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Gastronomie : Philippe Gauvreau et Casino Lyon Vert, le divorce

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Philippe Gauvreau, le célèbre chef est contraint de quitter le Pavillon La Rotonde, à Lyon ©Groupe Partouche
Philippe Gauvreau, le célèbre chef est contraint de quitter le Pavillon La Rotonde, à Lyon ©Groupe Partouche (Crédits : Pavillpn La Rotonde Groupe Partouche)
Le célèbre chef est contraint de quitter le Pavillon La Rotonde et de rapatrier ses fourneaux au Casino Lyon Vert. Un « retour en arrière » qui cristallise un profond conflit humain, économique, stratégique avec le propriétaire de l'établissement, le Domaine Lyon Vert (Groupe Partouche). Conflit qui, à terme, rend le divorce inéluctable.

Cruel retour aux sources. En mars 2009, il avait quitté le bâtiment historique du Casino Lyon Vert (Tour-de-Salvagny, dans la cossue banlieue lyonnaise) et installé son établissement gastronomique quelques mètres plus loin, dans le superbe Pavillon la Rotonde transformé en complexe hôtel-spa 5 étoiles de 16 chambres. Trois ans et demi plus tard, Philippe Gauvreau emprunte le chemin inverse et réinvestit le lieu d'origine, dont les travaux de réhabilitation ont principalement consisté à retendre la moquette et à rafraîchir les murs. Entre temps, des événements humains, économiques, et financiers ont conduit la direction du Domaine Lyon Vert, propriétaire de l'ensemble, à cette funeste décision, qui elle-même prépare le divorce d'avec le chef.
Avec le décès en juin 2011 du président du conseil d'administration Serge Partouche disparaissaient l'initiateur, l'architecte et l'ardent défenseur du complexe de luxe et d'un restaurant qu'il avait accepté de baptiser du nom du cuisinier - initiative, qui, selon nos sources, aurait déplu à la tutelle du Groupe Partouche ; le retour dans l'antre originel signifiera d'ailleurs son retrait. L'épouse de Serge Partouche, Chantal (*), qui lui a succédé aux commandes de l'enseigne, ne semble pas avoir manifesté le même soutien, et les relations entre l'employeur et son réputé salarié sont notoirement empoisonnées. Le « punit-elle », comme le soutiennent des observateurs autorisés, d'avoir ouvert à Tassin-la-demi-lune la brasserie Halles 9, en mai 2012, avec deux associés - dont son fidèle lieutenant Frédéric Fass - alors même, assure-t-on dans l'entourage du chef, « qu'évidemment, surtout après dix-neuf ans de mariage, la direction du Domaine Lyon Vert avait été non seulement informée du projet dès sa naissance mais aussi sollicitée, sans succès, pour y être associée » ?

