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Avec « Ré-inventer Paris II », la Ville acte la fin de l’automobile reine

Photo de Dominique Pialot

Dominique Pialot

Publié le 23 mai 2017 à 15:09 - Mis à jour le 23 mai 2017 à 16:26

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Ce nouvel appel à projets réservé aux espaces souterrains de la capitale fait la part belle aux sites libérés par la résorption de la place de la voiture. « Les dessous de Paris », qui se distingue par la grande diversité des lieux proposés, associe pour la première fois des partenaires publics et privés.

Des 233 m² de l'ancien cabaret le Caveau des légendes rue Jacob (6ème arrondissement) aux 74.000 de la gare des Gobelins située sous la dalle des Olympiades (13ème), les 34 sites proposés dans le cadre de l'appel à projets « Ré-inventer Paris 2 » présentent une grande diversité. On y trouve aussi bien des quais de stations de métro que les caves d'hôtels particuliers du Marais, en passant par le bâtiment de l'esplanade des Invalides abritant l'aérogare Air France ou encore d'anciens postes de transformation électrique. Mais tous présentent un point commun : ce sont des espaces inutilisés situés dans « Les dessous de Paris ».

Les sous-sols, invisibles mais essentiels au confort de notre quotidien

Forts du succès des précédentes éditions (Ré-inventer Paris, Ré-inventer la Seine et Inventer la Métropole, actuellement en cours), qui ont permis de tester la pertinence de nouvelles méthodes de travail réunissant secteur privé, citoyens, associations, élus, architectes, urbanistes et investisseurs autour de projets mixtes, hybrides, pluridisciplinaires, tournés vers les usages, flexibles et ouverts, Anne Hidalgo et son adjoint Jean-Louis Missika ont lancé ce 23 mai une nouvelle édition encore plus symbolique.

Devant un pavillon de l'Arsenal plein à craquer, la maire a vanté « une ville qui, loin de s'endormir « se ré-invente tous les jours », « capable d'inventer son avenir sans renier son passé », « connectée à la fois à ses habitants et au monde », « capable de prendre en main son destin avec énergie et enthousiasme. »

Jean-Louis Missika, en charge notamment de l'urbanisme, a pour sa part célébré la méthode permettant de « mobiliser un éco-système entier sur un temps court, permettant de retirer le meilleur de l'intelligence collective ».

« C'est bien que les politiques, qui d'habitude contrôlent beaucoup, lâchent un peu la bride,approuve Mathieu Tresseras, jeune architecte au sein d'un cabinet intégré au sein d'une structure grenobloise de promotion du logement social.C'est très positif que ce soit les municipalités plutôt que les promoteurs qui mènent la danse.»

Ce qu'il apprécie surtout, c'est l'occasion offerte de ré-investir des espaces désaffectés, des friches industrielles ou des stations de métro « fantômes ». Et l'émulation qui naît de ces initiatives, même s'il y aura probablement de nouveau beaucoup d'appelés pour peu d'élus.

[Carte des "Dessoux de Paris". Crédits : Ville de Paris.]

Construire une véritable « ville du dessous »

Le thème choisi pour cette deuxième édition ne doit rien au hasard.

Les sous-sols, rappelle l'adjoint d'Anne Hidalgo,  sont « les grands invisibles qui ont pourtant changé nos vies quotidiennes en nous apportant le chauffage, le gaz, l'électricité, le métro, le téléphone ou encore les égouts. »

Leur « dimension ancillaire » en aurait fait des « zones de relégation » que la Ville a décidé de ré-habiliter.

Ce choix des sous-sols parisiens est également un parti pris urbain. Plutôt que de se lancer dans la course à la hauteur des tours à laquelle se livrent plusieurs pays, Paris fait le choix de « la profondeur ». « Nous avons la volonté de créer une nouvelle relation entre la ville du dessus et celle du dessous », détaille Jean-Louis Missika, qui souligne par ailleurs la connotation de mystère, de poésie et de surprise attachée à ces lieux. Il ne s'agira pas seulement d'agir sur la verticalité de la ville, mais aussi de créer des connexions à l'horizontale permettant d'envisager une véritable « ville du dessous ».

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Vers la disparition des parcs de stationnement

Observant que ces zones de relégation, à la surface également, sont toujours situées à proximité des voies de circulation, qu'il s'agisse de fleuves, de voies ferrées ou d'autoroutes urbaines, Jean-Louis Missika révèle combien cet appel à projet s'inscrit dans l'entreprise de restriction de la place de la voiture en ville dans laquelle s'est lancée la capitale française. En effet, les sites proposés reflètent la révolution mondiale à l'œuvre.

« Le véhicule de demain sera électrique, connecté et autonome, affirme Jean-Louis Missika. Et ce véhicule autonome à la demande pourrait circuler dans les rues de la capitale d'ici 2025. Il n'y donc pas de temps à perdre. Selon une étude de l'OCDE, ce sont 100% des parkings souterrains et 80% des places de stationnement en surface qui pourraient disparaître. »

Aussi, on trouve parmi les 34 sites proposés plusieurs tunnels (Pont Neuf, Tuileries, Henri IV et Etoile) ; plusieurs parcs de stationnement (Grenier Saint-Lazare, Procession et Ardennes, « et je préviens, ça n'est qu'un début », insiste Jean-Louis Missika) deux stations-services situées Porte de Champerret ou encore un ancien garage situé rue Amelot (11eme), propriété de Renault.

Selon qu'ils sont souterrains ou non, que la lumière y entre ou pas, qu'il faille en modifier l'affectation et le cas échéant la structure, les parkings peuvent se prêter à toutes sortes d'affectations, des bureaux aux boîtes de nuit en passant par des fermes urbaines.

Une implication inédite de partenaires publics et privés

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L'implication de partenaires du secteur privé ou public est d'ailleurs une innovation par rapport aux précédentes éditions. En dehors de Renault, Enedis (pour des postes de transformation), Efidis (logement social), Paris Habitat (parcs de stationnement), la RATP (quais de station de métro) ; la RIVP (Régie immobilière de la ville de Paris) et la SNCF ont souhaité s'associer à l'opération afin de trouver de nouvelles destinations à leurs sites en déshérence. Même si la Ville prend soin de préciser que « le critère de sélection sera plus qualitatif que financier » et que « les destinations des sites restent très ouvertes », au moins pour ces sites on peut supposer que le modèle économique présenté jouera un rôle dans la sélection. Reconnaissant que cet urbanisme des sous-sols est encore émergent, Jean-Louis Missika conclut : « Nous attendons 34 projets manifestes. »

Le dépôt des projets est attendu pour novembre, avec une sélection définitive prévue à l'automne 2018.

Dominique Pialot

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