En Occitanie, la mobilité à hydrogène est déjà une réalité (inachevée)
Pierrick Merlet
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Photo d'illustration
Rémi Benoit pour La Tribune
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Imperceptible. Au cœur de la plateforme aéroportuaire de Toulouse-Blagnac, un bus fait la jonction entre l'aérogare et les parkings les plus éloignés du site. À l'intérieur, la modernité est au rendez-vous. L'habitacle est équipé de nombreuses clés USB, des panneaux de bois lui donnent un côté épuré et son imitation parquet ne fait que confirmer cette idée. En résumé, ce véhicule ressemble fortement à ces bus à haut niveau de service qui circulent dans les grandes villes sur des voies réservées. Pourtant, un point majeur le différencie de ses homologues : son carburant. Ce bus roule avec de l'hydrogène, cette énergie présentée comme le carburant de demain, et vient remplacer une navette thermique qui assurait le même service auparavant. « On ne pollue pas, mais il n'y a pas de réelle différence entre l'hydrogène et le thermique dans la conduite. Pour le voyageur, c'est pareil, cela ne lui change rien dans son confort. La seule différence c'est quand nous faisons le plein de carburant. Cela ressemble à la méthode du gaz », témoigne Marie, la conductrice du véhicule qui opère le service pour le compte de Transdev. Dans le cadre de ce projet de mobilité décarbonée nommée HyPort, ce sont au total cinq bus à hydrogène qui circulent quotidiennement dans le secteur. Mais leur avitaillement est un sujet. « Nous avons une station à hydrogène temporaire côté pistes et pour laquelle l'hydrogène est acheminé par camion. Seulement, nous sommes limités à faire des pleins de 12 kg d'hydrogène en raison des capacités techniques de la station, alors que nos bus ont un réservoir de 34 kg. De plus, il y a un temps d'attente incompressible entre chaque avitaillement afin de laisser le temps à l'hydrogène d'être pressurisé au bon niveau. Une telle contrainte, avec deux à trois bus, ça va. Avec cinq, c'est plus compliqué... », décrit Myriam Marti, la responsable d'exploitation de Transdev Occitanie Ouest. Malgré les retards liés à la crise sanitaire et la pénurie des matériaux qui a suivi, le projet HyPort doit se concrétiser dans quelques semaines, voire quelques mois, par la mise en service de deux stations de distribution (dont une ouverte au public), qui seront aussi des points de production d'hydrogène vert. « Avec la station définitive, nous pourrons faire un avitaillement complet en 15 minutes », se réjouit par avance Marie. À partir de ce moment, Transdev pourra pleinement exploiter la capacité de ces bus produits non loin de l'aéroport, à 80 kilomètres de là, dans les locaux de la Safra à Albi (Tarn). Fondée en 1955, cette importante PME du département est historiquement connue pour ses services de rénovation de transports publics (métro, train, bus, autocar), mais depuis la fin des années 2000 elle s'est lancée dans le pari de développer et commercialiser un bus à hydrogène. « Un projet fou à l'époque », aime répéter Vincent Lemaire, le président de la société. Le seul constructeur français de bus à hydrogène y est parvenu avec la commercialisation de son premier modèle, le Businova. Ce dernier, exploité sur la plateforme aéroportuaire de Toulouse-Blagnac, sera remplacé par le Hycity dès cette année en prenant en compte les premiers retours clients tout en y apportant des avancées techniques. Mais ce n'est pas le seul pari de la société albigeoise.
Pierrick Merlet