Ne pas perdre les "Petits Poucets" du numérique

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Sandrine Murcia, présidente de Silicon Sentier
Sandrine Murcia, présidente de Silicon Sentier
Toutes les start-up n'ont pas besoin d'un million d'euros. Souvent de dix fois moins. Mais toutes les start-up souhaitent de la convivialité, des échanges, du brassage et un peu de coaching. C'est ce qu'a prouvé Silicon Sentier qui, épaulé par le conseil régional d'Île-de-France, se lance dans un nouveau projet en plein cœur de Paris.

Le GLI n'est pas une pâte molle. Ni une comédie musicale pour ados. C'est, en langage techno, le « Grand Lieu de l'innovation ». tout nouveau, en plein milieu de Paris, il va regrouper d'ici à la fin de l'année les bandes de « digital natives » qui jusqu'à présent vivaient leur vie de geek dans des lieux trop séparés : Silicon sentier (le cluster d'entreprises émergentes du quartier du sentier), La Cantine (l'espace de travail collaboratif lancé par silicon sentier, rue Montmartre) et Le Camping (une sorte d'incubateur informel pour mini-start-ups du numérique installé par Silicon sentier dans le Palais Brongniart, déserté par la Bourse de Paris). Le 29 mars, le conseil régional d'Île-de-France a voté un petit million d'euros au GLI pour sa première année de fonctionnement et ses premiers investissements.

A la tête de Silicon sentier, Sandrine Murcia. issue d'HEC, à peine quadra, elle est passée chez Microsoft et a dirigé le marketing de Google Europe avant, il y a un an et demi, de lancer son entreprise (Spring Lab) et d'assurer la présidence de Silicon sentier. « La Cantine est un lieu totalement unique, un écosystème particulier. La force du lieu, c'est la rencontre permanente, le coworking. Beaucoup de top managers de grandes boîtes viennent ici, explique-t-elle, et ressortent complètement hallucinés. » (Lire l'encadré ci-dessous.)

 

Le grand melting-pot du Sentier

La Cantine est en fait un lieu de passage. Personne ne s'y installe. C'est un espace bouillonnant, où tout le monde parle à tout le monde, les mathématiciens aux graphistes, les designers aux spécialistes du marketing viral, les vieux aux jeunes, les sans-travail aux directeurs de grandes entreprises.« C'est un lieu de brassage et de rencontres, constate Nicolas Le roux, le conseiller de Jean-Paul Huchon qui suit ces projets. Un endroit d'où l'on ressort presque tout le temps avec des cartes de visite, mais toujours avec des idées. Au départ, on a un peu piqué une idée que l'on avait trouvée dans la Silicon Valley. Mais on l'a fait avec la « french touch », c'est convivial, agréable à vivre, extrêmement social. On est beaucoup moins business que les Californiens, mais c'est cela qui fait la réussite de La Cantine. Si cela fonctionne, c'est parce que les gens qui s'en occupent ont la pêche et que leur animation est primordiale».

Un réseau de 1 200 contacts permanents en Ile-de-France

Dire de Sandrine Murcia qu'elle a la pêche est un doux euphémisme pour cette mini-tornade souriante et volubile...La force de ces trois structures est de ne jamais s'être institutionnalisées, figées. Une jolie réussite lorsque l'on a comme sponsors des structures aussi peu souples que le conseil régional, la Mairie de Paris ou Orange. La mission de ces structures est d'être toujours en avance sur tout le monde : la petite idée, la tendance, l'algorithme, elles doivent les débusquer.
« Comme tout le monde passe un jour ou l'autre à La Cantine, explique Sandrine Murcia, nous avons maintenant un réseau de 1 200 contacts permanents en Ile-de-France. Ce réseau est primordial car la demande essentielle de tous ceux qui passent chez nous est d'être mis en contact, de trouver des gens qu'ils ne connaissent pas et dont ils ont besoin. Ils ont besoin d'un réseau pour développer leurs idées. » Reste que, continue-t-elle, « le GLI ne va pas être un simple changement de lieu. Nous ne changeons pas de costume pour prendre un peu plus grand. Nous allons intégrer d'autres logiques ».

