Le patron d’IBM France décoré par Montebourg : retour sur la polémique

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Alain Bénichou, président d'IBM France depuis 2010.
Alain Bénichou se voit remettre ce soir les insignes de Chevalier de la Légion d’Honneur par le ministre de l’Economie. La CFDT s’indigne, lui attribuant 2.300 suppressions d’emplois en quatre ans depuis son arrivée.

« Nous, salariés d'IBM France, nous sentons trahis et humiliés » écrivent les élus CFDT dans une lettre ouverte à Arnaud Montebourg. Les représentants syndicaux du groupe informatique expriment leur « incompréhension, indignation et colère » à l'idée que le ministre de l'Economie, du Redressement productif et du Numérique, remette ce mercredi soir les insignes de Chevalier de la Légion d'Honneur à Alain Bénichou, le président d'IBM France. Ils reprochent en effet à ce dernier « une baisse de 2.300 emplois en à peine plus de 4 ans » depuis son arrivée aux commandes en janvier 2010, une baisse d'effectifs n'ayant « aucune justification économique », les bénéfices nets cumulés sur la période s'étant élevés à 614 millions d'euros. 

Moins d'agents de maintenance, plus de "data scientists"

 La CFDT met l'accent sur le plan social mis en œuvre l'an dernier « auquel a succédé un autre plan de départ », aboutissant à 1.200 suppressions d'emplois en un an. « Le PSE de 2013, fondé uniquement sur le volontariat, a été signé par les organisations syndicales, dont la CFDT » fait valoir une porte-parole du groupe. Qualifié de généreux, ce plan de sauvegarde de l'emploi a été « sursouscrit (950 candidats pour 689 postes en moins prévus), ce qui a conduit à ouvrir un plan de départs volontaires au premier semestre 2014. »

Connu pour son franc-parler, Alain Bénichou reconnaissait récemment, lors d'une réunion avec la presse, que « nous avons moins besoin d'inspecteurs de maintenance des machines, davantage besoin de « data scientists » pour le traitement des données. » Le groupe informatique américain - dont la filiale fête officiellement le 15 juillet ses 100 ans de présence en France, issue de la société ITR, International Time Recording, devenue IBM en 1948 - est engagé dans une profonde mutation vers le « cloud computing » et le « big data. » Les personnels de la branche de Services de support technique (TSS) sont d'ailleurs en grève nationale depuis le 23 juin, réclamant notamment une revalorisation de salaires et des indemnités d'astreintes nuit et weekend.

Alain Bénichou aime aussi rappeler qu'au-delà des 9.000 salariés d'IBM France, « l'écosystème de notre entreprise en France représente environ 40.000 emplois. » Cette année, IBM France a prévu d'embaucher 250 personnes.

Un « serial job killer » ?

La CGT, qui avait tenté de faire annuler ce PSE devant le Tribunal de grande instance de Nanterre, sans succès, s'interroge aussi sur les motivations d'Arnaud Montebourg, « devenu familier d'Alain Bénichou depuis l'ouverture d'un centre services IBM à bas coût » à Lille en juin 2013, l'organisation syndicale se montrant très critique sur l'entreprise elle-même plus que sur son président, même si « l'annonce de la Légion d'honneur au président Bénichou est vécue comme un camouflet par les salariés » selon elle. 

« IBM est une entreprise qui a massivement détruit ses emplois en France depuis vingt deux ans, et qui a entamé le processus de son démantèlement. Depuis 1992, IBM-France a supprimé 77 % de ses emplois, sur un effectif total de 32.500, en dépit des nombreux rachats de sociétés et de leurs salariés. L'avenir est noir : externalisations, délocalisations et destructions d'emplois feront chuter les effectifs à 6000 salariés fin 2015, et probablement 4000 fin 2017. En clair, IBM est un « Serial Job Killer » affirme la CGT sur son site.  