Triste fin

Le climat est délétère. Et le contexte économique propre au complexe de luxe et au groupe Partouche n'est guère favorable. Un complexe au sein duquel l'établissement gastronomique aurait mobilisé pour son aménagement près de 2 M? d'investissements et affiché un déficit, lors du dernier exercice, de 280 K?. « C'est oublier qu'en trois ans l'exploitation a permis de combler 1,7 M? de pertes initiales, laissant espérer l'équilibre prochainement. Et que pèse un tel déficit dans une entreprise aussi prospère - Sathel, exploitant l'ensemble des activités du Domaine Lyon Vert et trivialement considéré « vache à lait » du groupe Partouche, présentait dans son dernier exercice un chiffre d'affaires de 28,485 M? et un résultat net de 9,493 M? ; selon nos informations, le prochain bilan clôturé le 31 octobre 2012 devrait maintenir une dynamique comparable, NDLR -, surtout mesuré au gain d'image ? questionne un acteur du dossier, incrédule devant la stratégie du groupe Partouche qui se déleste peu à peu de ses restaurants prestigieux ».
De son côté, ledit groupe fait face depuis quelques mois à une brutale dégradation de son activité. Au troisième trimestre 2012, le chiffre d'affaires consolidé, le Produit Brut des Jeux (PBJ), et l'activité hôtellerie ont dévissé respectivement de 7,7% (à 112,8 M?), 8,4%, et 8,7%. Et c'est au nom de cet environnement compliqué que la direction du Domaine Lyon vert justifie un rapatriement sur le site historique du Casino que des témoins n'hésitent pas à associer à une « mort inexorable, qu'elle intervienne rapidement ou à petit feu ». Quant au Pavillon La Rotonde, désormais dépouillé de son fleuron gastronomique, « sans doute la direction va-t-elle chercher à s'en défaire auprès d'un groupe hôtelier ». Défaire ne signifiant pas « vente » mais plutôt « mise en concession ou en gérance », puisque selon nos informations jusqu'en 2021 le propriétaire ne peut s'en séparer sous peine de se mettre en faux des généreux dispositifs de défiscalisation dévolus aux casinotiers engagées dans la réhabilitation ou la construction d'ensembles hôteliers.
Dans ce contexte, le sentiment de trahison et l'éc?urement semblent innerver les esprits « victimes » de ce retournement stratégique. Lequel ne devrait pas laisser le Guide Michelin insensible ; impossible d'imaginer dans de telles conditions le prestigieux Guide rouge accorder le 3ème sésame tant espéré. Et même rien n'assure que le pire, une dégradation synonyme d'effondrement instantané de la fréquentation, soit exclu. Quant à l'avenir de Philippe Gauvreau, il n'est sans doute plus dans l'établissement. Son départ semble inéluctable. Reste à connaître sa future destination. Et l'échéance de
la séparation. Laquelle sera liée aux conditions, amiables ou judiciaires, que les parties prenantes adopteront.

(*) Madame Chantal Partouche a refusé de répondre à la demande d'interview et de communiquer les informations souhaitées dans les délais impartis par la publication de l'article.

 

 

 

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Commentaires
a écrit le 21/12/2012 à 16:10 :
Dégoûtés!!!! Est-ce bien normal de "trimballer" ainsi une clientèle qui ne comprend plus rien, sinon qu'à cause de tensions pécuniaires et peut-être d'égo surdimensionné, on fait un retour à la case départ, après avoir goûté à un lieu magique qu'on lui retire comme ça! Ce que nous aimons c'est avant tout une ambiance aussi chaleureuse que les plats servis, et là je doute que malgré tout son professionnalisme une équipe qui a été certainement choquée et frustrée arrive à travailler dans de bonnes conditions. Ca rejaillirat automatiquement sur les clients..... et donc sur les chiffres d'affaires. Où est l'intérêt de ce "coup de trafalgar"? Très triste cette histoire qui ne serait certainement pas arrivée si Serge Partouche était encore là..... hélas.....
a écrit le 19/12/2012 à 15:12 :
On se demande pourquoi Partouche a décidé de renvoyer un illustre chef à son ancien lieu alors qu'il était enclin à avoir une troisième étoile au Pavillon de la Rotonde.
Apparemment comme j'ai lu a ce complément d'article du votre: http://www.casinosguide.net/40526-partouche-philippe-gauvreau-casino-lyon-vert-40526.htm
Ce serait peut être du à une stratégie pour réhausser le casino Lyon vert,ou d'une tension???
En tous cas, on peut dire qu'ils ont "raté" leur coup .....
a écrit le 19/12/2012 à 15:04 :
On se demande pourquoi Partouche a décidé de renvoyer un illustre chef à son ancien lieu alors qu'il était enclin à avoir une troisième étoile au Pavillon de la Rotonde.
Apparemment comme j'ai lu a ce complément d'article du votre: http://www.casinosguide.net/40526-partouche-philippe-gauvreau-casino-lyon-vert-40526.htm
Ce serait peut être du à une stratégie pour réhausser le casino Lyon vert,ou d'une tension???
En tous cas, on peut dire qu'ils ont "raté" leur coup .....

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