Bruxelles met les bouchées doubles dans la course à la 5G

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La 5G ne sera pas seulement plus rapide, elle constituera l’épine dorsale de notre avenir numérique, affirme la Commission européenne dans un communiqué.
"La 5G ne sera pas seulement plus rapide, elle constituera l’épine dorsale de notre avenir numérique", affirme la Commission européenne dans un communiqué. (Crédits : reuters.com)
L’Union européenne a signé un accord de coopération avec la Chine pour peser davantage dans le développement de la prochaine génération de haut débit mobile. Après avoir pâti d’un gros retard dans le déploiement de la 4G, Bruxelles mise sur ce type de partenariat pour jouer les premiers rôles dans la normalisation de cette technologie, fondamentale pour les entreprises du Vieux Continent.

Ne pas répéter les erreurs du passé. Tel est le mot d'ordre, à Bruxelles, sur les développements liés à la future 5G. Après avoir pris du retard dans la 4G, l'Union européenne veut avoir son mot à dire sur la détermination des standards techniques de cette technologie de communication ultra-rapide. A horizon 2020, celle-ci permettra d'augmenter sensiblement les débits (pour surfer beaucoup plus vite sur La Toile, par exemple), mais aussi de connecter les milliards d'objets connectés qui envahissent notre quotidien.

Pour se faire entendre, Bruxelles mise sur des partenariats stratégiques avec les pays dont les industriels des télécoms sont en pointe dans ce domaine. Ce lundi, l'Union européenne a annoncé la signature d'un accord avec la Chine pour « renforcer la coopération » sur la 5G. Bruxelles et Pékin espèrent notamment « parvenir à un accord global » d'ici la fin 2015 sur « le concept, les fonctionnalités de base, les technologies clés et un calendrier » pour cette nouvelle technologie. Des « actions de recherches conjointes » vont ainsi être menées pour identifier les besoins des populations et des entreprises, notamment dans le très prometteur et lucratif secteur de l'Internet des objets.

« L'épine dorsale de l'avenir numérique »

Dans un communiqué, la Commission européenne rappelle les enjeux :

« La 5G ne sera pas seulement plus rapide, elle constituera l'épine dorsale de notre avenir numérique et les bases d'un marché européen d'une valeur de 1.000 milliards d'euros dans le domaine de l'Internet des objets, c'est-à-dire des nouvelles fonctionnalités et applications allant des voitures connectées au maisons intelligentes. »

Aux yeux de la Commission, l'UE se doit d'être véritablement acteur de la normalisation de la 5G. Critiqué pour avoir pris du retard dans le déploiement de la 4G, Bruxelles entend bien peser à la table des négociations, et ne pas se faire imposer des standards techniques qui ne lui conviennent pas, face aux puissants industriels américains, coréens, japonais et chinois. Conscient que les réseaux 5G seront à terme le fer de lance « de l'économie et de la société numériques partout dans le monde », l'UE œuvre donc « résolument en faveur d'un consensus » au niveau mondial, confirme avec diplomatie Günther Oettinger, le commissaire européen en charge du numérique.

La Chine, « un acteur innovant »

Sous ce prisme, l'accord avec Pékin apparaît donc stratégique. Spécialiste des télécoms chez BearingPoint, Sylvain Chevallier constate que dans ce secteur, la Chine est devenue « un acteur majeur de l'innovation, là où elle n'était par le passé qu'un spécialiste des équipements à bas coût ». Il fait ainsi référence à Huawei, le deuxième équipementier mondial des réseaux, et ZTE, qui se situe en cinquième position. Or comme le rappelle Sylvain Chevallier, les équipementiers (à l'instar d'Ericsson, de Nokia ou d'Alcatel-Lucent sur le Vieux Continent) sont devenus des poids lourds pour l'élaboration des standards en termes de connectivité. Alors qu'« il y a encore 15 ans », ce terrain était la chasse gardée des opérateurs télécoms traditionnels.

Au mois de juin l'an dernier, l'UE a signé un accord identique avec la Corée du Sud, pays du géant Samsung, très actif dans la recherche sur la 5G. Un partenariat a également vu le jour avec le Japon. Au pays du soleil levant, de nombreux acteurs sont en effet en pointe dans ce domaine. Parmi eux, il y a l'opérateur NTT Docomo. Véritable pionnier dans le domaine des télécommunications mobiles (il avait devancé tous ses concurrents sur la 3G, et avait compté parmi les leaders dans la recherche sur la 4G), le groupe nippon travaille sur la 5G depuis 2010. Grâce à des partenariats avec des opérateurs et équipementiers télécoms du monde entier, celui-ci espère dégainer une première offre en 2020, juste avant les Jeux olympiques de Tokyo. Outre les partenariats, la Commission européenne a également sorti le chéquier pour accélérer la recherche dans la 5G. Dans le cadre du programme Horizon 2020, elle a investi 700 millions d'euros pour soutenir l'innovation dans cette technologie.

La 5G, une aubaine pour les objets connectés

Car derrière la définition de ces standards techniques, se cachent des enjeux économiques colossaux. Sylvain Chevallier les résume : « Bien sûr, l'objectif est en premier lieu de proposer des débits supérieurs à la 4G. » Un impératif pour répondre aux usages et pratiques, alors que, par exemple, la consommation de vidéos sur smartphone explose. Mais en parallèle, « la 5G constitue une technologie de choix pour répondre à la révolution de l'Internet des objets », poursuit le spécialiste.

De fait, la 3G et la 4G n'ont pas été pensés pour l'Internet des objets. Si ces technologies permettent des débits confortables - et donc d'envoyer beaucoup de données -, les capteurs associés (qu'on retrouve bien sûr dans les téléphones, mais aussi dans les voitures ou les compteurs électriques intelligents) sont très gourmands en énergie. Cela limite leur utilisation, puisqu'ils doivent être constamment alimentés ou, à défaut, rechargés très régulièrement. A l'inverse, les technologies liées aux réseaux bas débit (comme LoRa ou Sigfox) reposent sur des capteurs envoyant de faibles quantités de données. Mais ils ont l'avantage d'être très peu énergivores et disposent d'une autonomie de plusieurs années. Dans ce paysage, la 5G incarne la promesse de capteurs couplant une grande autonomie à de gros débits pour développer les usages et services de demain. Pas question, dans ce contexte, que l'UE laisse les autres décider à sa place. Surtout si elle veut vraiment, comme elle l'ambitionne, devenir leader dans l'Internet des objets.

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Commentaires
a écrit le 15/12/2015 à 13:32 :
ESSAI
a écrit le 01/10/2015 à 12:50 :
Chouette : après avoir déployé la 4G pour qu'on puisse en toute fluidité aller voir d'indispensables vidéos de chatons jetés du haut d'immeuble (par l'intermédiaire de smartphone absolument non-sécurités), on va passer à la 5G pour que les objets connectés (et encore moins sécurisés que les smartphones, c'est peu dire !) puissent en toute fluidité transmettre à tout le monde et n'importe qui en particulier nos données personnelles. Ah, c'est beau le progrès tout de même :-( !!

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