Le jour où Vivendi a proposé à Bouygues une fusion avec SFR

Selon des sources concordantes, Jean-René Fourtou a proposé à Martin Bouygues d’aller plus loin qu’un partage de réseaux entre leurs deux opérateurs en novembre dernier. Mais le groupe de BTP n’aurait pas donné suite, avant d’être pris de vitesse par Numericable.
Delphine Cuny

5 mn

Le PDG de Bouygues Telecom, Olivier Roussat, et celui de SFR, Jean-Yves Charlier, avaient évoqué à plusieurs reprises l'idée d'aller plus loin que le partage de réseaux dévoilé le 3 février.
Le PDG de Bouygues Telecom, Olivier Roussat, et celui de SFR, Jean-Yves Charlier, avaient évoqué à plusieurs reprises l'idée d'aller plus loin que le partage de réseaux dévoilé le 3 février. (Crédits : Reuters)

« Cher Martin, pourquoi n'irait-on pas plus loin que cette mutualisation ? » Jean-René Fourtou, le président du conseil de surveillance de Vivendi, aurait proposé à Martin Bouygues en personne en novembre dernier que leurs deux opérateurs télécoms, SFR et Bouygues Telecom, en pleine discussion sur un partage de leurs réseaux mobiles, passent à l'étape supérieure, autrement dit une fusion. Plusieurs sources concordantes le confirment. Mais à l'époque, Martin Bouygues ne donne pas suite. « Pas tout de suite » aurait-il répondu, se laissant le temps de réfléchir. Le PDG de Bouygues Telecom, Olivier Roussat, aurait tenté de le convaincre, et d'agir vite, en vain ; ce serait son « plus grand regret » croit savoir une source bien informée. Avec son homologue de SFR, Jean-Yves Charlier, ils ont discuté à plusieurs reprises d'aller au-delà de ce mariage des seules antennes : « ils s'entendaient très bien et dînaient ensemble tous les soirs à cette période ! » rapporte un proche du dossier. Depuis juillet, les équipes des deux concurrents s'étaient mises à nu pour s'accorder sur cette « mutualisation » de leurs réseaux, qui aboutira à la mise en commun de leurs sites sur une vaste partie du territoire, dévoilée dans ses détails le 3 février dernier, et devant leur faire économiser 300 millions d'euros par an.

 

« C'était une évidence. On a passé plus de six mois à discuter, livres ouverts : on se connaissait par cœur, les réseaux, les structures de coûts » confie un proche du dossier.

 

Bouygues dément la chronologie

Les deux opérateurs sont conscients d'avoir « tout en double : les sites, les boutiques, les services généraux comme Orange et T-Mobile au Royaume-Uni » mais considèrent que cela n'est pas insurmontable, au regard des importantes synergies. « Entre mutualisation et fusion totale, il y a plusieurs degrés possibles » observe alors un cadre dirigeant d'une des deux parties. « Roussat et Charlier avaient travaillé sur tous les schémas et tous les aspects, notamment l'emploi » indique une autre source bien au fait des discussions. Est-ce le risque de casse sociale et de réaction gouvernementale qui fait reculer Martin Bouygues ? Bercy martèle encore à l'époque que le marché de la téléphonie mobile doit trouver son équilibre à quatre opérateurs, avant de se faire progressivement à l'idée d'un retour à trois. Le groupe de BTP dément la chronologie des faits et assure que ce n'est « pas en novembre mais fin janvier que Jean-René Fourtou a dit à Martin Bouygues de réfléchir » à cette éventualité, ce qui reviendrait à quelques jours avant la signature officielle de l'accord de partage de réseau, comme évoqué dans son interview de « règlement de comptes » du mois d'avril.

 

« Jean-René Fourtou m'a convaincu en janvier de m'intéresser à la vente de SFR, en m'assurant de la pertinence et de la faisabilité de l'opération. Pour des raisons qui me sont inconnues, il a totalement changé d'attitude un peu avant le dépôt de notre première offre » a déclaré Martin Bouygues au Figaro le 12 avril.

 

Réécriture de l'histoire et intox ?

Du bout des lèvres, Vivendi reconnaît qu'il a fait le premier pas, mais rejette la responsabilité de l'échec sur l'autre partie. « Martin Bouygues n'a pas cru une minute que Numericable [qui avait déjà approché SFR en novembre 2012] aurait les moyens de faire une telle acquisition. Il a cru qu'il était le seul acheteur, il a raté sa chance » analyse un proche du dossier. Prêt à racheter SFR un an plus tôt lui aussi, Free ne pouvait revenir à la charge puisque l'Autorité de la concurrence lui avait clairement fait savoir qu'une fusion n'était pas possible. Numericable fraîchement introduit en Bourse avec succès comme sa maison-mère Altice finira par le prendre de vitesse.

Un mois après l'épilogue de la bataille pour SFR, chacun veut réécrire l'histoire à son avantage et taxe l'autre d'intox'. Si le groupe de BTP s'est plaint d'une trahison, d'un « double jeu », d'une volte-face incompréhensible, le camp de Vivendi lui reproche son « manque de vision stratégique » et de réactivité, puis son agressivité. « De toute façon, l'opération ne se fera pas » tranche, amère, une des parties prenantes. Le partage de réseau survivra-t-il à la rupture ? Les pronostics sont assez négatifs : « nos relations se sont considérablement rafraîchies » concède un cadre d'un des deux camps. La plainte d'Orange auprès de l'Autorité de la Concurrence sur cet accord de partage de réseaux offrira peut-être une porte de sortie à Bouygues, alors que SFR menace de réclamer des dommages et intérêts conséquents. Un autre proche du dossier admet que « l'accord a été bâti sur l'hypothèse d'une scission et introduction de SFR. Cela n'a aucun sens de continuer dans ces circonstances, c'est contre-nature… »

Delphine Cuny

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Commentaire 1
à écrit le 07/05/2014 à 13:05
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Donc c'est Bouygues / Orange contre Free / SFR / Numericable.

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