La France prendra-t-elle conscience des enjeux de l’eau ?

La canicule précoce qui s’abat sur la France peut-elle déclencher une prise de conscience collective de la nécessité de préserver nos ressources en eau ? Après un mois de mai exceptionnellement sec, les multiples solutions qui permettraient d’économiser l’eau et de limiter son impact environnemental doivent plus que jamais être étudiées et mises en place afin d’anticiper un avenir qui s’annonce de plus en plus chaud…

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(Crédits : William Daniels)

Alors qu'une vague de chaleur exceptionnellement longue et précoce s'est abattue sur la France, le manque d'eau inquiète. Les nappes phréatiques ne se rechargent pas, les restrictions locales se multiplient et les récoltes sont menacées. Après des décennies d'insouciance, l'eau qui coule en abondance n'est plus tout à fait une évidence. « Cette prise de conscience collective est nécessaire pour lancer de grands chantiers sur la gestion de la ressource, analyse Sabrina Soussan, directrice générale de SUEZ. Les dérèglements climatiques et les évolutions démographiques doivent nous inciter à envisager des investissements massifs pour économiser l'eau, la stocker, améliorer sa qualité et minimiser l'impact environnemental de son utilisation. »

Au-delà d'épisodes de sécheresse ponctuels, les problèmes de disponibilité de l'eau se posent en effet tout au long de l'année, au nord comme au sud de la Loire. Dans l'Hérault, les eaux salines s'infiltrent dans les vignobles, à Bordeaux la ressource pourrait ne pas être suffisante pour faire face à l'afflux de nouveaux arrivants tandis que dans les Hauts-de-France, les nappes phréatiques asséchées par la canicule de 2003 n'ont toujours pas retrouvé leur niveau...

Economiser et recycler

Pour garantir la disponibilité de la ressource pour demain, déjà faudrait-il éviter de la gâcher dès aujourd'hui. On estime pourtant que 20 % des eaux produites disparaissent actuellement dans les sous-sols avant d'atteindre un robinet. En cause, des réseaux vétustes et fuyards dont on ne rénove que 0,5 % par an. « À ce rythme, il faudrait 200 ans pour tout renouveler, explique Sabrina Soussan. Pour accompagner nos clients dans la gestion de leur patrimoine hydraulique, nos solutions basées sur l'intelligence artificielle livrent des études de criticité qui permettent d'anticiper les fuites et d'investir le bon euro au bon endroit et au bon moment. Pour autant, il faudrait investir 17 milliards d'euros d'ici 5 ans afin de moderniser les réseaux d'eau, de renouveler les infrastructures et d'agir sur les impacts du changement climatique. » En attendant, particuliers, collectivités et industriels sont invités à considérer que l'eau est un bien trop précieux pour être gaspillé.

Côté consommateurs, les compteurs d'eau connectés permettent de délivrer des conseils pratiques et d'alerter les usagers sur les risques de fuite du réseau interne. Si près de la moitié des foyers français est déjà équipée, cette solution doit désormais être déployée rapidement par les collectivités afin de permettre aux usagers de consommer en connaissance de cause. En parallèle, le renforcement de la réutilisation des eaux usées traitées (REUT) pourrait apporter une réponse efficace à la problématique de la tension sur la ressource. « Des eaux usées traitées à grande échelle sont déjà utilisées avec succès en Italie et en Espagne - respectivement à hauteur de 8 et 14 %, alors que nous n'en utilisons que 0,8 % en France, rappelle Sabrina Soussan. Le développement de stations de REUT permettrait pourtant de délivrer une eau de qualité pour irriguer les cultures et nettoyer les rues, même en cas de sécheresse. »

Aller plus loin

Les solutions existent et attendent une réelle prise de conscience de la part des pouvoirs publics. On sait par exemple recharger artificiellement les nappes avec des eaux de surface afin de les filtrer naturellement et de les stocker, comme on sait supprimer le calcaire de l'eau pour diminuer la consommation énergétique des appareils ménagers. Mieux encore, on saurait rapidement mettre en place des solutions de filtration qui permettraient de supprimer de l'eau du robinet les polluants émergents. « En France, l'eau du robinet est de bonne qualité, c'est le produit alimentaire le plus contrôlé. Aujourd'hui, la technologie est en avance sur la réglementation, nous sommes d'ores et déjà en mesure d'éliminer de l'eau potable de nombreux micropolluants, microplastiques, nitrates ou résidus médicamenteux, conclut Sabrina Soussan. Cela permettra non seulement de répondre à de nouvelles attentes sociétales, mais aussi d'assainir naturellement les rivières et les océans... »

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