Le Cap, de l’Apartheid à l’Openheid

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Engagée pour bâtir de conditions de vie plus équitables pour tous ses concitoyens, Le Cap est aussi une ville vibrante de vie et d'énergie, qui regorge d'initiatives diverses.
Engagée pour bâtir de conditions de vie plus équitables pour tous ses concitoyens, Le Cap est aussi une ville vibrante de vie et d'énergie, qui regorge d'initiatives diverses. (Crédits : Reuters)
Chaque semaine, Carlos Moreno décrypte les bonnes pratiques qui pourront constituer une source de réflexion et d’inspiration pour la ville intelligente. Cette semaine, Le Cap, qui mise sur l’innovation sociale pour opérer une transformation en profondeur d’ici 2040.

Je partage avec nos lecteurs le plaisir que j'ai eu quand invité au 14ème Congrès Mondial des Villes - Ports, je me suis rendu en Afrique du Sud en tissant des liens avec la ville de  Cape Town. Considérée comme la cité-mère d'Afrique du Sud, Le Cap - Cape Town en anglais - baptisée ainsi en référence au Cap de Bonne-Espérance, situé à 47 km au sud de son centre historique, a été fondée en 1652. Depuis la fin de l'apartheid en 1991, la ville a connu une période de transition administrative qui a abouti, en 2000, à la création d'une nouvelle municipalité, City of Cape Town, chargée d'administrer toute la zone métropolitaine du Cap.

One CAPE 2040

En octobre 2012, celle-ci a rendu public un important programme de développement économique, appelé OneCape2040 - From Vision to Action. Élaboré suite à de nombreuses consultations des diverses parties prenantes, le programme revendique une approche fondée sur l'inclusion et la résilience. Six transitions-clés à opérer ont été identifiées, à partir desquelles 12 objectifs ont été déclinés.

  • Knowledge transition - Educating Cape
  • Economic access transition - Enterprising Cape
  • Ecological transition - Green Cape
  • Cultural transition - Connecting Cape
  • Settlement transition - Living Cape
  • Institutional transition - Leading Cape

L'un des aspects intéressants de ce programme est qu'il vient s'inscrire dans un temps long. Consciente de la complexité des enjeux, la municipalité table sur une période de transition de 28 années (jusqu'en 2040) elle-même divisée en 4 phases : 2012-2019, 2020-2026, 2027-2033 et 2034-2040.

Afin de transformer cette vision en action, la ville du Cap a par ailleurs choisi un axe  stratégique qui sert de colonne vertébrale à l'ensemble du programme : la lutte contre le chômage, des jeunes notamment. L'inclusion sociale est vue par la municipalité comme un levier d'action puissant, qui doit permettre à terme de transformer le visage de la ville : en créant des opportunités, en favorisant les initiatives, en renforçant la confiance en soi des citoyens, en développant les collaborations, c'est toute une dynamique de cohésion urbaine que l'on met en marche, dont les conséquences s'étendent bien au-delà d'un simple taux de chômage en baisse.  Le volet « Paths to Employment » prévoit ainsi la création d'emplois à temps plein ou à temps partiel, dans les secteurs publics et privés, complétée par des actions de qualification et de formation.

Un nouvel espace urbain pour une nouvelle société

Pour assurer à ses habitants un avenir prospère, la municipalité du Cap a bien compris qu'il lui fallait également faire face à son passé. Impossible de bâtir une ville plus juste, plus inclusive et plus vivante sur les ruines de l'apartheid, qui a présidé à la construction de l'espace urbain jusque dans ses moindres détails. Les quartiers ont été conçus pour séparer les populations, décourager les mélanges et les échanges, promouvoir les inégalités. Les espaces publics ne sont propices ni aux rencontres ni aux attroupements : ils ont au contraire été pensés pour favoriser la surveillance et le contrôle par les autorités. De même, les routes n'ont pas été construites pour créer des connexions et fluidifier la circulation, mais pour permettre aux autorités, en cas de troubles, de fermer et isoler des quartiers entiers. Parmi les conséquences actuelles de ce design urbain incarnant la ségrégation : des problèmes de trafic massifs dus au fait que les gens vivent loin de leur lieu de travail, une pollution de l'air considérable, des soulèvements récurrents.

Pour faire évoluer la situation, la municipalité du Cap, en association avec l'African Centre for Cities et l'International New Town Institute, a créé le Density Syndicate, soutenu activement par Catherine Stone, Directrice du Planning spatial et du Design Urbain. L'objectif n'est pas uniquement de renforcer la densité afin de mieux contrôler l'expansion urbaine, mais bien d'incarner, via le design urbain, l'open society à laquelle aspire aujourd'hui la ville du Cap. Le projet Two Rivers Urban Park est un bon exemple de cette démarche : il prévoit l'aménagement d'un vaste espace vert public à l'emplacement d'une zone actuellement laissée-pour-compte, coincée entre divers quartiers et townships. Autre exemple, le projet Maitland Townhall, qui vise à mélanger des espaces de bureaux et d'habitation tout en mixant des populations hétérogènes autour de l'axe de Voortrekker Road, qui reçoit chaque jour des milliers de travailleurs venus par train des Cape Flats. D'autres initiatives sont en cours et reçoivent le soutien actif de la ville.

Future Cape Town

Engagée pour bâtir de conditions de vie plus équitables pour tous ses concitoyens, Le Cap est aussi une ville vibrante de vie et d'énergie, qui regorge d'initiatives diverses. Je citerais quelques exemples pour clore cet article, comme Infecting The City, un festival annuel exceptionnel, qui ouvre la rue pendant une semaine à de multiples manifestations théâtrales et artistiques, destinées à des publics très variés. Autre mouvement intéressant, créé par l'association Future Cape Town, le collectif Young Urbanists réunit de jeunes urbanistes, ayant entre 20 et 30 ans, décidés à repenser l'aménagement de leur ville à partir des préoccupations de la nouvelle génération : préservation de l'environnement, inclusion sociale, innovation technologique... Il est à noter enfin qu'en 2014, Cape Town a été élue Capitale Mondiale du Design par l'International Council of Societies of Industrial Design pour son utilisation innovante du design à des fins économiques, culturelles et sociales. Plus de 460 projets destinés à « transformer la vie » dans la ville ont été montés à cette occasion, signes d'une créativité et d'une soif de changement étonnantes.

Un autre continent et une autre ville qui nous montrent que une vision d'avenir accompagnée par des bonnes pratiques de la ville vivante est une puissante source d'inspirations pour tous, ici et maintenant.

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