La France urbaine, existera-t-elle pour nos candidats  ?

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Comment parler de la ville comme lieu majeur de vie, de brassage, de diversité, de création de valeur, de richesses, quand sa complexité propre est ignorée par les plus hautes autorités ?
Comment parler de la ville comme lieu majeur de vie, de brassage, de diversité, de création de valeur, de richesses, quand sa complexité propre est ignorée par les plus hautes autorités ? (Crédits : Reuters)
Emploi, fiscalité, protection sociale, immigration, choix de société, de nombreux sujets seront débattus dans les mois qui viennent... Pourtant, parmi les programmes présentés à ce jour par les candidats à la présidentielle, peu de propositions concernent le cadre de vie commun de la majorité des hommes et des femmes: la ville et la vie urbaine.

La campagne présidentielle en France se précise. Multiples sujets font objet de propositions... Emploi, fiscalité, protection sociale, immigration, choix de société, les batailles se préparent... Parmi les programmes présentés à ce jour, peu de propositions concernent ce qui est pourtant le cadre de vie commun de la majorité des Hommes et des Femmes, la ville et la vie urbaine.

Comment expliquer qu'au XXIème siècle, au siècle des villes, les choix politiques qui vont présider les 5 années à venir soient désincarnés du fait urbain, là où se trouve l'essentiel de la population en France, comme partout en Europe et dans un monde qui est à majorité citadin ?

Comment continuer à expliquer que la vie urbaine n'a pas fait l'objet d'une vision politique ambitieuse ? Même pas, pour les exécutifs passés ou présents un ministère digne de ce nom qui soit en étroite relation avec la transversalité de la vie de nos villes ? Il est souvent accolé à diverses autres attributions : Ministère de la ville, jeunes, sports, femmes, par exemple..., la ville fait l'objet souvent d'un secrétaire d'état comme responsable politique de ses orientations.

Comment alors parler de la ville comme lieu majeur de vie, de brassage, de diversité, de création de valeur, de richesses, quand sa complexité propre est ignorée par les plus hautes autorités ? Parler de la ville comme système complexe, vivant, avec ses interdépendances. Comment le traduire dans la vie politique, publique et dans les orientations nationales ?

D'un ministère à l'autre la politique urbaine est décomposée arbitrairement en attributions verticales, fonctionnelles, souvent s'ignorant entre elles, si ce n'est pas en concurrence  telles l'habitat, le transport, le développement durable, l'énergie, le commerce, l'économie, la solidarité... Souvent réduite « aux quartiers » comme expression d'une vision réductrice et dépassée, elle est pour l'essentielle inexistante quand en réalité, ce sont les villes aujourd'hui qui sont au cœur de nos grands défis, sociaux, économiques, culturels, écologiques et de résilience. Elles sont au cœur de la production de richesses et des emplois.

Donnant lieu à de laborieux programmes de décentralisation, ou à travers des programmes Etat-Région, la vie urbaine fait figure d'un très grand archaïsme dans les visions politiques qui sont portées par les différents candidats... Diverses agences, instituts, établissements, ou missions, sans être d'ailleurs toujours en cohérence, sont les maigres forces de frappe quand l'essentiel de la vie économique, social et culturelle se passe en ville. La COP21, la COP22, les 17 ODD de l'ONU, la conférence HABITAT III, mais aussi les événements puissants de Maires tels le congrès CGLU, l'assemblée générale du C40, montrent l'impact majeur que génère la présence et la mobilisation de Maires partout dans le monde, et la force vitale qu'ils représentent.

140 villes portent 44% du PIB en Europe et pourtant l'étude de 2015 de l'INSEE en France a montré que «c'est dans les villes-centres des grandes aires urbaines qu'on trouve le plus fort taux de pauvreté, avec d'importantes disparités selon les régions, les types de famille, l'âge..., bien plus que dans les banlieues et les couronnes périurbaines. Dans ces cœurs d'agglomération, 20 % des ménages en moyenne ont un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté ».

L'étude de Mars 2016 du CREDOC est à lire absolument: elle évoque la France des invisibles : « la crainte de faire soi-même face à un basculement dans la pauvreté préoccupe plus d'un tiers des Français (36%) ». Sa mise à jour ce 5 décembre 2016, est alarmante : «10% des français éprouvent de la solitude et 35% éprouvent parfois ce sentiment, facteur aggravé par l'âge, le chômage et la pauvreté ».

La perte du lien social urbain ravage nos sociétés. Il est temps de tirer les conclusions car la démagogie et le populisme sont présents dans cette France urbaine en souffrance. Il est l'heure de se mobiliser, avec vision, avec ambition et une projection éclairée vers l'avenir, avant qu'il ne soit pas trop tard...

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Commentaires
a écrit le 12/12/2016 à 12:17 :
J'ai trimé toute ma vie pour ne plus habiter dans une ville et même en me payant, je n'y retournerais pas. La ville cristallise tout ce que je n'aime pas chez les humains. Les citadins me font penser aux poules que l'on entasse dans les élevages en batterie, avec quasiment les mêmes perspectives d'avenir... Avec du béton pour horizon et la consommation comme idéal. Pas étonnant qu'ils deviennent tous fous. Et je laisse volontiers " l'essentiel de la vie économique, social et culturelle" aux fans de cet univers concentrationnaire. Je travaille, je vis et je fais du théâtre a plus de 10 km du centre ville et il ne me manque pas. La vie est simplement différente. Dommage que les décisions politiques du centre ville s'appliquent aux petites communes (dont certaines de montagne) de la périphérie par le biais de cette saleté de métropole. On avait rien à faire avec ces gens là ; désormais ils nous imposent leurs décisions...
a écrit le 07/12/2016 à 11:13 :
C'est celle qui s'abstient le plus certainement parce que plus évoluée donc c'est celle qui sera le moins visée par les discours des politiciens, maintenant vous savez pour les entendre dire des mensonges de plus est-ce bien utile franchement ?

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