REGIONALES - Le Grand-Est compte quatre aéroports structurants à Vatry, Metz-Nancy, Strasbourg et Bâle-Mulhouse. La région peine à établir des synergies entre ces platesformes, menacées par les formes diverses de la concurrence des aéroports voisins.La presse locale a titré, le 6 juin, sur le "tabou de la fermeture" de l'aéroport de Metz-Nancy-Lorraine. Provocation ? Pas tant que cela. Mal en point avant la crise sanitaire (263.000 passagers en 2019), cet aéroport régional trop proche de Luxembourg (4,4 millions de passagers en 2019) a failli subir le coup de grâce quand son trafic s'est effondré à 38.000 passagers en 2020. HOP, compagnie régionale d'Air France, a annoncé fin octobre l'arrêt définitif de ses lignes vers Nice et Lyon. "Metz-Nancy-Lorraine est notre aéroport régional qui a le plus souffert. Il a bénéficié de mesures de sauvegarde exceptionnelles. Si le Conseil régional n'avait pas tenu le budget des dépenses en 2020, cet aéroport n'existerait plus", reconnaît Christian Debeve, élu (UDI) en charge des aéroports dans le Grand-Est, et directeur de campagne du président sortant Jean Rottner.
La Région seule aux commandes
Le Conseil régional, qui assure l'exploitation de Metz-Nancy-Lorraine via un établissement public (EPIC) dont il est le seul actionnaire, s'est retrouvé aux commandes en 2011 après le désengagement des chambres de commerce et d'industrie et une tentative infructueuse de reprise par le groupe canadien SNC-Lavalin. Aujourd'hui, le Grand-Est ne veut plus être seul maître à bord. "Toutes les collectivités devront se mettre ensemble pour relancer l'activité", annonce Christian Debeve, comme un appel au co-financement lancé aux Messins et aux Nancéiens. "Nous n'y sommes pas indifférents parce que nous aurons besoin de certaines liaisons directes, notamment vers le hub de Lyon", a déjà acquiescé François Grosdidier, maire (LR) de Metz et président de la métropole messine, interrogé par La Tribune.
Le couperet n'est pas tombé sur Metz-Nancy-Lorraine mais 22 salariés de l'aéroport, sur un effectif de 80, ont dû être licenciés ou reclassés en 2020. Et la région aura d'autres batailles à mener. Selon les chiffres obtenus par La Tribune, le Conseil régional investira cette année 4,375 millions pour le fonctionnement et l'investissement, hors budgets additionnels, au profit des aéroports de Vatry, Metz-Nancy et Strasbourg. "Chacun de ces aéroports est un élément structurant de l'économie et de notre aménagement du territoire. Strasbourg possède une dimension politique à cause du Parlement européen. Vatry, dont l'activité fret est désormais dominante, est très proche de l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle. Il y a un an, au pic de la crise sanitaire, un avion russe Antonov s'est même posé chez nous, chargé de masques sanitaires", observe Christian Debeve. En gestion directe par le conseil départemental de la Marne, Vatry bénéficie du soutien de la région (1 million d'euros prévus en budget de fonctionnement pour 2021). Les collectivités se sont réjouies de la baisse de leur contribution rendue possible par la croissance du segment cargo. Le projet du terminal 4 de Roissy-Charles-de-Gaulle, proche concurrent, a été abandonné et Vatry pourra profiter de l'explosion de la demande de fret aérien : son trafic cargo a continué de progresser début 2021 avec des vols réguliers vers l'Asie, le Moyen-Orient et des vols domestiques effectués au profit de Chronopost. Christian Parois, son directeur, a fixé l'objectif à 30.000 tonnes en 2021, contre 12.000 tonnes en 2020.
Olivier Mirguet, à Strasbourg