Les spécialistes appellent ça, le « Temps Fréquence ». Cette expertise rare, exploitée depuis 1974 par la société iséroise Gorgy Timing, placée en redressement judiciaire par le Tribunal de commerce de Grenoble, vient d'être reprise in extremis par le groupe Bodet, leader européen des solutions de mesure et de gestion du temps, face à un potentiel repreneur, et concurrent, suisse. « Le temps fréquence, c'est un temps de haute précision, de l'ordre du millionième de seconde destinée à des usages militaires, techniques ou informatiques. Des temps où un dixième de seconde fait varier la trajectoire d'un missile de dix kilomètres... », explique Jean-Pierre Bodet, pdg du groupe éponyme, fondé en 1868, à Trémentines, dans le Maine-et-Loire, aujourd'hui, composé de six filiales en Europe, à travers trois entités : le « Campanaire », activité historique dédiée à l'horlogerie d'édifices et de clochers, le « Software RH » (Kelio) pour la gestion du temps, des ressources humaines et des contrôles d'accès dans l'entreprise, et, enfin, « Time et Sport », positionné dans l'affichage sportif et l'horlogerie industrielle, la synchronisation horaire et les serveurs de temps... C'est là, dans ce secteur, que les choses vont changer.
Jusque-là, la fiabilité des ordinateurs et équipements industriels (transport ferroviaire, hôpitaux, éducation, industrie...) se contentaient d'horloges synchronisées au centième de seconde. Avec l'accélération et la multiplication des calculateurs, les besoins se portent vers le millionième de seconde, qui nécessite d'avoir un séquençage et, surtout, une stabilité élevés. Une précision rendue possible grâce à des synchronisations externes. Or, les militaires se méfient beaucoup de ce procédé, dont les systèmes requièrent, en plus, des solutions internes pour éviter les risques de leurre et de brouillage. « Plus un grand nombre d'ordinateurs fonctionnent ensemble, plus la synchronisation doit être précise. Avoir un serveur en interne évite d'ouvrir des portes où peuvent s'engouffrer des hackers », ajoute Jean-Pierre Bodet. C'était la force de Gorgy Timing, qui avait, ces dernières années, lourdement investi, peut-être un peu trop, pour être en mesure de prétendre à des temps de réponse au millionième. « Pour certaines applications stratégiques, le ministère de la Défense et la Direction Générale de l'Armement imposent de descendre à 10-6. C'est-à-dire jusqu'au millionième de seconde», précise Jean-Pierre Bodet.