LA TRIBUNE - Vous allez officialiser la création de l'Institut français de la décarbonation MEET 2050 (Maritime Energy and Environnemental Transition), à Nantes, dans les prochains jours. Quelle est sa vocation ?
ERWAN JACQUIN - C'est d'abord une réponse aux acteurs, publics et privés de la filière qui ont exprimé leurs besoins dans le cadre d'une coalition (T2EM) portée par le Cluster Maritime français et depuis un an pour la constitution de ce centre d'expertise MEET2050. Sa vocation est de regrouper tous les acteurs de la chaîne de valeur du maritime (armateurs, ports, énergéticiens, chantiers, bureaux d'étude, équipementiers, classification, financeurs, chercheurs ...) et de collaborer à travers un programme que l'on a appelé le Programme Navires et Ports Zéro Émissions. Il contribuera ainsi à une partie de la déclinaison opérationnelle de la feuille de route élaborée par la filière du maritime et le gouvernement sous la direction du Cluster Maritime français et du Secrétariat d'Etat à la Mer (DGAMPA).
Pourquoi est-il important selon vous de mettre en place un tel programme ?
Dans le monde d'avant, il fallait une offre et une demande et des conditions de marché rentables pour qu'une solution émerge et se développe, peu importe le temps que cela prenait, peu importent les conséquences environnementales. Dans le monde d'aujourd'hui, où l'urgence est notamment d'atteindre des objectifs de baisse des émissions définis dans le temps, le marché seul n'y arrivera pas. Il est même un frein majeur : toute solution décarbonée coûte plus cher que la solution fossile disponible actuellement. Chaque solution nécessite donc un investissement significatif, avec un retour sur investissement parfois très long, en tout cas plus long que les temps politiques, financiers et industriels qui guident aujourd'hui les décisions. Il est donc essentiel de mettre en place un programme coordonné, planifié et financé, qui s'attaque aux leviers de décarbonation. Sans cela, il n'y a aucune chance d'atteindre les objectifs définis. Comme pour l'avion et la voiture zéro émission, il est essentiel que le maritime se dote d'un grand programme de décarbonation. Nous y sommes presque, même s'il reste encore quelques acteurs à convaincre.