« J'avais un rêve depuis 2012, celui de partir dans le ciel très haut, vers les étoiles, sans impact sur l'environnement, comme le fait un voilier sur l'océan... » Vincent Farret d'Astiès, fondateur de Zephalto, sera-t-il le prochain Elon Musk ou Jeff Bezos du new space (qui veulent respectivement envoyer des hommes sur la Lune avec SpaceX et dans l'espace suborbital avec la fusée New Shepard) ? Son rêve a commencé à prendre forme et le projet est sérieux. Avec Zephalto, Vincent Farret d'Astiès vise les étoiles, et plus exactement la stratosphère, deuxième couche de l'atmosphère terrestre située entre 12 et 60 km d'altitude, où il veut envoyer un aéronef... On est en plein dans le tourisme spatial et le rêve désormais moins inaccessible d'accéder aux portes de l'espace. L'ingénieur aéronautique de 41 ans, auparavant contrôleur aérien, est un amateur de vol en ballon et rêve désormais de croisières « propres » en très haute altitude. Après des années de recherche, il quitte l'aviation civile et crée Zephalto en 2016, dans la campagne héraultaise du Pouget. La promesse : une croisière spatiale en aéronef à 25 km d'altitude en 2024. « J'ai senti qu'il y avait un élan à avoir dans cette direction. Ça peut paraître audacieux, mais d'un point de vue technique, les voyants sont au vert », raconte-t-il aujourd'hui.
Cet élan dont il parle n'est pas une vue fantasque de l'esprit. Au CNES (Centre national d'études spatiales), qui veut participer à l'émergence de nouvelles applications, de nouveaux marchés et de nouveaux acteurs français dans le domaine de l'exploration de l'espace, le tourisme spatial sous ballon stratosphérique n'est plus une utopie. « Il existe pas mal de technologies et si l'Homme veut, l'Homme pourra », assure ainsi Vincent Dubourg, sous-directeur Ballons au CNES, en précisant toutefois : « Jusqu'à quel niveau ça pourra se démocratiser, l'avenir le dira ». Thomas Fouquet, conseiller du directeur du CNES (innovation, applications & sciences), confirme : « Dans le monde, il existe beaucoup d'initiatives comme SpaceX, la fusée New Shepard ou Virgin Galactic (du milliardaire Richard Branson, qui ambitionne de vendre des vols suborbitaux au grand public, ndlr). C'est important de montrer qu'on a aussi, en France, des start-ups du new space, qui permettent de repousser plus loin les limites. Sur le vol stratosphérique, auquel nous croyons beaucoup, il y a un fort potentiel, avec notamment Zephalto ». Vincent Farret d'Astiès et ses équipes conçoivent des ballons qui s'élèvent grâce à leur gaz plus léger que l'air. Le projet a permis un saut technologique avec deux innovations. Les ballons de Zephalto sont ainsi dotés d'un régulateur d'altitude qui améliore la sécurité et permet de faire varier l'altitude du ballon de façon écologique : « Nous utilisons l'énergie solaire pour compresser de l'air dans le ballon et lui permettre de monter et descendre. Il gagne de la masse et perd de l'altitude et inversement, quand on relâche de l'air, il perd de la masse et gagne de l'altitude. Cela permet de stabiliser la trajectoire, de faire des paliers mais aussi de s'intégrer à la circulation aérienne, et en tant qu'ancien contrôleur aérien, j'y suis sensible ! », explique l'ingénieur. L'autre innovation, c'est une enveloppe réutilisable pour les vols suivants.