« Entreprise citoyenne et gros contribuable »

Alain Bénichou a récemment mis en avant le « plan de recrutement de 700 personnes sur 3 à 5 ans à Lille », dans ce nouveau centre de services, 200 personnes devant être embauchée dès cette année. Or la CFDT souligne que « ce centre de service n'est pas ouvert par IBM France c'est une filiale de Holding IBM BV basée aux Pays-Bas. Ce montage favorise l'optimisation fiscale » selon l'organisation syndicale, qui relève que les salariés de ce centre n'auront pas accès « aux avantages sociaux négociés par ceux d'IBM France, à la mutuelle du personnel » et auront « une convention collective beaucoup moins avantageuse. » Alain Bénichou défend a contrario le statut d'« entreprise citoyenne » d'IBM France et de « gros contribuable » : « nous n'avons pas nos logiciels en Irlande, ni nos factures aux Luxembourg, comme d'autres » fait-il valoir.

En dépit de la proximité d'élections professionnelles en Ile-de-France, du côté de l'Unsa, la première organisation syndicale chez IBM, Pierry Poquet, délégué syndical central, « privilégie le dialogue social et n'est pas sûr qu'attaquer frontalement le PDG puisse l'améliorer. Cette décoration nous semble un non-événement » relativise-t-il.

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Commentaires
a écrit le 03/07/2014 à 21:28 :
Pour Moi, salarié IBM France, la médaille d'Alain Bénichou est un scandale.
Comment peut-on donner une médaille à un homme qui est un casseur d'emploi en France?

Les salariés payent les départs non préparer des différents plans. Non seulement le travail est plus difficile car il n'y a plus les compétences mais en plus ils vont bientôt devoir acheter leurs propres outils pour travailler.
Les salariés ne sont pour certains pas augmentés depuis 10 ans.
Les financiers ont fait perdre tout futur Industriel à IBM.
Ce n'est plus qu'une coquille vide.
a écrit le 03/07/2014 à 13:42 :
il n'a rien d'autre a faire Montebourg il me semble qu'il a du travail sur la planche !
a écrit le 03/07/2014 à 13:33 :
que la légion d'honneur n'a aucune valeur , elle est donné a des acteurs des chanteurs dès lors qu elle devrait etre réservée à ceux qui ont sauvé la France ,
a écrit le 03/07/2014 à 11:04 :
"ce plan de sauvegarde de l'emploi a été « sursouscrit (950 candidats pour 689 postes en moins prévus), ce qui a conduit à ouvrir un plan de départs volontaires au premier semestre 2014. »

Age moyen des départs 56 ans , Moyenne par salarié des primes de départ : 110.000€ ( obtenu par le gel des augmentations salariales des actifs restants et la suppression de diverses primes, méthode utilisée depuis 1999).IBM est composé de 90% de cadres.Sur les 950 candidats , 900 sont cadres dont beaucoup finiront leur carrière payé par Pôle Emploi , pas belle la vie.
a écrit le 03/07/2014 à 8:44 :
Mon grand-père avait reçu la légion d'honneur, mais pour un acte de bravoure en 14/18 ou il a mis sa vie en jeu... La légion d'honneur d'aujourd'hui n'est qu'une distribution de médailles aux copains. Elle ne vaut plus rien !
Réponse de le 03/07/2014 à 11:59 :
@Ekeuré : etes vous sur qu'il s'agit de la Légion d'Honneur ? Je dis peut être une betise mais il me semble que pour les actes de bravoures en temps de guerre il s'agissait d'une autre médaille. Merci de me confirmer ou me corriger.
Réponse de le 03/07/2014 à 13:34 :
Chich c'etait bien la légion d'honneur.
a écrit le 02/07/2014 à 21:02 :
Dans Bénichou il y a béni !!!!!
Réponse de le 03/07/2014 à 13:35 :
pffffffffffff
Réponse de le 04/07/2014 à 1:28 :
En tant que salarie IBM, au vu de nos condition d'emploi et d'un gel salaire depuis 10 ans , je suis attristé de voir que l'on puissent donner un médaille tel que la légion d'honneur à cette homme

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