé pour couvrir un minimum social (ce que certains appellent l'aide humanitaire).

Aucun créancier privé n'étant prêt à prêter des ressources, il y a fort à parier que le gouvernement grec ira voir la Russie et la Chine, voire le Vénézuela en dernière instance, pour trouver de l'argent frais. Reste à savoir si la Chine sera prête, par exemple, à aider la Grèce. D'abord, elle n'est pas sûre de retrouver ses fonds. Ensuite, elle peut aliéner son image auprès des créanciers européens, à un moment où elle-même cherche à créer un Fonds Monétaire Asiatique à l'instar du Mécanisme Européen de Solidarité.

Maintenir l'assistance technique du FMI

A court et moyen terme, il faudra maintenir l'assistance technique du FMI (rappelons que l'Argentine en 2002 avait cessé tout dialogue avec le FMI). Qui d'autres a eu une large expérience de ses sorties monétaires et dévaluation ? Et à un moment où le dialogue entre l'Eurogroupe et la Grèce risque d'être particulièrement tendu, la présence d'un tiers expérimenté sera importante. La présence du FMI permettra aussi d'accéder aux ressources de la Banque Mondiale.

Pas de sortie par le haut sans apport financier nouveau

Car il n'existera pas de sortie par le haut sans un apport financier nouveau, sous forme d'un programme d'investissement majeur (par exemple, 30 à 40 milliards, soit 20% du PIB de la Grèce, sur 5 ans), qui devra être annoncé en contrepartie dès dimanche soir si les négociations échouent. Appelons-le plan de reconstruction. Il devra se fonder sur des secteurs-clés (tourisme, agro-alimentaire, énergies renouvelables...), et valoriser à travers le financement d'infrastructures et de projets la compétitivité-prix retrouvée grâce à la sortie de l'euro. Cet apport devra venir de toutes les banques de développement, la BEI bien sûr, mais aussi la BERD et la Banque Mondiale. Si les Etats-Unis tiennent tant à la Grèce, ils doivent aussi en tant que premier actionnaire de la Banque Mondiale contribuer à cette forme de Plan Marshall.

Compter aussi sur le sursaut des Grecs

Bien sûr, tout le risque de ce Plan est que les fonds investis servent seulement à la nomenklatura qui a spolié une partie de la richesse du pays depuis les années 50. Un comité de pilotage du plan de reconstruction pourra y veiller. Mais, soyons réalistes : il ne sera plus possible d'imposer de trop fortes conditionnalités au gouvernement grec. Il faudra donc compter aussi sur le sursaut des Grecs et leur volonté de prendre enfin leur destin en main.

Bien entendu, il sera essentiel de proposer à la Grèce une assistance technique majeure, à tous niveaux et réciproque (formation de Grecs dans les administrations européennes). Réforme de l'Etat, nouvelle base fiscale élargie à tous, refonte du cadastre...toutes ces mesures sont déjà dans les cartons des administrations depuis 5 ans. Cela peut aller vite. L'assistance technique portera donc sur la mise en œuvre, et non l'élaboration.

Stéphane Cossé est ancien senior economist au FMI et membre du comité d'orientation du think tank Europa Nova

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Commentaires
a écrit le 13/07/2015 à 7:51 :
Il faut un plan W pour la Grèce, un plan "énergie" qui consiste à financer les retraites par une taxe sur l'énergie. Que les Grecs donnent l'exemple.
a écrit le 11/07/2015 à 16:05 :
L'histoire douloureuse de l'Europe prouve que parfois les décisions qui sont les dernières ne sont pas forcément les meilleures. Et alors les coûts financiers et humains sont sans commune mesure avec ceux qui précédaient les dernières décisions.
a écrit le 10/07/2015 à 8:46 :
"Si les Etats-Unis tiennent tant à la Grèce"
Tout est écrit en 9 lettres. Ca explique les développements de ces derniers jours.
a écrit le 10/07/2015 à 1:26 :
"Si les Etats-Unis tiennent tant à la Grèce".
Tout est dit en 9 lettres et explique le retournement spectaculaire de ces derniers jours.
a écrit le 09/07/2015 à 23:28 :
Les grecs sont potentiellement concernés par des grosses réserves de gaz et de pétrole près de chez eux, en mer Égée, découvertes en 2013. En développant ces richesses, en investissant leurs dernières cartouches dans l'extraction de ces énergies (et en ménageant la susceptibilité du voisin Turc), ils pourraient sortir par eux mêmes de leurs ennuis.
a écrit le 09/07/2015 à 21:20 :
Excellent article ! Je pense personnellement que la Chine est assise sur une montagne de dollars US qu'elle veut investir à tout prix, car la suprématie du "almighty" ne va pas dure compte tenu de la dette abyssale des US. D'autre part, la Russie serait heureuse de casser la dynamique des sanctions grâce à une brebis galeuse au sein même de l'Europe, mais n'est certainement pas prête à s'appuyer les dettes de la Grèce. Quant aux Grecs eux-mêmes, le référendum a bien démontré qu'un demagogue chevronné pouvait entraîner tout un peuple à sa perte. Il est bien évident que sans changement profond de la mentalité grecque, rien ne sera possible, quels que soient les prochains gouvernements !!!
a écrit le 09/07/2015 à 21:11 :
Excellent article ! Je pense personnellement que la Chine est assise sur une montagne de dollars US qu'elle veut investir à tout prix (la Chine est le plus gros détenteur dette américaine avec le Japon), car la suprématie du "almighty" ne va pas dure compte tenu de la dette abyssale des US. D'autre part, la Russie serait heureuse de casser la dynamique des sanctions grâce à une brebis galeuse au sein même de l'Europe, mais n'est certainement pas prête à s'appuyer les dettes de la Grèce. Quant aux Grecs eux-mêmes, le référendum a bien démontré qu'un demagogue chevronné pouvait entraîner tout un peuple à sa perte. Il est bien evident que sans changement profond de la mentalité grecque, rien ne sera possible, quels que soient les prochains gouvernements !!!

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