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"Violences faites aux femmes : oui, les entreprises ont le pouvoir et le devoir d’agir ! "

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Céline Mas, Présidente du comité ONU Femmes France le rappelle : le nombre de femmes victimes de violences physiques sur leur lieu de travail a presque doublé entre 2010 et 2016, de 25.000 à 48.000. Il est temps d'agir.
Céline Mas, Présidente du comité ONU Femmes France le rappelle : le nombre de femmes victimes de violences physiques sur leur lieu de travail a presque doublé entre 2010 et 2016, de 25.000 à 48.000. Il est temps d'agir. (Crédits : Presse)
Pour la 3ème année consécutive, et jusqu'au 10 décembre 2018, le Comité ONU femmes France lance ORANGE DAY, la campagne nationale d'action contre les violences faites aux femmes et aux filles. L’occasion d’inviter tous les acteurs et actrices de la société civile à se mobiliser pour la cause, mais également les entreprises, qui elles aussi ont le pouvoir d'agir. Le point par Céline Mas, Présidente du comité ONU Femmes France.

Pendant trop longtemps, le sujet des violences faites aux femmes a trouvé porte close au seuil des entreprises. Souvent associé à la stricte sphère intime, tabou majeur, perçu comme dégradant pour la réputation, beaucoup d'entre elles n'ont pas su comment s'approprier la cause, sans paraître coupables ou trop éloignées de leur activité.

La donne a changé, portée par le mouvement social #metoo qui a notamment mis en lumière le harcèlement sexuel dans le monde professionnel. Une étude récente de l'observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDPR) montre également que le nombre de femmes victimes de violences physiques sur leur lieu de travail a presque doublé entre 2010 et 2016, de 25.000 à 48.000. Celles qui ont fait l'objet de menaces passent de 167.000 à 238.000, soit plus de 42,5% sur la même période.

Alors, comment continuer à fermer les yeux ? L'élargissement de la sensibilisation a conduit bon nombre d'entreprises à prendre conscience que ces violences n'étaient pas hors leurs murs. Qu'en leur sein, se jouaient des drames, souvent cachés, sur lesquels elles devaient prendre pleinement leurs responsabilités d'employeurs afin de protéger la santé physique et mentale de leurs équipes. Sans compter le coût productif et financier de ces situations. Une étude de EIGE (European Institute of Gender Equality) en 2014 a démontré que les violences faites aux femmes représentent chaque année en Europe un coût de plus de 226 milliards d'euros intégrant les services publics mobilisés, l'aide aux victimes et les entreprises privées (perte de production économique due aux absences, baisse de productivité ou mort de la victime). Au-delà de l'obligation morale, première et fondamentale, il y a dans la défense de cette cause par les entreprises une prise en compte de leur création de valeur.

Parmi les actions les plus répandues, des services d'écoute et de soutien psychologique qui permettent de recueillir la parole des victimes en toute confidentialité et, de les orienter vers des associations idoines. C'est ce qu'a fait par exemple la marque Monoprix. Quand bien même la violence n'est pas née au cœur de l'entreprise, aider les collaboratrices touchées à s'en sortir, c'est faire la différence. Qui dit écoute, dit aussi sensibilisation. Un autre acteur de la distribution, Carrefour, a produit un guide à destination de l'ensemble des salariés contre les violences faites aux femmes. Car il ne faut pas sous-estimer qu'il est difficile d'identifier les cas ou de savoir réagir avec justesse. Comment trouver les mots, comment saisir une chance de porter secours ? Au-delà de la sensibilisation ciblée, certaines entreprises comme Franprix ont aussi lancé des campagnes de communication prenant le pari que, quand l'épais silence qui nous sépare des victimes sera retombé, les dispositifs d'accompagnement n'en seront que plus efficaces. Ces trois acteurs d'un même secteur ont été nommés Orange Day Champions 2018[1], aux côtés de collectivités et d'universités, des 16 jours d'actions du comité ONU Femmes France[2] pour saluer leurs engagements concrets en la matière. Aucune intention et nul discours ne suffiront jamais à se débarrasser de ce fléau : il faut des moyens, des actes effectifs et des résultats mesurables, dans la durée.

Et puis, au-dehors de l'entreprise, le sujet des violences, intégré à l'objectif de développement durable n°5 des Nations Unies[3], est considéré majeur pour atteindre d'ici 2030 un développement du monde plus prospère. Le Secrétaire Général Antonio Guterres le rappelait récemment : « C'est un affront moral fait à toutes les femmes et les filles, une marque d'infamie pour nos sociétés et un obstacle majeur à un développement inclusif, équitable et durable. » A l'heure où les entreprises intègrent de plus en plus les problématiques sociétales dans la gestion de leurs choix stratégiques, il est temps de prendre le pouls du monde avec empathie. Et de contribuer plus vigoureusement encore à son amélioration. Des dizaines de pratiques existent telles que la levée de fonds pour des associations via des opérations de mobilisation des équipes internes, aux produits-partage, en passant par l'implication dans des coalitions d'acteurs experts et engagés (startups, ONG, fondations etc.). Les idées ne manquent pas pour faire mieux.

Certains y verront du cynisme ou une zone de non-légitimité. Mais l'engagement est toujours un risque, une frustration de ne pas tout réussir, une déroute parfois quand les fruits des efforts tardent à venir. Sur le chemin de la construction de solutions, pour peu que l'entreprise soit cohérente entre ses déclarations et ses actes, s'en trouveront grandis collaborateurs - qui sont aussi des citoyens -, clients peut-être et sans aucun doute femmes victimes. L'avenir défie la raison marchande pure car il a besoin de celles et ceux dont le regard porte au-delà d'eux-mêmes et vers plus d'humanité.

[1] http://www.onufemmes.fr/orange-day-champions-2018/

[2] http://www.onufemmes.fr/orange-day-2018/

[3] http://www.unwomen.org/fr/news/in-focus/women-and-the-sdgs/sdg-5-gender-equality

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