« Le vrai souci, c'est l'amorçage »

La Cantine a par exemple un vrai souci : tous les six mois, elle reçoit entre 300 et 350 projets. Elle en retient douze à quinze, qu'elle bichonne et développe avec des consultants extérieurs. Question : doit-elle ou non sortir de son rôle de coaching ou de tutorat, et se lancer dans le financement ? Ce débat est essentiel, il agite Silicon sentier et pourrait être au c?ur de l'activité du GLI. « Sur les 600 à 700 demandes annuelles de soutien, explique Sandrine Murcia, nous savons que beaucoup de projets ne sont pas viables. Mais nous avons aussi constaté que beaucoup d'entre eux n'ont pas besoin de sommes folles pour démarrer. Étrangement, nous sommes dans un type d'économie où, en dix ans, il est devenu relativement facile de trouver un million d'euros chez un business angel ou un fonds d'investissement.

Mais 50 000 euros pour une première étape de développement, c'est quasi impossible, ou, surtout, cela prend énormément de temps car c'est trop petit pour intéresser un business angel ou une banque. Le vrai souci de ceux qui viennent nous voir, c'est l'amorçage. C'est là qu'il faut les aider, l'accès à ce capital est vital pour eux, mais, en France, rien n'est structuré dans ce sens. Donc, nous étudions la possibilité de nous lancer dans l'amorçage ». Bien sûr, il existe déjà un Fonds national d'amorçage géré par la Caisse des dépôts. Mais le premier projet aidé a englouti 20 millions d'euros à lui tout seul. on est loin des 50 ou 100 000 euros nécessaires à l'amorçage d'un projet.

Aider entre 20 et 30 projets par an
Silicon sentier travaille actuellement sur la création d'un fonds d'amorçage d'au moins 25 millions sur cinq ans. 50 % de la somme viendrait des partenaires privés, la CDC abondant à égalité ensuite. C'est un changement de dimension pour Silicon sentier : « Dans notre idée, nous pourrions aider entre 20 et 30 projets par an, continue Sandrine Murcia. Mais, si les mises devraient rester relativement modestes (entre 50 000 et 250 000 euros, probablement), elles pourraient se renouveler sur le projet une deuxième, voire une troisième fois, car c'est notre rôle de les accompagner». En fait, la vingtaine de salariés de Silicon sentier sont parfois un peu frustrés du faible retour sur investissement. Ils sont capables de débusquer tous les projets de l'Île-de-France, les accompagner, leur réseau est incomparable, mais beaucoup trop de petites sociétés prometteuses se perdent dans la nature faute d'avoir trouvé les 100?000 euros de démarrage.

Pourtant, Paris est une place importante du numérique. Lors de la récente présentation des douze premiers projets sortis du Camping, à la grande surprise des organisateurs, des investisseurs sont venus d'un peu partout, d'Israël ou d'Ukraine, et la plupart des investisseurs basés à Londres ont débarqué par l'Eurostar du matin. Une des douze jeunes pousses a réussi à monter son tour de table ce jour-là, alors que six mois auparavant elle n'était qu'un draft sur papier.

 

 

 

La SNCF aime Le Camping
Les « top executive décoiffés » faisaient en fait partie du « Top 120 » de la SNCF que la société s'est mis en tête d'initier au numérique. « En allant au Camping, ils ont enfin compris à quel point le digital avait bouleversé notre business », explique Patrick Ropert, le directeur de la communication de la SNCF. La SNCF a d'ailleurs depuis longtemps sa tente au Camping, où elle coache des projets et, quand l'idée l'intéresse, passe des contrats. Elle n'investit pas, elle ne débauche personne.
Clément Cazalot avait l'idée, avec docTrackr, d'un système pour que particuliers et entreprises gardent le contrôle de leurs documents, après qu'ils ont été publiés à l'extérieur. Une sorte d'anti-Wikileaks. Repéré au Camping en 2011, il s'est retrouvé avec une commande de la SNCF. Celle-ci a impressionné son banquier et aujourd'hui docTrackr cherche à lever des fonds aux États-Unis. Idem avec Kawet, une solution qui permet à n'importe quel incompétent de créer sa propre application iPhone.

 

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Commentaires
a écrit le 14/05/2012 à 17:00 :
Un service équivalent à celui de kickstarter existe aujourd'hui en France et dispose des agréments nécessaires. Il s'agit de WiSEED (www.wiseed.fr), une plateforme web de capital risque participatif. Fondéé il y a 4 ans par T. MERQUIOL et N. SERES, 18 sociétés ont déjà été financées.
a écrit le 11/05/2012 à 11:12 :
Madame, jetez un coup d'oeil a ce projet (startup) : www.pixarus.com
D'avance merci.
a écrit le 10/05/2012 à 17:33 :
Il faudrait en France un service à la KickStarter.

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