Dans les Vosges, la filière bois face à une crise sanitaire

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(Crédits : Olivier Mirguet)
SÉRIE D'ÉTÉ - Filière bois vosgienne 1/5 | Les industriels de la forêt et du bois se sont organisés en circuits courts, et l'économie locale en a tiré avantage. Mais la filière est menacée par le dérèglement climatique qui affecte le massif vosgien.

Alerte sanitaire sur la forêt vosgienne. Cet été, le stress hydrique n'a pas permis aux résineux de se défendre contre les scolytes. Ces insectes s'attaquent aux écorces des épicéas et de sapins, et rendent le bois impropre à une transformation industrielle. "Cette année, on a déjà récolté 600.000 mètres cubes de bois dépérissants. Soit un tiers de la production habituelle", calcule Jean-Pierre Renaud, directeur régional de l'Office national des forêts (ONF) dans le Grand-Est. Les chênes, aussi, ont été affaiblis et envahis de chenilles processionnaires. Dans certaines forêts vosgiennes, ils ont perdu leurs feuilles dès le mois de juillet. Une perte sèche pour toute la filière.

"On estime l'impact économique à 55 millions d'euros", déplore Gwendoline Legros, directrice adjointe de Fibois, l'association professionnelle du bois qui fédère près de 10.000 entreprises dans le Grand-Est.

Le Conseil régional du Grand-Est a promis un coup de pouce financier pour les scieurs, premiers affectés par la perte de qualité du bois, sous forme d'aide à la trésorerie.

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Un avenir incertain pour la filière

La filière bois régionale, deuxième en France derrière celle de la Nouvelle-Aquitaine, n'est pas en péril. Mais la crise va l'inciter à réfléchir à son avenir et au changement climatique.

"Il faudra sûrement planter d'autres espèces, plus résistantes à la sécheresse", prévient Jean-Pierre Renaud.

Pour le moment, la seule solution préconisée est de couper les arbres malades et de les valoriser le plus rapidement possible.

Couvert par les forêts sur 48% de son territoire (294.000 hectares), le département des Vosges est le moteur de la filière bois dans le Grand-Est. La prédominance est encore plus forte dans le bassin d'emploi d'Épinal, où les entreprises du bois et de la forêt totalisent 3.400 salariés. Soit 6,7% de l'emploi local. La construction bois, qui a connu 46% de croissance en 2018 selon Fibois, se porte bien. Avantagées par les ressources locales, les entreprises ont établi des circuits courts d'approvisionnement. Depuis la crise des scolytes, des offres alléchantes sont arrivées de la part de négociants qui s'approvisionnent outre-Rhin. Les scieries vosgiennes ont répondu en promettant d'augmenter leurs capacités.

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Le bois préféré aux briques et au béton

Charpente Houot, une PME de 40 salariés à Sainte-Marguerite (Vosges), s'est spécialisée dans la réalisation d'immeubles tertiaires, d'hôtels et de restaurants. Prestataire pour la chaîne de restauration rapide McDonald's, elle a livré 500 unités de 400 mètres carrés, quasiment identiques, et collectionne les succès loin de ses terres d'origine : un hôtel de 150 chambres sur le parc Asterix, un bâtiment sur cinq niveaux pour l'université de Paris-Nanterre. Pas question pour elle de déroger aux approvisionnements locaux.

"Le bois massif provient toujours de la forêt vosgienne", confirme Philippe Roux, président de Charpente Houot, toujours prêt à imaginer le "mouton à cinq pattes" qui permettra à ses structures en bois d'emporter des marchés face à la brique et au béton.

Face aux risques de crises sanitaires répétées dans la forêt vosgienne, l'innovation sera essentielle. L'industriel norvégien Norske Skog, qui produit 600.000 tonnes de papier journal dans son unité de 325 salariés à Golbey, imagine l'avenir de la filière. "Il faut penser à l'après-pétrole", propose son directeur Yves Bailly, qui a entamé une stratégie de diversification dans les énergies vertes, la chimie verte et les éco-matériaux. Les projets de recherche issus du campus de l'ENSTIB sont sur une courbe exponentielle, avec plus de 300% de progression l'année dernière et une forte mutualisation à l'international.

Avec la promesse d'une valeur ajoutée en phase avec les investissements qui seront nécessaires dans les entreprises de première transformation, mal équipées pour le séchage du bois, et dans la seconde transformation où beaucoup reste à inventer.

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Commentaires
a écrit le 08/08/2019 à 9:28 :
C'était obligé, ces températures qui changent brutalement culminant à des plus hauts degrés, en gagnant ou perdant 15 à 20° d'un coup ne peuvent que stresser la nature qui ne peut plus avoir le rendement d'auparavant.

La règle devrait être de planter deux arbres pour en couper un et d'en trouver des plus résistants qui forcément mettrons plus de temps à pousser.

Et toujours aucun dirigeant politique pour annoncer qu'il faut changer notre système économique en profondeur, c'est bien les aveugles payés à l'être mais l'histoire se souviendra des responsabilités que par pure cupidité vous ne voulez pas assumer.

Enseignée dans les futures écoles d'insectes afin d'essayer de ne pas reproduire l’extinction humaine.

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